Dominium Mundi. Livre I
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #1
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-10-90648-12-8
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre I». Краткое содержание книги:
« D’accord, d’accord, je vous raconterai tout, vous avez ma parole. Mais pas dans un lieu aussi fréquenté qu’ici. Retrouvons-nous dans un coin plus tranquille.
— Que vous êtes donc méfiant ! » Elle réfléchit un instant avant de dire : « Je connais un endroit qui fera parfaitement l’affaire : l’atelier des bannières. J’ai une amie qui y travaille, elle me prêtera son passe si je le lui demande. C’est dans le quadrant 4, secteur C. Retrouvez-moi là-bas, demain soir à 22 h. »
Cela sonnait comme une prise de congé, aussi Tancrède se leva-t-il prestement puis lui proposa son bras pour l’aider à en faire autant.
« On dirait presque un rendez-vous… », lui glissa-t-il un peu espiègle, avant de se raviser en la voyant se renfrogner à nouveau.
« C’est ça, essayez de venir avec des fleurs et je vous fiche mon poing dans la figure ! » lâcha-elle en prenant appui sur le dossier du banc pour se relever sans l’aide que lui proposait Tancrède. Cette fois, celui-ci éclata de rire. Décidément, cette amazone ne cessait de le surprendre.
« Vous ne m’avez même pas dit votre nom, fit-il remarquer.
— Vous ne me l’avez pas demandé.
— Comment vous appelez-vous ?
— Clorinde di Severo. Bonsoir, Monsieur. »
Elle tourna les talons et partit.
Ce dimanche après-midi-là, comme tous les autres dimanches, l’équipe du Métatron Hérétique tenait sa réunion hebdomadaire.
Bien qu’en temps normal, ces rencontres aient lieu au local clandestin, l’absence de ventilation dans celui-ci nous avait incités à remettre en cause cette habitude pour trouver un endroit plus frais. Pascal avait eu l’idée du pont de la ligne 9 du Tube qui passait non loin de là, à l’écart de toute allée fréquentée. Il franchissait une importante conduite d’eau dont la présence suffisait à faire tomber de quelques degrés la température. Nous approuvâmes tous ce choix et nous installâmes sous le pont, autant pour être à l’abri des regards que poussés par la simple force de l’habitude de se mettre à l’ombre lorsqu’il fait chaud, même si à bord, ce n’était bien entendu pas le soleil qui chauffait ce mois d’août.
Presque toute l’équipe était là, Pierre Sanche, toujours aussi maussade depuis la perte de son ami Cossolat, Clotilde Vaugerlin et Colin Fulbert, qui commençaient à s’attirer quelques taquineries à force de traîner toujours ensemble, Pascal Jalogny bien sûr, Silvio Arnaboldi que j’avais fait entrer dans le groupe quelque temps plus tôt, et trois ou quatre autres membres du Réseau. Le seul représentant de l’équipe d’origine du Métatron Hérétique était Sanche. Les autres avaient été arrêtés ou avaient jeté l’éponge par simple peur des conséquences, surtout après l’exemple qui avait été fait avec Cossolat. Néanmoins, la nouvelle équipe continuait à se réunir tant bien que mal toutes les semaines pour faire le point sur ce qui méritait d’être dit dans la prochaine édition de notre tract subversif.
Cette fois, la discussion avait démarré sur le principal problème auquel nous devions faire face depuis quelque temps : la démotivation progressive des membres du Réseau.
« Ces dernières semaines, constatait Colin, nous avons tous été confrontés au moins une fois à un inerme réticent à collaborer parce qu’il pense que l’activisme est une impasse. Selon eux, cela ne mène nulle part, leurs conditions de vie ne se sont pas améliorées. Elles ont même plutôt empiré.
— Et il faut admettre qu’ils n’ont pas tort sur ce point, renchérit Pascal. À chaque nouvelle édition du Métatron, les brimades s’accentuent pendant plusieurs jours, comme pour faire sentir aux inermes qu’ils sont tous responsables. »
J’avais beau savoir tout cela, et comprendre en partie ces arguments, je ne pouvais m’empêcher de ressentir une certaine irritation.
« Il faut réussir à leur mettre dans la tête que nous devons maintenir la pression ! dis-je sans diplomatie. Le travail que nous accomplissons aujourd’hui, nous en récolterons les fruits demain, après le débarquement, en contraignant les barons à nous renvoyer chez nous une fois qu’ils auront asservi cette foutue planète. Si nous lâchons prise maintenant, ils sauront qu’il suffit d’en châtier quelques-uns parmi nous pour mater toute velléité de résistance. »
Pascal leva les bras au ciel.
« Bon sang, ce que tu peux être idéaliste. Tu crois vraiment que tous les inermes sont prêts à donner leur vie pour la liberté ? La plupart d’entre eux veulent simplement rester en vie. »
Malgré l’amitié qui nous liait depuis le début de ce voyage, Pascal était un peu jaloux de moi. Lorsque Cossolat avait été expédié en caisson pour son voyage sans retour au cœur des ténèbres, c’était moi qui avais maintenu le Métatron à flot, l’empêchant de couler avec le départ de ses principaux membres. Depuis, même si cela n’avait fait l’objet d’aucune décision collective, j’étais un peu considéré comme le chef et cela irritait mon ami, entré dans le Réseau bien avant moi. J’espérais que cette amertume ne serait que passagère.
Il continua : « Tu sais très bien qu’ils n’ont jamais prévu de nous renvoyer chez nous, le vaisseau ne sera tout simplement pas assez grand pour ça. Une fois que tous les modules terrestres du Saint-Michel auront été désorbités, il ne restera de place à bord que pour les engagés volontaires. Et encore, pas tous. Uniquement ceux qui voudront rentrer sur Terre. »
Il jeta rageusement au loin le mégot de sa cigarette.
« Nous serons les colons forcés de ce Nouveau Monde. C’était ça leur idée depuis le début : occuper le terrain avec les inermes et quelques militaires, en attendant les premières vagues de colons volontaires. »
Jamais je ne me résignerai à abandonner papa et Guillemette ! hurlai-je intérieurement, avant de dire, en ni efforçant de ne pas montrer mon trouble : « Justement, nous devons les forcer à ne pas désorbiter autant de modules que prévu. Si nous axons tout le discours du Métatron sur ce thème, cela obligera les barons à en tenir compte. Peu à peu, l’idée s’installera dans l’esprit des inermes que c’est possible, qu’il y a un espoir ! »
Je n’étais pas très à l’aise avec ce raisonnement, car je savais que c’était pratiquement impossible à réaliser, et donner de faux espoirs à ceux qui souffrent m’avait toujours paru détestable. À l’expression sceptique des autres, je sus qu’ils pensaient à peu près la même chose. Colin intervint de sa voix claire :
« Ça pourrait marcher… À condition que nous accompagnions cela de nouvelles révélations sensationnelles sur les seigneurs, comme aux débuts du Métatron. Rien de tel pour marquer les esprits et montrer que les activistes sont encore debout, même si on leur a porté un coup sévère. » Certains approuvèrent ces paroles en hochant la tête et tous les regards se tournèrent vers Sanche.
En effet, c’était lui qui avait apporté à notre tract clandestin toutes ces informations exceptionnelles qui en avaient fait un brûlot et lui avait donné un retentissement inespéré dans les rangs des Croisés, bien au-delà du seul contingent inerme. Il n’avait jamais révélé sa source et tout le monde respectait cela dans le groupe, mais depuis quelque temps, les renseignements qu’il obtenait se faisaient de plus en plus rares et leur qualité avait notablement diminué. Il eut l’air soudain très embarrassé.