La Bible amusante
- Автор: Таксиль Лео
- Год: 1904
- Язык: французский
- Жанр: Прочее юмористическое
Электронная книга - «La Bible amusante». Краткое содержание книги:
«Or, Hiram, roi de Tyr, continua d’envoyer à Salomon tout le bois de cèdre et de sapin, et tout l’or dont il avait besoin. Alors, Salomon donna un jour à Hiram vingt villes dans la Galilée. Hiram sortit de Tyr pour venir voir ces villes, et elles ne lui plurent point; et il dit à Salomon: Mon frère, voilà de pauvres villes que vous m’avez données là.» (9:11-13)
On ne sait guère où le fils de David put prendre ces vingt villes pour en faire cadeau à son ami Hiram. Samarie n’existait pas, Jéricho n’était qu’une masure; Sichem, Béthel n’étaient pas rebâties; elles ne le furent que sous Jéroboam.
«Le roi Salomon équipa aussi une flotte à Hetsjon-Guéber, qui est près d’Eloth, sur le rivage de la Mer Rouge, au pays d’Idumée; et Hiram mit de bons marins de sa flotte au service du roi d’Israël. Et la flotte de Salomon, étant allée à Ophir, en rapporta quatre cent vingt talents d’or pour le trésor du roi.» (9:26-28)
Pour faire avaler aux fidèles que Salomon fut possesseur d’une flotte, il était nécessaire de désigner au moins un port de mer faisant, partie de son royaume. L’auteur n’a pas osé le placer sur les rives de la Méditerranée; car tous les ports de cette région appartenaient alors aux Phéniciens et aux Philistins et étaient trop connus (Gaza, Ascalon, Joppé, Dor, Tyr et Sidon); en imaginant le port d’Hetsjon-Guéber, au fond du golfe d’Elath qui est à l’est de la presqu’île du Sinaï, dans la Mer Rouge, le fumiste sacré ne risquait pas qu’on découvrît jamais que cette ville maritime faisait partie de quelque autre royaume: mais on est en droit de dire qu’Hetjson-Guéber a, en géographie, exactement la même valeur que les illustrissimes sages Ethan, Héman, Chalcol et Dardah (voir plus haut) ont dans l’histoire.
Quant au résultat de l’expédition de la flotte sa lomonesque à Ophir, — pays qui est, d’ailleurs, demeuré introuvable, malgré les laborieuses recherches des historiens et géographes les mieux intentionnés, — il est d’un piteux effet après toutes les splendeurs qu’on vient de voir décrites dans les chapitres précédents. Avoir équipé une flotte pour en recevoir au retour quatre cent vingt talents d’or, c’est maigre, mon prince! On sait que le talent d’argent équivalait en moyenne à 5,000 francs de notre monnaie, et que, dans les systèmes monétaires de l’antiquité, l’or valait douze fois et demie l’argent. Ce que la flotte royale rapporta d’Ophir représente donc vingt-six millions d’aujourd’hui. Quelle misère pour un monsieur qui possédait quarante mille écuries pour les chevaux de sa cour et qui se passait la pieuse fantaisie de brûler cinq millions de kilogs de viande dans un seul sacrifice! Déduisez de ces vingt-six millions les frais de l’expédition, qui dura deux ans, s’il faut en croire les théologiens; le bénéfice net se réduit à peu de chose, et, franchement, ce n’était pas la peine de citer comme remarquable ce fait du règne de Salomon. Mon pauvre Esprit-Saint, entre nous, il y a des moments où tu baisses, où tu n’es plus à la hauteur de certaines de tes blagues dont on savoure parfois la colossale audace.
Pour rassurer nos lecteurs, disons vite que le divin pigeon s’est rattrapé plus loin, au livre 2 des Chroniques, chapitre 9, importante partie de l’Ancien Testament, aussi sainte et aussi authentique que le reste. Nous apprenons, là, que
«tous les rois de la terre envoyaient de l’or à Salomon par grandes quantités; la valeur de l’or que le roi d’Israël recevait chaque année était de six cent soixante-six talents d’or (v. 13). Le trône de Salomon était d’ivoire, recouvert d’or pur, et ce trône avait six degrés d’or et un marchepied d’or; il y avait aussi douze lions d’or sur les six degrés du trône; et dans aucun royaume il n’avait jamais été fait un trône si somptueux (v. 17-19). Et toute la vaisselle du buffet du roi Salomon était d’or; et toute la vaisselle de son palais d’été, qui était dans un parc au Liban, était d’or fin; il n’y en avait point d’argent; l’argent n’était point estimé de temps de Salomon (v. 20). Et le roi d’Israël avait encore des navires qui allaient à Tarsis et qui en revenaient une fois tous les trois ans, rapportant à Salomon de l’or, de l’argent, de l’ivoire, des paons et des singes. Ainsi, le roi Salomon fut plus grand que tous les rois de la terre, tant en richesses qu’en sagesse. Et tous les rois de la terre se mettaient en voyage pour voir Salomon, afin d’entendre la sagesse que Jéhovah avait mise dans son cœur (v. 21-23)… Et Salomon fit que l’argent était aussi commun à Jérusalem que les pierres, tant il y en avait.» (v. 27)
Ça, à la bonne heure!… D’ailleurs, le livre 1er des Chroniques (ch. 29) assure que Salomon avait eu de son père David un héritage qui n’était pas à dédaigner, talents d’or par milliers, drachmes d’or, talents d’argent, d’airain, etc. Voltaire s’est amusé à en faire le total et à le traduire en monnaie de son siècle. «Ce que David laissa à Salomon, d’après la Bible, dit-il, fait juste dix milliards d’écus, dix-huit milliards de France. Ce que Salomon amassa à son tour pouvait bien aller à une somme aussi forte. Il est comique de voir un melch, un roitelet juif, avoir à sa disposition trente-six milliards de livres françaises, ou neuf milliards d’écus d’Allemagne, ou environ un milliard et demi de livres sterling (la livre sterling est de 25 francs de notre monnaie). On est dégoûté de tant d’exagérations puériles; cela ressemble à la Jésuralem céleste, qui descend du ciel dans l’Apocalypse, et que le bonhomme saint Justin vit pendant quarante nuits consécutives: les murailles étaient de jaspe, la ville était d’or, les fondements de pierres précieuses, et les portes de perles!»
Nous venons de voir que la Bible nous parle de tous les rois de la terre venant en visite à Jérusalem pour admirer Salomon et lui apporter des présents. L’auteur sacré, dira-t-on, aurait bien pu citer quelques rois connus; cela eût été d’un excellent effet. Mais, des citations précises, voilà justement ce qui était scabreux; si fumiste qu’il soit, le pigeon a subi la nécessité de rester dans le vague, sous peine de voir sa mystification percée à jour. Néanmoins, comme il fallait mentionner au moins un de ces monarques voyageurs (sans cela, les bons jobards de fidèles n’auraient été contents qu’à demi), la sainte Bible leur a servi la relation de la mémorable visite d’une puissante reine: la reine de Saba. Le chapitre X du premier livre des Rois est consacré en grande partie à cet événement, ainsi que le chapitre 9 du second livre des Chroniques. Quant au pays de Saba, dont cette dame était la souveraine, il a donné lieu à de nombreuses discussions entre théologiens, toutes aussi savantes les unes que les autres; malheureusement, aucune de ces dissertations contradictoires n’a réussi à fixer exactement sous quelle latitude ce pays se trouvait.
Donc,
«la reine de Saba, ayant entendu parler de Salomon, se mit en voyage et vint le voir, afin de mettre sa sagesse à l’épreuve en lui proposant quelques énigmes à deviner. Et elle entra dans Jérusalem avec un fort grand train; elle avait des chameaux qui portaient des aromates et une grande quantité d’or et de pierres précieuses; et quand elle vit Salomon, elle lui parla de tout ce qu’elle avait dans le cœur. Salomon expliqua sans hésitation toutes les énigmes qu’elle lui proposa; et quoi qu’elle pût imaginer de subtil et d’obscur, rien ne parvint à embarrasser le roi. Alors, la reine de Saba, voyant que Salomon était doué d’une si merveilleuse sagesse, admirant la maison qu’il avait bâtie à Jéhovah, ainsi que son palais, agréablement surprise des mets exquis de sa table, trouvant que tout était magnifique, même les logements de ses serviteurs, l’ordre qui réglait le service de ses officiers, leurs vêtements, ses échansons, et les holocaustes qu’il offrait dans le temple, elle fut toute hors d’elle-même.