Dominium Mundi. Livre II
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #2
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-1-090648-18-0
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:
« Au cours des semaines suivantes, A’a put ainsi voyager à travers ce pays aride que ses habitants nommaient Palestine et qui rappelait par bien des aspects notre propre planète. Il y rencontra un grand nombre d’humains appartenant à des peuples divers aux noms fort exotiques pour les sages, comme les Cananéens, les Hébreux ou les Grecs, ou encore les Romains. Le Conseil comprit rapidement que A’a avait judicieusement choisi la contrée terrestre où accomplir son voyage, car la Palestine semblait être un lieu d’échange et de rencontres pour de nombreuses ethnies, où foisonnaient les cultes et les nouvelles religions. Pour les Atamides, c’était un sujet d’étude passionnant dans la mesure où la notion de Dieu nous est totalement étrangère.
« C’était d’ailleurs l’une des raisons qui avaient poussé le Conseil à accéder à la requête d’A’a. De toutes les informations glanées au cours des nombreuses incursions mentales que les Atamides avaient menées depuis des décennies, la religion était de loin le concept humain qui suscitait le plus de débats parmi les sages. Pourquoi cette espèce ne supportait-elle pas l’idée que l’univers se suffise à lui-même ? Pourquoi tous les peuples humains avaient-ils inventé une mythologie aussi complexe pour expliquer des choses si simples ? Comment s’accommodaient-ils des incohérences parfois insurmontables entre les différentes religions ou au sein d’une même religion ? Autant de questions qui passionnaient les Anciens.
« Or, au fil des pérégrinations d’A’a, il devint de plus en plus clair que la religion n’était la plupart du temps qu’un outil de contrôle des peuples, une manière efficace et peu coûteuse de maintenir l’ordre et l’obéissance. Notre sage itinérant en souffrait beaucoup. Lui qui avait tant espéré apprendre des humains, commençait à penser que cette civilisation ne sortirait jamais de la gangue primitive de son hérédité animale. Le comportement des hommes était le plus souvent dicté par les rapports de forces, chaque individu cherchant à dominer son environnement, depuis l’enfant tourmentant un animal par simple méchanceté jusqu’aux chefs militaires qui détenaient le droit de vie ou de mort sur des milliers d’individus. A’a était venu sur Terre en espérant y semer les graines de sa pensée afin qu’elles germent dans les générations futures, et il ne trouva chez les humains qu’un esprit fermé, se consumant dans la volonté de puissance et de domination. Déçu et écœuré par tant d’injustice, A’a songeait à interrompre son voyage et à rentrer lorsqu’une rencontre fortuite changea tout.
« Un jour, alors qu’il traversait une région désertique écrasée par le soleil, A’a découvrit un homme agonisant. Il le recueillit et le porta à l’ombre. Là, il tenta de le soigner, mais l’homme, en pleine exaltation mystique, refusa son aide. Il refusa de manger ou de boire. D’après son état, il était manifeste qu’il jeûnait depuis longtemps. Bien trop longtemps pour qu’il lui reste la moindre chance de survie. Dans le discours incohérent et décousu qu’il tint, A’a comprit que cet homme, insatisfait de la vie matérielle qu’il avait menée jusqu’alors, et conseillé par une communauté religieuse rigoureuse, avait décidé de se retirer dans le désert et de ne plus s’alimenter afin de débarrasser son esprit des contingences corporelles qui l’empêchaient d’accéder au divin. A’a l’écouta patiemment, l’accompagnant jusqu’à son dernier soupir, qu’il ne tarda pas à pousser. Durant le bref instant de lucidité qu’il eut juste avant son trépas, l’homme supplia A’a de porter la nouvelle de sa mort à sa famille qui demeuraient dans une ville nommée Nazareth.
« Son nom était Jésus.
« A’a fut profondément touché par l’expérience de cet humain. Même si le concept de Dieu est incompréhensible pour un Atamide, la pratique de l’isolement et du jeûne est en revanche courante chez les sages. A’a se sentit investi de l’obligation morale de respecter la dernière volonté de cet homme. De plus, une intuition lui disait qu’il disposait peut-être là d’une opportunité unique de faire davantage qu’étudier les humains, il pouvait peut-être les aider.
« Il pouvait essayer d’élargir leur point de vue, d’éveiller leur esprit en leur montrant comment accéder au bonheur simple de vivre en harmonie avec le monde, de ne faire qu’un avec le Tout, pour enfin accéder au stade supérieur de l’Être que lui-même cherchait. C’était sa dernière chance de semer.
« Ce message, A’a avait échoué à le transmettre sur Akya. Notre peuple n’était pas moins éprouvé par les maux de la guerre que le vôtre et A’a avait de nombreuses fois tenté de réunir les grandes ethnies atamides dans l’espoir de les convaincre de vivre en paix. Sans succès. Ainsi, ce qu’il n’avait pu accomplir chez lui, il crut qu’il pourrait le faire là-bas. Il assuma alors l’apparence de ce Jésus et se mit en chemin vers Nazareth avec la ferme intention de prendre la place de cet homme.
« Un vent de panique souffla chez les Anciens. A’a outrepassait largement la mission qui lui avait été confiée par le Conseil en décidant de s’immiscer dans les affaires humaines. Toutefois, on ne pouvait l’obliger à revenir de force. À la limite, on aurait pu l’empêcher de revenir en lui refusant l’accès à la Conscience Globale, mais on ne pouvait le forcer à en faire usage. Les sages assistèrent donc, impuissants, à la suite des événements.
« A’a resta trois ans en Palestine sous les traits de Jésus. Très vite, la nouvelle qu’un homme étrange dispensait un enseignement radicalement nouveau sur la tolérance et l’amour des autres se répandit à travers tout le pays, jetant sur les routes toujours plus de pèlerins brûlant du désir de rencontrer celui que l’on considérait désormais comme le messager de Dieu, peut-être même comme son fils.
« Car telle fut la plus tragique erreur d’A’a – son plus grand péché auraient dit les hommes –, il exploita la fascination humaine pour le mythe du Créateur au profit de son message. Il crut qu’il frapperait mieux les esprits s’il était considéré comme un messager divin. Il crut qu’en utilisant l’illusion de Dieu, il aiderait mieux ses nouveaux frères. Oh, bien sûr, il ne mentit jamais délibérément. Non, il laissa plutôt le mensonge se construire tout seul. Pris à son propre piège, il fut même parfois contraint d’user de son pouvoir de suggestion afin de laisser croire qu’il était capable d’accomplir des prodiges, appelés “miracles” par ses disciples humains, qui donnaient chaque fois plus de force à son message.
« A’a devint ainsi pour l’ordre des Anciens “Celui-qui-a-trompé-les-humains”. Pourtant, moi Yus’sur, je n’ai jamais considéré qu’il avait commis une faute. Je pense plutôt qu’il n’avait pu se résoudre à révéler aux hommes que Dieu n’était pas, car ils avaient voué leur vie à Dieu, et cela eût été les priver du sens de leur existence.
« Le Conseil des Anciens observa jusqu’au bout. Il vit l’influence de A’a/Jésus grandir jusqu’à faire de l’ombre aux différents pouvoirs qui s’exerçaient dans la région. Il vit se rapprocher inexorablement le moment où ces pouvoirs ne pourraient plus tolérer que l’on remette en question leur autorité. Il vit comment A’a/Jésus fut arrêté, torturé, jugé puis condamné à une peine atroce. Il gravit à ses côtés ce long chemin vers la mort, puis, lorsqu’A’a, agonisant, ne fut plus en mesure de suggérer l’apparence de Jésus, il s’en chargea à sa place afin de ne pas détruire son œuvre, même s’il l’avait désapprouvée.