La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Серия: Nouveau printemps #2
- Год: 1990
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2-221-06701-0
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]». Краткое содержание книги:
Mais le Peuple avait survécu, grâce à la prévoyance de ceux qui l’avaient précédé : les vrais humains. Et cela avait été un choc pour Hresh, l’enfant curieux devenu homme-mémoire et chef de sa tribu, de découvrir que le Peuple n’était pas humain, tout au plus les descendants améliorés de singes disparus. Mais le Peuple représentait désormais l’humanité sur Terre et il lui fallait redécouvrir l’héritage que les grandes races avaient laissé, et trouver sa propre voie. A peine l’avait-il entrepris qu’il se heurtait à l’expansionnisme d’une autre espèce qui avait, elle aussi, franchi le Long Hiver, les hijks, une espèce intelligente, constituée sur le mode de la fourmilière, et qui proposait à tous les peuples l’adoration de sa reine, la Reine du Printemps.
— Ce genre de chose était à prévoir, déclarait Zechtior Lukin.
— Nous nous soumettons à la volonté des dieux, répondaient ses fidèles.
Les survivants poursuivaient leur marche sans se laisser abattre. Zechtior Lukin attendait que les Cinq Déités lui indiquent qu’ils étaient arrivés à l’endroit où ils devaient bâtir leur cité.
Au-delà des collines crayeuses le paysage cessa d’être d’un gris uniforme. Le sol était d’un brun pâle strié de traînées rouges, peut-être un signe de fertilité, et une rivière divisée en trois bras coulait d’est en ouest. La végétation qui poussait le long des rives avait un feuillage d’un vert brillant et quelques arbustes portaient des fruits pourpres et pulpeux, à la peau plissée, qui se révélèrent comestibles.
— C’est là que nous allons nous installer, déclara Zechtior Lukin. Je sens la présence des Cinq.
Il choisit une éminence située entre les deux bras méridionaux de la rivière, assez haute pour être protégée de la crue des eaux et ils montèrent les tentes dans lesquelles ils allaient vivre en attendant que les premiers bâtiments soient construits. Trois femmes dotées d’une seconde vue exceptionnellement puissante s’éloignèrent du camp pour communiquer son emplacement à Yissou, conformément à ce que Zechtior Lukin avait promis à Salaman. Le roi lui avait montré une méthode associant couplage et seconde vue qui permettait d’établir le contact à une grande distance. Zechtior Lukin était resté sceptique, mais, pour lui, une promesse était sacrée et il avait envoyé les femmes transmettre le message.
— Je donne à cet endroit le nom de Salpa Kala, annonça-t-il.
Cela signifiait le Lieu des Déités.
Au matin du quatrième jour après l’arrivée des Consentants à Salpa Kala, trois hjjk survinrent à l’improviste. Ils semblaient être sortis de la terre et ils se dirigèrent sans hésiter vers Zechtior Lukin qui supervisait l’installation d’une tente. Avant même de se retourner, il perçut leur présence dans son dos ; il sentit un contact dur et froid sur son esprit, les émanations sèches, arides et distantes de leur âme austère.
— Cet endroit vous est interdit, déclara calmement l’un d’eux – il n’aurait su dire lequel, car le hjjk s’exprimait avec l’âpre bourdonnement du langage mental de sa race. Vous repartirez dès ce soir et vous regagnerez le territoire des vôtres.
— Cet endroit s’appelle Salpa Kala, répliqua tout aussi posément Zechtior Lukin, et les Cinq Déités nous l’ont donné pour nous y établir.
Il projeta à l’aide de sa seconde vue la vision qu’il avait eue un jour de l’immense Reine du peuple des insectes planant dans le ciel de Yissou, comme pour leur révéler qu’il était conscient de Sa puissance et qu’il l’acceptait comme il acceptait toutes choses.
Mais il cherchait aussi à leur faire savoir que les dieux, ceux-là mêmes qui gouvernent le destin du peuple hjjk, lui avaient ordonné de s’arrêter en ce lieu et d’y établir une colonie.
Mais si ce qu’il projeta vers les hjjk les atteignit ou fit impression sur eux, ils n’en laissèrent rien paraître.
— Vous repartirez dès ce soir, répéta le hjjk dans un bourdonnement rauque.
— Nous ne refuserons pas le cadeau des dieux, dit Zechtior Lukin.
Les hjjk gardèrent le silence. Zechtior Lukin les considéra tranquillement, étudiant leur long corps luisant, leurs yeux aux nombreuses facettes, leurs tubes respiratoires aux segments annelés d’un orange vif, leur bec pointu et leurs six membres frêles, couverts de poils durs. Le plus petit des trois avait une tête de plus que lui, mais il ne devait pas peser plus lourd qu’un enfant, tellement il semblait sec et décharné. Dans l’air limpide du matin, leur carapace jaune et noir réfléchissait le soleil avec un éclat désagréable. Mais il n’avait absolument pas peur d’eux.
Au bout d’un long moment, il haussa les épaules et leur tourna le dos, puis il acheva de surveiller l’installation de la tente.
— Qu’allons-nous faire ? demanda Gheppilin, le bourrelier, quand les hjjk se furent éloignés de leur démarche raide.
— Il n’est pas question de céder, répondit Zechtior Lukin. Nous sommes ici par la volonté des dieux et nous y resterons.
Il donna l’ordre aux Consentants de sortir leurs armes : épées, lances, couteaux et gourdins. À la tombée de la nuit, ils formèrent un cercle autour de leurs bagages et attendirent le retour des hjjk.
Les trois insectes qui étaient venus le matin – c’est du moins ce que supposa Zechtior Lukin – émergèrent brusquement des ténèbres.
— Vous êtes encore là, dit un des hjjk de sa voix bourdonnante.
— Ce lieu nous a été donné.
— Ce n’est pas un lieu pour le peuple de chair. Si vous ne partez pas, vous allez mourir.
— Les dieux nous ont conduits ici, dit Zechtior Lukin. Que leur volonté soit faite.
Un cri aigu s’éleva à l’autre bout du camp. Zechtior Lukin se tourna vivement dans la direction d’où il venait et un seul coup d’œil lui suffit. Une horde de silhouettes anguleuses venait de sortir des fourrés qui bordaient la rivière : des centaines, peut-être des milliers de hjjk. Comme si chaque caillou de la rive s’était subitement transformé en un hjjk. Et déjà un vent de panique soufflait dans les rangs de ses Consentants.
— Battez-vous ! rugit Zechtior Lukin en brandissant sa lance. Battez-vous ! La lâcheté est sacrilège !
Il enfonça son arme dans l’énorme œil brillant du premier des hjjk, l’arracha aussitôt et se servit du tranchant du fer pour couper le tube respiratoire du deuxième.
— Battez-vous !
— Nous allons tous nous faire tuer ! hurla Lisspar Moen.
— Nous devons une mort aux dieux et ils l’auront ce soir, dit Zechtior Lukin en transperçant le troisième hjjk au moment où l’énorme bec claquait au-dessus de sa tête. Mais nous combattrons quand même. Nous combattrons jusqu’au bout !
Les insectes avaient envahi le camp. Leurs armes lançaient des éclairs. Leurs cris rauques et perçants couvraient ceux des Consentants.
Lisspar Moen a raison, se dit Zechtior Lukin. Nous allons tous mourir.
Il semblait donc s’être mépris sur la volonté des dieux. À l’évidence, ce n’est pas lui qu’ils avaient choisi pour être celui qui bâtirait le monde nouveau. Cela semblait tout à fait clair. Très bien. Telle était la volonté des dieux, comme la chute des étoiles de mort sur la Grande Planète l’avait été sept cent mille ans auparavant. Il se demanda fugitivement s’il convenait de résister. Si les dieux avaient décrété qu’il devait mourir ce soir avec tous ses fidèles, comme c’était sûrement le cas, ne ferait-il pas mieux de déposer les armes et d’attendre stoïquement sa fin en croisant les bras, comme l’avaient fait les yeux de saphir quand le Long Hiver était venu anéantir leur civilisation ?
Peut-être cela valait-il mieux. Il regarda autour de lui et vit qu’une partie des siens essayait de se cacher ou de prendre la fuite, mais que d’autres demeuraient immobiles, offrant leur poitrine aux lances des hjjk avec la résignation d’un véritable Consentant.
Oui, oui, se dit-il, c’est ce qu’il faut faire.
Mais il se rendit compte qu’il était personnellement incapable d’en faire autant. Au dernier moment, au moment où la mort allait le frapper, il se sentait obligé de résister, aussi vaine cette résistance fût-elle. Une attitude en totale contradiction avec tout ce qu’il avait pensé et professé toute sa vie durant.