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Dominium Mundi. Livre II

Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:

« Cette guerre pour laquelle il s’était engagé n’était pas une guerre de religion, ni même une simple guerre de conquête ou de colonisation, mais bel et bien une guerre d’extermination. »
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Tendu comme un arc, le front barré d’un pli inquiet, Tancrède s’approcha lentement de l’ouverture sombre. Pas un bruit ne se faisait entendre. L’entrée n’était pas plus large que la porte d’une maison. Sans réfléchir davantage, il entra.

Le noir était total.

Il observa une pause de quelques instants afin que sa vision s’accommode. Lorsqu’il commença à discerner les parois, il fit quelques pas prudents et les toucha de la main. La roche était froide et rugueuse. Ses doigts sentirent des stries horizontales.

Il se remit en marche, plus lentement que jamais. Au bout de quelques minutes, il remarqua qu’il s’était tellement éloigné de l’entrée qu’elle n’était plus visible. La maigre lumière de Proxima Centauri n’arrivait plus jusqu’à lui. Son cœur battait à tout rompre. Pas de peur, mais d’excitation. Cependant, le résultat était le même. Il avait les paumes humides, le souffle court, et surtout, ses pensées étaient confuses. Il fallait qu’il se maîtrise. Pas question de rebrousser chemin maintenant, il fallait continuer d’avancer. Il aperçut alors une source de lumière, située derrière un coude du tunnel une vingtaine de mètres devant lui. Elle jetait sur les parois des reflets changeants.

Au détour du virage, il découvrit une torche enflammée, fichée dans un trou percé en biais dans la paroi. Il put enfin voir les lignes qu’il n’avait jusqu’ici qu’effleurées du bout des doigts. De fines raies horizontales, espacées d’un centimètre à peine, qui convergeaient toutes vers le fond la caverne.

Il connaissait cet endroit.

C’était exactement comme dans l’un de ses rêves étranges ! Celui qu’il avait eu juste avant son premier combat contre le Foudroyeur, à bord du Saint-Michel. Celui où il mourrait écrasé par un roc.

« Suis les lignes… »

Était-ce une voix mentale qu’il venait d’entendre, ou juste le souvenir de ce songe qui venait de ressurgir dans son esprit ?

Un frisson le traversa. Si la suite des événements était aussi funeste que ce rêve, il valait mieux être sur ses gardes. À quelques pas de lui, là où les lignes convergeaient, les parois du tunnel se resserraient brusquement en un étroit passage, puis semblaient s’évaser après. L’entrée d’une salle.

Elle était éclairée elle aussi, manifestement par une autre torche à en juger par la lumière tremblotante que l’on percevait. Soudain, Tancrède en eut assez. Il fallait en finir. D’un pas rapide, il franchit la distance qui le séparait de l’entrée, baissa la tête en rentrant les épaules pour passer l’ouverture, puis pénétra dans la salle.

Alors, il la vit. Le choc fut si violent qu’il en eut le souffle coupé.

Clorinde était là.

* * *

Engilbert errait depuis des heures dans la Nouvelle-Jérusalem. L’esprit en déroute, une souffrance terrible lui comprimant la poitrine. Il marchait au hasard dans les larges allées qui serpentaient entre les rangées sans fin de baraquements ou les énormes parties mobiles descendues du Saint-Michel. Devant sa détresse évidente, plusieurs personnes lui avaient proposé leur aide, mais le regard brûlant qu’il leur avait lancé les avait dissuadés d’insister.

Le hasard de ses pas finit par le mener en périphérie du camp, là où la terre poussiéreuse du centre cédait place à un sol caillouteux dont émergeaient par endroits des rocs gris. Il tituba un long moment jusqu’à ce qu’une pierre instable le fit trébucher et chuter durement au sol. Une intense douleur fusa dans son genou lorsque celui-ci heurta une arête coupante, lui arrachant un cri de douleur.

Le décor se mit à tourner à toute vitesse autour de lui et il comprit qu’il allait s’évanouir. Se forçant à s’asseoir, il prit une longue inspiration. L’air était glacé. Il réalisa alors qu’il faisait nuit. La douleur et le froid lui rendant un peu de lucidité, il comprit qu’il venait de craquer nerveusement. Son esprit avait battu la campagne pendant plusieurs heures.

Il tâta prudemment son genou et ne put retenir un nouveau cri. Dans l’obscurité, il se rendit compte que son articulation avait doublé de volume et sentit une soupe poisseuse entre ses doigts. Il devait faire soigner cette vilaine blessure. Se levant avec difficulté, il prit la direction d’un dispensaire en boitillant. En chemin, la raison de cette crise de nerfs lui revint progressivement en mémoire.

Tout avait commencé le matin au Centre de commandement général. Il se souvenait parfaitement de la surprise qu’il ressentait encore, tandis qu’il sortait par l’entrée principale, d’avoir obtenu ce qu’il était venu demander.

Depuis que son frère avait déserté, il était en proie à des tourments épouvantables où la culpabilité se mêlait à la colère pour accoucher d’une mixture toxique qui le dévorait de l’intérieur. Il ne passait pas une nuit sans faire d’effrayants cauchemars dans lesquels Liétaud mourrait par sa faute, puis revenait le hanter sous la forme d’un spectre accusateur. Alors, il priait avec ferveur. Il priait constamment. Il implorait le Seigneur de ramener son frère à la raison et de le faire revenir, tout en sachant qu’il serait emprisonné pour longtemps ou peut-être même exécuté. Il suppliait Dieu d’effacer les cinq semaines qui venaient de s’écouler et de lui permettre de trouver les mots justes pour convaincre son frère de rester. Malheureusement, rien de tel ne se produisait. Dieu ne lui répondait pas.

Hier, jour de Noël, il avait prié avec une ardeur renouvelée, en espérant de toutes ses forces qu’en ce jour particulier, il serait entendu. Mais rien ne s’était passé. Aussi, à force de déceptions, une horrible idée lui avait traversé l’esprit : et s’il n’y avait personne pour entendre ses prières ? Affolé, terrifié même, que de telles pensées puissent naître en lui, il avait songé à une solution radicale.

Quelqu’un pouvait peut-être lui apporter des réponses. Quelqu’un qui avait sa part de responsabilité dans ce qui était arrivé.

Pierre l’Ermite. Le traître de la croisade.

Celui qui devait guider les Croisés dans les pas du Seigneur avait déshonoré la charge qu’on lui avait confiée, instillant dans les esprits les plus influençables le venin du doute et de la contestation. Par la grâce de Dieu, le démon tapi en lui avait été démasqué et le traître, jeté en prison.

Si quelqu’un pouvait expliquer comment on bascule de l’adoration de Dieu à celle du malin, c’était bien lui. Si quelqu’un était en mesure de permettre à Engilbert de comprendre comment son frère, qu’il préservait pourtant depuis toujours des influences néfastes, avait pu, en si peu de temps, se laisser séduire par les sirènes hérétiques, c’était bien lui.

Il fallait qu’il lui parle.

Lorsqu’il s’était rendu au Centre de commandement général ce matin, il était si tôt que la Nouvelle-Jérusalem donnait l’impression d’être une cité fantôme. Il ne se faisait guère d’illusions sur les chances qu’il avait de voir sa requête aboutir. Avec les nouvelles offensives en préparation, le Prætor peregrini ne perdrait pas de temps à le recevoir et il était hautement improbable qu’on l’autorise à voir le prisonnier. Il fit pourtant sa demande au bureau administratif du Préteur et se mit en devoir d’attendre avec les autres quémandeurs de toute nature, déjà nombreux en dépit de l’heure matinale.

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