Sodoma: Enquête au cœur du Vatican
- Автор: Martel Frédéric
- Год: 2019
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 978-2-221-22208-9
- Жанр: Биографии и мемуары
Электронная книга - «Sodoma: Enquête au cœur du Vatican». Краткое содержание книги:
Pape François
Longtemps resté dans l’ombre, c’est avec le synode de la famille voulu par François que Sarah est apparu à visage découvert. L’Africain n’hésite plus à qualifier le divorce de scandale et le remariage d’adultère ! En 2015, il prononce même un discours hystérique où il dénonce, comme s’il était encore dans son village animiste, la « bête de l’apocalypse », un animal à sept têtes et dix cornes envoyé par Satan pour détruire l’Église. Et quelle est donc cette bête démoniaque qui menacerait l’Église ? Son discours de 2015 est explicite sur ce point : il s’agit de l’« idéologie du genre », des unions homosexuelles et du lobby gay. Et le cardinal de faire un pas de plus, en comparant cette menace LGBT… au terrorisme islamiste : ce sont les deux faces d’une même pièce, selon lui les « deux bêtes de l’apocalypse » (je le cite ici à partir de la transcription officielle que je me suis procurée).
En comparant les homosexuels à Daech, Sarah vient d’atteindre un point de non-retour.
— On a affaire à un illuminé, résume sévèrement un cardinal proche du pape, « off the record ».
Et un prêtre qui a participé au synode me dit :
— Il ne s’agit plus de religion : on est là dans un discours typique de l’extrême droite. C’est Mgr Lefebvre : il ne faut pas aller chercher plus loin ses sources. Sarah, c’est Lefebvre réafricanisé.
Ce qui est étrange ici c’est l’obsession de Sarah pour l’homosexualité. Quelle idée fixe ! Quelle psychose sur cette « apocalypse »-là ! Dans des dizaines d’interviews obscurantistes, le cardinal condamne les homosexuels ou les supplie de rester chastes. Bon prince, il va même jusqu’à proposer aux moins frugaux d’entre eux des « thérapies réparatrices », qui, souvent défendues par le prêtre-psychanalyste Tony Anatrella ou par des bonimenteurs, permettraient de les « guérir » et de leur permettre de redevenir hétérosexuels ! Si une personne homosexuelle n’arrive pas à atteindre l’abstinence, les thérapies réparatrices peuvent les aider : « Dans bien des cas, quand la pratique des actes homosexuels n’est pas encore structurée, [ces homosexuels] peuvent réagir positivement à une thérapeutique appropriée. »
Sur le fond, le cardinal atteint une certaine schizophrénie. En France, il devient l’une des figures tutélaires de la Manif pour tous, sans voir que nombre de ses soutiens « anti-gender » sont aussi de purs racistes qui appellent à voter à l’élection présidentielle de 2017 pour l’extrême droite de Marine Le Pen. Celui qui défend une vision absolutiste de la famille s’affiche aux côtés de ceux qui entendent réserver les allocutions familiales aux Français « de souche » et s’opposent au regroupement familial des parents africains avec leurs enfants.
Imprudence ou provocation ? Robert Sarah va jusqu’à préfacer le livre d’un certain Daniel Mattson, Why I Don’t Call Myself Gay (Pourquoi je ne me définis pas comme gay). Le livre, au titre vertigineux, est significatif en ce qu’il ne propose aux homosexuels ni « charité » ni « compassion », mais l’abstinence totale. Dans sa préface, le cardinal laisse entendre qu’être homosexuel n’est pas un péché si on reste dans la continence. Tel est le message de Sarah qui rejoint étrangement celui de tant de penseurs et écrivains catholiques homosexuels qui ont valorisé la chasteté pour ne pas suivre leur pente.
Avec ce genre de discours, Sarah se rapproche, consciemment ou non, des homophiles les plus caricaturaux, ceux qui ont sublimé ou refoulé leur inclination dans l’ascétisme ou le mysticisme. Le prélat avoue avoir beaucoup lu sur cette « maladie » et fréquenté à Rome les conférences qui traitent de la question homosexuelle, notamment celles de l’université pontificale Saint-Thomas (comme il le raconte dans sa préface du livre Pourquoi je ne me définis pas comme gay). « J’ai ressenti [en écoutant ces homosexuels] la solitude, la peine et le malheur qu’ils enduraient en poursuivant une vie contraire [à la vérité] du Seigneur, écrit-il. Et c’est seulement lorsqu’ils se sont mis à vivre dans la fidélité aux enseignements du Christ qu’ils ont pu trouver la paix et la joie qu’ils recherchaient. »
EN RÉALITÉ, LE MONDE de Robert Sarah est une fiction. Sa critique de la modernité occidentale opposée à l’idéal africain n’est crédible que pour ceux qui ne connaissent pas l’Afrique.
— La réalité africaine ne correspond en rien à ce que prétend Sarah par pure idéologie, m’explique le diplomate africain du Vatican qui a travaillé avec lui.
L’illusion est palpable en particulier sur trois sujets : le célibat des prêtres, le sida et l’homophobie supposée de l’Afrique. L’économiste canadien Robert Calderisi, ancien porte-parole de la Banque mondiale en Afrique, m’explique, lorsque je l’interroge, que la majorité des prêtres du continent vivent discrètement avec une femme ; les autres sont généralement homosexuels et tentent de s’exiler en Europe.
— Les Africains souhaitent que les prêtres soient comme eux. Ils apprécient quand ils sont mariés et qu’ils ont des enfants, ajoute Calderisi.
Tous les nonces et diplomates que j’ai interrogés, et tous mes contacts dans les pays africains où j’ai enquêté, le Cameroun, le Kenya et l’Afrique du Sud, confirment cette double vie fréquente des prêtres catholiques en Afrique, qu’ils soient hétérosexuels ou homosexuels.
— Sarah le sait : un nombre significatif de prêtres catholiques africains vivent avec une femme. D’ailleurs, ils perdraient toute légitimité dans leur village s’ils ne faisaient pas la preuve de leur pratique hétérosexuelle ! Loin de Rome, ils se débrouillent parfois même pour être mariés à l’église dans leur village. Le discours actuel de Sarah sur la chasteté et l’abstinence est une immense fable, quand on connaît la vie des prêtres en Afrique. C’est un mirage ! indique un prêtre spécialiste de l’Afrique, qui connaît bien le cardinal.
Ce prélat confirme aussi que l’homosexualité est l’un des rites de passage traditionnels des tribus d’Afrique de l’Ouest, en particulier en Guinée. Une singularité africaine que le cardinal ne peut ignorer.
Aujourd’hui, les séminaires africains sont, à l’image des séminaires italiens des années 1950, des lieux homosexualisés et des espaces de protection des gays. Il s’agit, ici encore, d’une loi sociologique ou, si l’on ose dire, d’une sorte de « sélection naturelle » au sens de Darwin : en stigmatisant les homosexuels en Afrique, l’Église les contraint de se cacher. Ils se réfugient dans les séminaires pour se protéger et ne pas avoir à se marier. S’ils le peuvent, ils s’enfuient en Europe où les épiscopats italiens, français et espagnols font appel à eux pour repeupler leurs paroisses. Et ainsi, la boucle est bouclée.
Le discours de Robert Sarah s’est rigidifié à mesure qu’il s’est éloigné d’Afrique. L’évêque est plus orthodoxe que le prêtre, et le cardinal davantage que l’évêque. Alors qu’il fermait les yeux sur bien des secrets de l’Afrique, le voici à Rome plus intransigeant que jamais. Les homosexuels deviennent alors ses boucs émissaires, indissociables de ce qui fait, à ses yeux, corps avec eux : le sida, la théorie du genre et le lobby gay.