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Le grand livre [Doomsday Book - fr]

Электронная книга - «Le grand livre [Doomsday Book - fr]». Краткое содержание книги:

Quoi de plus naturel, au XXIe siècle, que d’utiliser des transmetteurs temporels pour envoyer des historiens vérifier sur place l’idée qu’ils se font du passé ?
Kivrin Engle, elle, a choisi l’an 1320, afin d’étudier les us et coutumes de cette époque fascinante qu’aucun de ses contemporains n’a encore visitée : le Moyen Age.
Le grand jour est arrivé, tous sont venus assister au départ : Gilchrist, le directeur d’études de Kivrin ; l’archéologue Lupe Montoya, le docteur Ahrens ; sans oublier ce bon professeur Dunworthy, qui la trouve trop jeune et inexpérimentée pour se lancer dans pareille aventure et qui s’inquiète tant pour elle.
Ses craintes sont ridicules, le professeur Gilchrist a tout prévu ! Tout, mais pas le pire…
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Elle devait avoir sommeillé car lorsqu’elle rouvrit les yeux le jour se levait et le prêtre n’était plus dans la chambre. Elle regarda le lit. Le clerc y gisait, les yeux grands ouverts. Il est mort et Roche est allé creuser sa tombe, se dit-elle. Mais cette pensée n’avait pas terminé de prendre forme dans son esprit qu’elle vit la couverture se soulever sur la poitrine du pestiféré. Elle prit son pouls, très rapide et si léger qu’elle le sentait à peine.

Elle entendit la cloche et comprit que le prêtre était allé sonner les matines. Elle remonta le linge devant son visage et se pencha vers le lit.

— Mon père, dit-elle doucement.

Il ne réagit pas. Elle toucha son front. Il était moins chaud mais la peau paraissait desséchée et sur ses membres les hématomes étaient plus sombres et étendus. Sa langue engorgée dépassait entre ses dents, violacée.

Mais son odeur était pire que son aspect, une puanteur insoutenable que le masque ne pouvait filtrer. Elle grimpa sur le siège de la fenêtre pour détacher la toile cirée. À l’extérieur l’air était vif et pur, et elle se pencha pour prendre une inspiration profonde.

Le cour était déserte, mais elle vit Roche sortir des cuisines avec un bol fumant. Il revint vers le manoir et Dame Eliwys apparut sur le seuil. Elle lui adressa la parole et il s’arrêta pour remonter son foulard devant son nez avant de lui répondre. Il suit mes instructions, pensa Kivrin avec soulagement. Il entra dans la demeure et Eliwys s’éloigna vers le puits.

Kivrin suspendit la toile cirée d’un côté de l’ouverture puis chercha des yeux quelque chose qui lui permettrait de brasser l’atmosphère. Elle sauta sur le sol, prit un des torchons apportés des cuisines et remonta sur le siège.

Eliwys puisait de l’eau. Elle tournait le dos au portail quand Gawyn le franchit en tenant son cheval par la bride.

Il s’immobilisa sitôt qu’il la vit et Gringolet le heurta et redressa la tête. L’expression de cet homme traduisait toujours de l’espoir et du désir. Kivrin sentit la colère croître en elle, avant de conclure qu’il devait tout ignorer. Son irritation se changea alors en pitié, car il apprendrait sous peu la mauvaise nouvelle.

Gawyn fit un pas vers Eliwys puis s’arrêta.

Non, il sait ! se dit Kivrin. L’envoyé de l’évêque est lui aussi malade et Gawyn est revenu nous avertir. Elle remarqua qu’il n’avait pas ramené les chevaux. Le moine a contracté la peste, et tous les autres ont fui.

Eliwys posa le seau sur la margelle. Gawyn n’eût pas hésité à affronter une centaine de brigands pour la sauver, mais il ne pourrait rien contre cet adversaire.

Impatient de rentrer à l’écurie, Gringolet secoua la tête et son maître lui caressa le museau pour l’apaiser. Mais il était trop tard, Eliwys l’avait entendu.

Elle lâcha le seau, qui tomba au fond du puits avec un éclaboussement sonore, puis elle se précipita dans les bras du privé de son époux et Kivrin leva la main à sa bouche.

On frappa à la porte. Elle sauta du siège pour aller ouvrir. C’était Agnès.

— Vous ne voulez pas me raconter une histoire ?

Elle était échevelée. Nul n’avait tressé ses cheveux qui dépassaient sur le pourtour de son bonnet de toile. Elle avait dû dormir près de l’âtre car des cendres couvraient une de ses manches.

Kivrin résista au désir de l’épousseter.

— N’entre pas, dit-elle en tenant la porte à peine entrebâillée. Tu tomberais malade, toi aussi.

— Je ne peux pas jouer. Mère est sortie et Rosemonde dort encore.

— Ta mère est allée chercher de l’eau. Que fait ta grand-mère ?

— Elle prie.

Elle tendit la main vers Kivrin, qui recula.

— Tu ne dois pas me toucher !

Agnès fit la moue.

— Pourquoi êtes-vous en colère contre moi ?

— Je ne le suis pas, répondit Kivrin avec plus de douceur. Mais tu ne dois pas venir ici. Le clerc est très malade et ceux qui l’approchent risquent…

Elle ne pourrait jamais lui faire comprendre le phénomène de la contagion.

— Ils peuvent prendre son mal.

Agnès se leva sur la pointe des pieds pour regarder derrière elle.

— Va-t-il mourir ?

— Je le crains.

— Et vous ?

— Non, dit-elle en prenant conscience que sa peur avait disparu. Rosemonde se réveillera sous peu. Demande-lui de te raconter une histoire.

— Et le père Roche, va-t-il mourir ?

— Non. Va jouer avec ta charrette en attendant le réveil de ta sœur.

— Me direz-vous ce qui est arrivé à la jeune fille entêtée, quand le clerc aura cessé de vivre ?

— Oui. Retourne en bas, à présent.

Agnès redescendit trois marches, en s’appuyant au mur.

— Allons-nous tous mourir ?

— Non, affirma Kivrin.

Pas si je puis l’empêcher. Elle referma le battant et s’y adossa.

Le clerc était coupé du monde extérieur. Il devait combattre un ennemi que son système immunitaire affrontait pour la première fois, un adversaire contre lequel il n’avait aucune défense.

On frappa à nouveau.

— Descends, Agnès ! ordonna-t-elle.

Mais c’était Roche qui apportait du bouillon et un seau de braises incandescentes. Il les fit tomber dans le brasero puis s’agenouilla pour les attiser avec son souffle.

Il avait remis le bol à Kivrin. Le breuvage était tiède et avait une odeur épouvantable. Elle se demanda quel fébrifuge il contenait.

Le prêtre se releva et ils essayèrent d’alimenter le clerc à la cuiller, mais le liquide ruisselait sur son énorme langue et son menton.

De nouveaux coups à la porte.

— Agnès, je t’ai interdit de venir ici, lança Kivrin avec irritation.

— Grand-mère m’a envoyée vous dire de descendre.

— Dame Imeyne serait-elle malade ? s’enquit Roche.

— Non, c’est Rosemonde.

Kivrin sentit son cœur s’emballer.

Le prêtre alla ouvrir la porte mais la fillette n’entra pas. Elle resta sur le palier, les yeux levés sur son masque.

— Que lui est-il arrivé ?

— Elle est tombée.

Kivrin passa entre eux et dévala les marches. Rosemonde était assise sur un banc à côté du feu. Sa grand-mère priait à son côté.

— Que s’est-il passé ?

— Je me suis effondrée. J’ai mal au bras. Elle montra son coude.

Dame Imeyne marmonna des propos incompréhensibles.

— Quoi ? fit Kivrin.

Puis elle comprit que la vieille femme priait. Elle chercha Eliwys du regard mais ne vit que Maisry, tapie craintivement à côté de la table. Rosemonde a dû trébucher sur sa servante, se dit-elle.

— Avez-vous rencontré un obstacle ?

— Non. J’ai mal à la tête.

— Suite à ce choc ?

— Non. C’est mon bras qui a tapé sur les pierres. Elle remonta sa manche. Il n’y avait aucune plaie. Kivrin se demanda si l’articulation n’était pas cassée, ou luxée. L’angle paraissait étrange. Elle déplaça délicatement le membre.

— Est-ce douloureux ?

— Non.

Elle imprima un léger mouvement de torsion à l’avant-bras.

— Et comme ceci ?

— Non.

— Pouvez-vous bouger les doigts ? Rosemonde les remua l’un après l’autre. Kivrin fronça les sourcils, perplexe. En cas d’entorse, elle ne les eût pas déplacés aussi aisément.

— Dame Imeyne, voudriez-vous aller chercher le père Roche ?

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