Dominium Mundi. Livre II
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #2
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-1-090648-18-0
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:
Quelle ne fut pas sa surprise lorsque, trois heures et demie plus tard, Robert de Montgomery le fit appeler. Le chef suprême de la croisade l’écouta jusqu’au bout et parut sensible à son désarroi. Il se montra même si compréhensif qu’il accepta de laisser le répartiteur rendre visite au traître, pourtant condamné à l’isolement total.
Même aveuglé par son chagrin, Engilbert ne put s’empêcher de penser que les motivations du duc n’étaient pas altruistes. Peut-être même étaient-elles assez peu morales ? Le Flamand se doutait que Robert de Montgomery avait vu là une occasion de tourmenter davantage son ancien opposant. Pourtant, cette instrumentalisation de sa douleur ne fit pas reculer Engilbert : s’il contribuait indirectement au châtiment d’un ennemi de Dieu, alors tant mieux !
Il se présenta sans attendre au quartier disciplinaire, vaste centrale pénitentiaire bétonnée et barbelée où l’on enfermait les mauvais soldats et les criminels de tout ordre. Au début, le niveau de sécurité confinant la zone d’isolement réservée à Pierre l’Ermite lui parut ridiculement élevé pour un seul homme, puis il se rappela les rumeurs qui avaient circulé sur l’ampleur de la trahison de l’ex-Préteur et admit qu’il ne pouvait être traité comme un délinquant quelconque.
Pourtant, lorsqu’il le vit enfin, c’est bien l’impression qu’il lui fit. Quelconque.
Cet homme, qui autrefois électrisait les masses populaires d’un regard, commandait aux foules d’un seul geste, n’était plus qu’une ombre, une enveloppe vide prostrée sur un banc, dans le coin d’une cellule sombre. Lorsqu’il se retrouva face à lui, Engilbert comprit qu’il n’était venu que pour se venger, pour déverser sa haine sur ce symbole de la trahison, pour soulager sa culpabilité en accablant plus coupable que lui. Soudain honteux, il faillit repartir.
Il s’approcha néanmoins et son genou cogna contre la paroi de verre Diatomée. Pierre releva la tête brusquement, il ne l’avait pas entendu arriver. Fixant sur Engilbert des yeux éteints, il le détailla du regard, comme pour s’assurer que cette apparition n’était pas le fruit de son imagination, puis il baissa à nouveau la tête.
Alors, la colère d’Engilbert remonta en flèche, mettant une fois encore ses pensées en ébullition. Il frappa des deux poings sur la vitre en criant.
« Qu’avez-vous fait ? Qu’avez-vous fait ? Pourquoi… ai-je perdu mon frère ? »
Sur les derniers mots, sa voix s’était brisée. Il ne put retenir des sanglots.
Pierre l’Ermite le regarda de nouveau, une lueur d’intérêt dans les yeux.
« Vous devez être Engilbert Tournai, le frère de Liétaud Tournai, cet homme qui s’est enfui avec Tancrède de Tarente. »
La captivité n’avait en rien entamé l’acuité intellectuelle de l’ex-Préteur. Il se leva et traversa les quatre mètres de sa cellule jusqu’à la vitre derrière laquelle se tenait Engilbert. Les quatre parois de la cellule de verre étaient fichées dans des piliers de béton à chaque angle. Un couloir large d’à peine deux mètres en faisait le tour, éclairé seulement par de la lumière artificielle.
« Ils ont eu raison de partir, mon fils. Ils ont lavé leur âme en refusant de continuer à se rendre complice de…
— Assez ! Vous n’êtes qu’un suppôt du diable ! Vous brûlerez en enfer pour l’éternité !
— L’enfer, nous y sommes déjà, nous y avons toujours été. L’enfer, ce sont les hommes eux-mêmes.
— ASSEZ ! »
Engilbert avait hurlé. Il n’était pas venu pour entendre ce serpent siffler ses mensonges. Prenant conscience d’avoir commis une erreur en se rendant ici, il tourna les talons et se dirigea vers la porte lorsque l’Ermite lui lança :
« Vous ne me demandez pas pourquoi je suis ici ? »
Engilbert s’arrêta.
« Bien sûr que si, vous voulez savoir. En fait, je suis sûr que vous avez déjà compris, mais que vous refusez de l’admettre. »
Engilbert fit volte-face. S’il n’y avait eu la vitre, il aurait étranglé cette vipère.
« De quoi parlez-vous, démon ? Vous délirez !
— Vous le savez parfaitement. Vous craignez d’avoir perdu la foi.
— C’est absurde !
— Vous craignez d’avoir perdu la foi parce que vous ne comprenez pas que Dieu vous laisse souffrir autant. Alors, vous venez voir celui dont la trahison envers l’Église a été la plus spectaculaire. Vous voulez voir pire que vous-même afin de vous rassurer.
— Cessez !
— Malheureusement, ce ne sera pas efficace, mon fils.
— Ne m’appelez pas ainsi, vous en avez perdu le droit !
— C’est exact, toutefois je crains que cette habitude ne me quitte jamais.
— Je vais partir, je n’ai rien à faire ici !
— En effet, car vous avez déjà compris. Vous avez compris que Dieu vous a abandonné, comme il a abandonné les hommes depuis longtemps. Le véritable traître, c’est Dieu ! »
Engilbert commençait à se sentir mal, il avait épouvantablement chaud et la voix de Pierre l’Ermite parvenait à ses oreilles comme à travers du coton.
« Mais, que… essaya-t-il de dire, les mots s’entrechoquant dans sa bouche.
— Savez-vous ce qui se trouvait réellement dans ce sanctuaire ? lui cria l’ex-Préteur. Avez-vous la moindre idée de ce qu’il contenait ? »
Soudain, la porte du couloir circulaire s’ouvrit avec fracas et deux soldats de la PM entrèrent précipitamment.
« Il contenait bien la dépouille du Christ, ça oui ! Mais alors, pourquoi le Saint-Siège a-t-il interdit à quiconque d’y pénétrer ? Pourquoi seul ce démon de Foudroyeur y a été envoyé secrètement ? Pourquoi d’après vous ? »
Les soldats agrippèrent Engilbert par les bras et le traînèrent vers la sortie. Même si celui-ci avait voulu résister, il n’en aurait pas été capable dans l’état où il se trouvait, tout près d’avoir un malaise.
« Parce que sinon l’Empire Chrétien Moderne se serait effondré comme le château de cartes qu’il a toujours été ! Parce que le Christ inhumé ici n’est… »
La porte blindée se referma dans un claquement sonore, soustrayant immédiatement la voix de Pierre aux oreilles d’Engilbert.
Le frère de Liétaud pleurait encore lorsque la PM le raccompagna à la sortie du quartier disciplinaire et le mit dehors sans ménagement.
La salle que découvrit Tancrède était de taille moyenne – à peine une dizaine de mètres dans sa plus grande longueur – et possédait des parois lisses et régulières, presque comme si une bulle d’air avait été soufflée dans le roc. Si quelques meubles en bois l’agrémentaient, le confort était réduit à sa plus simple expression. Une table, un tabouret à trois pieds, un grand tapis bleu, une couche posée à même le sol et quelques ustensiles de la vie quotidienne. Sur la droite, un âtre permettait de faire du feu contre la paroi et les traînées de suie montraient qu’un trou dans les hauteurs évacuait la fumée. Sur la gauche, une faille avait été élargie pour servir de fenêtre, à peine plus grande qu’une meurtrière. Un morceau d’étoffe, animé par un léger souffle d’air venu du dehors, tenait lieu de rideau. Comme la lumière rouge du soleil nocturne n’était pas visible par cette ouverture, Tancrède supposa que la paroi devait être épaisse à cet endroit. Hormis son mobilier typiquement atamide, cette salle aurait pu faire partie du réseau de cavernes des évadés.
Toutes ces réflexions, Tancrède se les fit au cours des premiers instants. Mais ce ne fut qu’une réaction spontanée de son cerveau qui se contenta d’enregistrer automatiquement des informations sur son environnement. Car Tancrède se moquait éperdument de ce qui l’entourait.