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Dominium Mundi. Livre I - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Dominium Mundi. Livre I

Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre I». Краткое содержание книги:

2202. Né des cendres d’une conflagration planétaire, l’Empire Chrétien Moderne règne sur une Terre ravagée et irradiée. Urbain IX, pape tout puissant et restaurateur du Dominium Mundi, y gouverne d’une main de fer ses peuples revenus à un mode de vie médiéval.Sous son impulsion, un vaisseau colonisateur est envoyé vers une planète d’Alpha du Centaure, dans l’espoir d’y trouver de nouveaux territoires pour l’humanité. Lorsque les passagers l’abordent, ils ont la surprise d’y découvrir un peuple, les Atamides. Le choc est grand. Mais ce n’est rien en comparaison d’une découverte encore plus bouleversante : le véritable tombeau du Christ ! Guidés par leur foi inébranlable, les missionnaires tentent de s’en emparer, en vain. Les indigènes les massacrent.Sur Terre, la nouvelle se répand comme une traînée de poudre. Deux ans plus tard Urbain IX achève d’armer un gigantesque vaisseau, le St-Michel, capable d’abriter un million d hommes. Pour Tancrède de Tarente, le Méta-guerrier héros des champs de bataille, et Albéric Villejust, le génie de l’Infocosme enrôlé de force, débutera une croisade sanglante vers une nouvelle Jérusalem… Les événements feront-ils bégayer l’Histoire ?
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Tancrède lança un regard inquiet à la ronde.

« Moins fort, je vous en prie ! Il ne faut pas parler de ce genre de chose aussi ouvertement ! »

Dans un lieu public fréquenté, on ne pouvait jamais être certain qu’un membre de la Legio Sancta ne soit pas à portée d’oreille.

Bien loin de s’inquiéter, Clorinde était contente de voir qu’elle avait touché juste. Comme les autres, cet homme avait sûrement pensé qu’elle n’était qu’une frêle jeune femme facile à embobiner. Comme les autres, il avait eu tort.

« Venez, ne testons pas là », lui demanda-t-il en l’invitant d’un geste courtois à le précéder pour rejoindre un banc un peu à l’écart. « S’il vous plaît », ajouta-t-il rapidement en voyant une moue contrariée se former sur le visage de la jeune femme.

Elle acquiesça et ils quittèrent le perron du Central pour rejoindre l’allée quasi déserte qui courait autour de l’esplanade. La lumière avait progressivement diminué pour laisser place à un simulacre de crépuscule qui apportait enfin un peu de fraîcheur après une des journées les plus chaudes de ce mois d’août. Comme la période de sommeil froid avait duré dix mois et qu’elle avait commencé à la fin de l’été 2204, les passagers du Saint-Michel s’étaient réveillés au mois de juin 2205 dans la situation étrange de devoir enchaîner deux étés à la suite.

Clorinde laissa échapper un léger gémissement en s’asseyant. Les thermo-réducteurs tiraient sur sa peau au moindre mouvement.

« C’est douloureux ? » demanda Tancrède, qui se frappa aussitôt le front du plat de la main. « Excusez-moi, bien sûr que c’est douloureux. »

« J’en ai vu d’autres, croyez-moi », répondit-elle. Bien que la question fût en effet idiote, cela lui plaisait qu’il s’inquiète pour elle. « Et vous, avez-vous été touché ?

— Non, ça va, j’ai eu de la chance.

— La chance n’a rien avoir là-dedans, Lieutenant. Vous maîtrisez l’art du combat Méta. C’est à cela que vous devez d’être encore en vie face à un tel adversaire. »

Il eut l’air tellement surpris qu’elle soit capable de reconnaître les subtilités des techniques Méta qu’elle sut qu’il la sous-estimait encore. Cela l’agaça et sa déception s’accrut davantage lorsqu’il reprit la parole pour demander, sur un ton embarrassé :

« Je… J’aimerais savoir ce que vous avez dit à la police. »

Alors, c’était pour ça qu’il l’avait attendue ? pensa-t-elle. Seul son intérêt personnel l’avait poussé à venir s’enquérir de son état de santé ? Consternée, elle composa son expression la plus méprisante et dit :

« Ah, je vois. J’aurais dû m’en douter. Il n’y a que cela qui vous intéresse. Prendre de mes nouvelles, ce n’était qu’une méthode d’approche. Tout ce que vous vouliez, c’était savoir si la police allait vous tomber dessus !

— Non, non, pas du tout, se récria Tancrède maladroitement. Je voulais vraiment savoir comment vous vous en étiez sortie. Après tout, je suis un peu responsable de ce qui est vous arrivé.

— Un peu ? »

Il eut l’air sincèrement blessé.

« Ce n’est quand même pas moi qui ai tiré sur vous… »

Clorinde comprit qu’elle avait été injuste et se radoucit un peu. En effet, ce n’était pas de sa faute si ce criminel en bure noire avait choisi de se cacher sur les ponts ama, et après le début de la confrontation, il avait tout fait pour la protéger.

« Eh bien, puisque vous le demandez, ça ne va pas si mal. J’en suis quitte pour quelques brûlures et une légère entorse au poignet. Finalement, le plus douloureux, c’est le coup que vous m’avez donné au plexus pour me pousser ; vous n’y êtes pas allé de main morte.

— Je suis désolé, croyez-moi. Il fallait que le coup soit fort pour vous éloigner suffisamment de la trajectoire de l’éclair. »

Elle hocha la tête pour montrer qu’elle avait déjà compris. Il y eut un silence embarrassé entre eux qui se prolongea quelques secondes. Tancrède ne savait plus comment s’y prendre avec cette amazone plus impulsive et susceptible que les plus chatouilleux des soldats siciliens qu’il ait connus. Aussi, il essaya d’adopter le ton le moins autoritaire possible lorsqu’il reposa sa question.

« Alors, vous voulez bien me dire ce que vous avez rapporté à la police ? S’il vous plaît. »

Elle le toisa un instant avant de répondre.

« Je ne leur ai rien dit sur vous. Mais je commence déjà à le regretter. »

Tancrède soupira de soulagement. Elle poursuivit :

« Je leur ai raconté qu’en quittant les ponts ama à la fin de ma journée, j’avais remarqué que le box voisin du mien était ouvert alors qu’il était censé être définitivement fermé. J’avais aussitôt soupçonné qu’il se tramait quelque chose de louche et décidé d’inspecter les lieux. Tandis que je m’approchais de la porte ouverte, deux hommes en étaient sortis en trombe, se poursuivant l’un l’autre, et m’avaient bousculée dans leur course folle. Dans ma chute, j’étais tombée sur une pompe d’injection d’azote liquide qui m’avait occasionné – par simple contact – ces brûlures au torse pour lesquelles j’ai été admise au Central. Il faut dire que ces imbéciles de techs laissent toujours ouvertes les trappes des pompes alors que tout le monde sait que c’est dangereux ! »

À l’évocation des brûlures, elle sentit une légère onde de douleur remonter le long de ses côtes qui l’obligea à changer de position sur le banc. Tancrède le remarqua, mais s’abstint de l’interrompre.

« On m’a bien sûr demandé si je serais capable de reconnaître ces deux hommes, mais j’ai prétendu que tout s’était passé bien trop vite pour que je puisse voir leurs visages. »

En fait, non seulement Clorinde aurait pu le reconnaître, mais elle aurait même pu le nommer. Tancrède était célèbre dans les armées chrétiennes et, bien que ne l’ayant pas immédiatement identifié, elle s’était souvenue de son nom après coup. Ceux qui possédaient les techniques Méta n’étaient pas si nombreux.

Tandis qu’elle attendait dans sa chambre d’hôpital que la police militaire arrive pour l’interroger, elle avait longuement hésité avant d’inventer cette petite histoire. Un faux témoignage n’avait rien d’anodin. Ce n’était certes pas la première fois qu’elle prenait des libertés avec la vérité, mais elle n’avait encore jamais été jusqu’à mentir à la police. Si Clorinde se considérait comme une personne absolument intègre, elle se réservait parfois le droit d’estimer elle-même si telle ou telle faute était vraiment immorale.

En l’occurrence, l’envie de revoir ce beau lieutenant conjuguée à celle de se débarrasser le plus rapidement possible des formalités avait fait pencher sa balance personnelle du côté péché véniel.

Tancrède la dévisageait en souriant.

« Vous ne manquez pas d’imagination. »

Clorinde sentit son pouls s’accélérer. Ce sourire lui avait fait plus d’effet qu’elle ne l’aurait cru. Par réflexe, elle le lui rendit avant de s’en rendre compte et de se recomposer un visage courroucé.

« En effet, mais vous avez intérêt à tout m’expliquer, sinon je sens que la mémoire va me revenir à toute vitesse. »

Tancrède hocha la tête pour signifier qu’il s’avouait vaincu.

« C’est d’accord, par contre, vous devrez me promettre de garder le secret le plus absolu.

— Nous verrons cela une fois que vous m’aurez tout dit, vous n’êtes pas vraiment en position de négocier ! »

Tancrède ne put s’empêcher de sourire de nouveau devant tant d’impétuosité. Il commençait à éprouver davantage que de l’intérêt pour elle et, paradoxalement, cette colère qu’elle lui jouait depuis tout à l’heure la faisait paraître d’autant plus belle à ses yeux.

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