La Bible amusante
- Автор: Таксиль Лео
- Год: 1904
- Язык: французский
- Жанр: Прочее юмористическое
Электронная книга - «La Bible amusante». Краткое содержание книги:
Mais voici qui est plus précis encore:
«Dieu suscita aussi un autre ennemi à Salomon; ce fut Razon, fils d’ÉIiada. Celui-ci assembla des troupes contre lui; il avait été battu autrefois par David et s’était réfugié à Damas. Mais il fut un ennemi terrible pour Israël pendant tout le règne de Salomon, et il lui fît beaucoup de mal, outre le mal que fit Adad. Razon, qui infligea ces défaites aux Israélites, régnait sur la Syrie.» (11:23-25)
Ce Razon, roi de Syrie, qui causa tant de chagrin à Salomon durant tout le cours de son règne en Judée, démontre, net comme trois fois un font trois: 1° que le monarque si sage et d’abord si dévot envers Jéhovah fut puni, tandis qu’il était innocent, des péchés dont il devait se rendre coupable au temps de sa vieillesse; 2° que l’auteur sacré se contredit singulièrement, quand il dit plus haut (4:20-21) que Salomon régna de l’Euphrate à la Méditerranée.
En outre, le gendre du roi d’Egypte et de six cent quatre-vingt-dix-neuf autres rois de la terre eut maille à partir avec ses propres sujets.
«Jéroboam, fils de Nébath et de Tséruha, qui était domestique de Salomon, fut encore soulevé contre lui par l’Éternel. Or, Jéroboam était un homme courageux et fort, que le roi avait remarqué parmi ses serviteurs, lorsqu’il faisait bâtir Millo, et qu’il avait dès lors chargé de la perception des impôts dans les familles de la descendance de Joseph. Et il arriva que Jéroboam, sortant de Jérusalem, rencontra sur sa route Ahias le prophète, qui avait ce jour-là un beau manteau tout neuf. Ils étaient tous deux seuls dans la campagne. Alors, Ahias déchira tout-à-coup son manteau en douze morceaux dès qu’il vit Jéroboam, et il lui dit: Prends pour toi dix morceaux de mon manteau; car l’Éternel m’a parlé hier matin en ces termes: Je déchirerai le royaume de Salomon, et j’en donnerai dix tribus à l’un de ses domestiques; néanmoins, je laisserai une tribu à son fils, à cause de mon fidèle David et de la ville de Jérusalem, que j’ai choisie dans toutes les tribus d’Israël.» (11:26-32)
Nous avons déjà vu un lévite qui coupa sa concubine en douze morceaux, parce qu’elle était morte d’avoir été violée à Gabaa, en une seule nuit, par sept cents mauvais garnements; et maintenant, voici un prophète qui déchire son manteau (heureusement, ce n’est que son manteau) en douze parts, pour signifier à Jéroboam que Dieu l’autorisait à soulever une émeute et que des douze tribus d’Israël il en aurait dix. Ce prophète Ahias, remarque Voltaire, aurait pu comploter contre Salomon avec le rebelle sans qu’il lui en coûtât un bon manteau tout neuf; d’autant plus que le dieu d’Israël ne donnait pas beaucoup de manteaux à ses prophètes, car on sait que leur garde-robe était mal fournie: apparemment que Jéroboam, reconnaissant, lui paya la valeur de son manteau!
Autre observation qu’on ne manquera pas de faire: des trois ennemis que Dieu suscita à Salomon, Jéroboam est le seul qui se soit levé contre lui après son apostasie; or, c’est précisément le seul qui ait fait fiasco. Les deux autres malmenèrent assez rudement le fils de David et l’humilièrent ainsi en lui faisant échec; l’émeute de Jéroboam, au contraire, ne réussit pas du tout.
«Salomon, ayant donné des ordres pour mettre à mort Jéroboam, qui venait de se révolter, celui-ci prit aussitôt la fuite et se réfugia en Egypte, où il demeura jusqu’à la mort de Salomon.» (v. 40)
Ce chapitre 11 se termine en mentionnant le décès du monarque aux sept cents épouses et aux trois cents concubines, sans dire si, dans ses derniers jours, il revint à de bons sentiments envers Sabaoth; de sorte que les théologiens ont beaucoup discuté sur le fait de savoir s’il est damné ou non; les opinions sont partagées.
Une autre lacune très regrettable, et qui saute à l’œil, c’est celle qui résulte du silence gardé par l’auteur sacré sur les nombreuses noces du glorieux roi juif. Car, enfin, c’est très joli de nous dire que Salomon eut pour épouses légitimes sept cents princesses étrangères, appartenant aux diverses familles royales de la terre, et pratiquant toutes les mauvaises religions; mais on aurait été content d’avoir quelques descriptions de ces cérémonies nuptiales et des fêtes qui les accompagnèrent. Si l’apostasie de Salomon a duré dix ans (ce qui serait énorme), ces sept cents princesses, femmes légitimes, représentent quarante-six noces royales par année, c’est-à-dire à peu près une chaque semaine. Voyez-vous d’ici ce royaume passant dix années consécutives en réjouissances publiques, réceptions des souverains beaux-pères! et comme il est fâcheux que l’Almanach de Gotha n’ait pas existé à celte époque, pour nous donner la nomenclature des familles régnantes, se comptant alors par centaines!
On ne peut, enfin, clore l’histoire de Salomon sans parler des quatre livres qui lui sont attribués et qui font partie de la Bible les Proverbes, le Livre de la Sagesse, l’Ecclésiaste et le Cantique des Cantiques.
Le premier de ces ouvrages est un recueil de maximes qui paraissent à nos esprits raffinés quelquefois triviales, basses, incohérentes, sans goût, sans choix et sans dessein. Ils ne peuvent se persuader qu’un roi éclairé ait composé un recueil de sentences dans lesquelles on n’en trouve pas une seule qui regarde la manière de gouverner, la politique, les mœurs des courtisans, les usages d’une cour. Ils sont étonnés de voir des chapitres entiers où il n’est parlé que de gueuses qui vont inviter les passants dans les rues à coucher avec elles. — Ils se révoltent contre les sentences dans ce goût:
«Il y a trois choses insatiables, et une quatrième qui ne dit jamais C’est assez: le sépulcre, la vulve de la femme, la terre qui n’est jamais rassasiée d’eau; et le feu, qui est la quatrième, ne dit jamais C’est assez.» (30:15-16)
«Il y a trois choses difficiles à. retrouver, et j’ignore entièrement la quatrième: la trace de l’aigle dans l’air, la trace du serpent sur la pierre, la trace d’un navire dans la mer, et la trace d’un homme dans une femme.» (v. 18-19)
«Il y a quatre choses qui sont les plus petites de la terre, et qui sont plus sages que les sages: les fourmis, petit peuple qui se prépare une nourriture pendant la moisson; le lièvre, peuple faible qui couche sur des pierres; la sauterelle, qui, n’ayant pas de roi, voyage par troupes; le lézard, qui travaille de ses mains et qui demeure dans le palais des rois.» (v. 24-28)
— Est-ce à un grand roi, disent-ils, au plus sage des mortels, qu’on ose imputer de semblables niaiseries? (Voltaire, Dictionnaire philosophique)
Les Proverbes ont été attribués aussi à Isaïe, à Elzia, à Sobna, à Éliacin, à Joacké, et à plusieurs autres.
Le Livre de la Sagesse est dans un goût plus sérieux. On l’attribue à Salomon, mais aussi à Jésus, fils de Sirach, et à Philon de Biblos; mais, quel que soit l’auteur, on a cru que de son temps on n’avait point encore le Pentateuque; car il dit, au chapitre 10, qu’Abraham voulut immoler Isaac au temps du déluge, et dans un autre endroit, il parle du patriarche Joseph comme d’un roi d’Egypte. Le pis est que l’auteur, dans le même chapitre, prétend qu’on voit de son temps la statue de sel en laquelle la femme de Loth fut changée. Ce que les critiques trouvent de pis encore, c’est que ce livre leur paraît un amas très ennuyeux de lieux communs; mais ils doivent considérer que de tels ouvrages ne sont pas faits pour suivre les vaines règles de l’éloquence. Ils sont écrits pour édifier, et non pour plaire; il faut même lutter contre son dégoût pour les lire. (Voltaire, Dictionnaire philosophique)