Le grand livre [Doomsday Book - fr]
- Автор: Уиллис Конни
- Год: 1994
- Язык: французский
- Год: J’ai lu
- ISBN: 2-277-23761-2
- Переводчик: Jean-Pierre Pugi
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le grand livre [Doomsday Book - fr]». Краткое содержание книги:
Kivrin Engle, elle, a choisi l’an 1320, afin d’étudier les us et coutumes de cette époque fascinante qu’aucun de ses contemporains n’a encore visitée : le Moyen Age.
Le grand jour est arrivé, tous sont venus assister au départ : Gilchrist, le directeur d’études de Kivrin ; l’archéologue Lupe Montoya, le docteur Ahrens ; sans oublier ce bon professeur Dunworthy, qui la trouve trop jeune et inexpérimentée pour se lancer dans pareille aventure et qui s’inquiète tant pour elle.
Ses craintes sont ridicules, le professeur Gilchrist a tout prévu ! Tout, mais pas le pire…
Elle alla ouvrir la porte.
— Maisry !
Pas de réponse, ce qui ne signifiait rien. Elle devait dormir, ou se dissimuler. En outre, la peste bubonique était propagée par les puces. Le clerc n’avait peut-être contaminé aucun membre de la maisonnée, mais, dès le retour du prêtre, elle descendit le brasero afin de l’emplir de braises chaudes et s’assurer que tous étaient bien portants.
Elle vit Rosemonde et Eliwys près du feu. Dame Imeyne lisait son livre d’heures et Agnès jouait avec sa carriole. Maisry dormait sur un banc, près de la grande table, l’air maussade même en plein sommeil.
Agnès fit rouler son chariot sur le pied de sa grand-mère, qui lui dit sèchement :
— Je vais te le confisquer, si tu n’arrives pas à te tenir tranquille !
Rosemonde dissimula un sourire et leur teint rehaussé par la clarté des flammes la rassura. C’était une nuit comme les autres.
Eliwys découpait de longues bandes de toile et jetait constamment des regards vers la porte. Imeyne lisait son livre d’heures d’une voix qui contenait des traces d’inquiétude et Rosemonde observait craintivement sa mère tout en déchirant également des étoffes. Eliwys se leva et disparut derrière les paravents. Kivrin se demanda si elle n’avait pas entendu un cheval, mais un instant plus tard elle revenait s’asseoir et reprenait son ouvrage.
Kivrin descendit les dernières marches sans faire de bruit, mais Agnès la vit et se leva aussitôt.
— Kivrin !
L’enfant courut vers elle.
— N’approche pas ! Ces braises sont encore chaudes.
Si elle avait dit la vérité, il eût été sans objet de descendre les remplacer, mais Agnès recula de quelques pas.
— Pourquoi avez-vous un bout de tissu sur la figure ? s’enquit la fillette. Ça ne va pas vous gêner pour me raconter des histoires ?
Eliwys s’était également levée et Imeyne se tourna afin de la dévisager.
— Comment se porte le clerc ? demanda Eliwys.
Il connaît les affres de l’agonie, eût-elle dû répondre.
— Sa fièvre est moins forte, mais vous ne devez en aucun cas approcher de nous. La maladie peut se tapir dans nos vêtements.
Toutes se levèrent et reculèrent, même Imeyne qui referma le livre d’heures sur son reliquaire.
La souche de la bûche de Noël se consumait toujours dans l’âtre. Kivrin utilisa le bas de sa jupe pour soulever le couvercle du brasero et fit tomber les braises éteintes. Les cendres s’envolèrent, un bout de bois calciné rebondit et roula sur le sol.
Agnès rit, et tous le suivirent des yeux. À l’exception d’Eliwys qui s’intéressait à nouveau aux paravents.
— Gawyn serait-il revenu ? s’enquit Kivrin.
Pour le regretter aussitôt. Il était évident qu’Imeyne eût souhaité l’étrangler et l’expression d’Eliwys lui fournissait la réponse.
— Non. Pensez-vous que les autres ecclésiastiques étaient également malades ?
Elle pensa au teint grisâtre du prélat, à l’air hagard du gros moine.
— Je ne sais pas, fit-elle.
— Le temps se refroidit, déclara Rosemonde. Gawyn a pu décider de passer la nuit là-bas.
Sa mère ne fit aucun commentaire et Kivrin s’agenouilla près du feu. Elle utilisa le tisonnier pour faire remonter les braises chaudes à la surface puis tenter de les tirer vers le brasero. Elle renonça et les ramassa avec le couvercle.
— C’est à vous que nous devons tout cela, accusa Imeyne.
Kivrin redressa la tête. Son cœur s’emballait, mais la vieille femme fixait sa bru.
— Ce sont vos péchés qui ont attiré sur nous les foudres du Seigneur.
Eliwys se tourna vers sa belle-mère. Kivrin fut étonnée de ne voir ni surprise ni colère sur son visage, seulement une profonde indifférence.
— Le Seigneur punit les adultères et toute leur maisonnée, insista Imeyne en brandissant son livre d’heures. Ce sont vos abominations qui ont attiré la maladie bleue jusqu’à nous.
— Qui a chargé Gawyn de porter un message à l’évêque ? rétorqua Eliwys. Vous ne pouviez vous contenter du père Roche. Vous avez fait venir ces gens d’église, et la peste avec eux.
Elle disparut derrière les paravents.
Imeyne restait figée sur place, comme si sa belle-fille l’avait giflée. Finalement, elle retourna vers son banc, s’agenouilla et prit son reliquaire qu’elle fit glisser entre ses doigts, l’esprit ailleurs.
— Allez-vous me raconter une histoire ? demanda Agnès à Kivrin.
Imeyne fit reposer ses coudes sur le banc et pressa ses mains contre son front.
— Racontez-moi ce qui est arrivé à la jeune fille entêtée, insista la fillette.
— Demain, je te le dirai demain, lui répondit Kivrin.
Elle remonta le brasero.
Le clerc avait à nouveau de la fièvre. Il délirait et hurlait des passages de la messe des morts tels des propos obscènes. Il réclamait sans cesse à boire et ils se relayèrent pour aller chercher de l’eau.
Elle redescendit sur la pointe des pieds, avec le seau et une bougie. Elle espérait qu’Agnès ne la verrait pas. Toutes dormaient, à l’exception d’Imeyne qui était toujours agenouillée pour prier, le dos raide. La responsable de leurs maux.
Kivrin sortit dans la cour obscure. Elle entendait deux cloches aux tintements décalés et se demanda si c’étaient les vêpres ou le glas. Elle trouva à côté du puits un seau à moitié plein qu’elle vida sur les pavés. Elle puisa de l’eau fraîche puis alla chercher de la nourriture dans les cuisines. Les serviettes utilisées pour recouvrir les plats apportés au manoir s’entassaient à l’extrémité de la table. Elle en prit une, y empila du pain et de la viande froide, et la noua. Puis elle emporta ces victuailles, des torchons et le seau au premier étage. Ils mangèrent assis à même le sol, devant le brasero, et elle se sentit mieux dès la première bouchée.
Le clerc paraissait lui aussi en meilleure forme. Il sommeilla puis s’éveilla en sueur. Elle l’essuya avec un des linges. Il soupira de soulagement et se rendormit. Lorsqu’il rouvrit les yeux, la fièvre avait baissé. Ils tirèrent le coffre près du lit et y posèrent une lampe à suif. Kivrin et le père Roche se remplaçaient au chevet du malade, pendant que l’autre se reposait sur le siège de la fenêtre. Il faisait trop froid pour dormir mais elle se recroquevillait contre l’appui de pierre et somnolait. À chacun de leurs réveils, le clerc semblait avoir recouvré des forces.
Elle avait lu dans l’Histoire de la médecine que percer les bubons avait sauvé quelques pestiférés. Celui-ci avait éclaté sans intervention extérieure mais la respiration de l’homme n’était plus grondante. Peut-être survivrait-il ?
Des historiens pensaient que la peste noire n’avait pu faire autant de victimes que l’indiquaient les chroniques. Pour M. Gilchrist, les statistiques avaient été faussées par la peur et le manque d’éducation. Et même si les pourcentages avancés étaient exacts, la maladie n’avait pas décimé la moitié des habitants de chaque village.
Elle avait isolé le clerc sitôt après avoir compris la nature de son mal. Roche ne l’avait pas approché plus que nécessaire. Ils avaient pris un maximum de précautions et la peste n’était pas devenue pulmonaire. Peut-être serait-ce suffisant. Elle dirait au prêtre qu’il fallait boucler le hameau, empêcher quiconque d’y pénétrer. Des bourgs et d’importantes régions d’Écosse n’avaient pas été touchés par l’épidémie.