La Bible amusante
- Автор: Таксиль Лео
- Год: 1904
- Язык: французский
- Жанр: Прочее юмористическое
Электронная книга - «La Bible amusante». Краткое содержание книги:
«Or, cette maison, que le roi Salomon bâtit à Jéhovah, avait soixante coudées de long, vingt de large et trente de haut (la coudée juive équivalant à 52 centimètres, comme la coudée d’Egypte, le monument avait donc, d’après le texte biblique, 31 mètres en longueur, 10 et demi en largeur, et 15 et demi en hauteur)… Le roi fit faire au temple des fenêtres de côté, larges en dedans et étroites par dehors; et il fît sur la muraille du temple des échafauds tout autour; l’échafaudage d’en bas avait cinq coudées de large, celui du milieu avait six coudées de large, et la largeur du troisième échafaudage, celui du haut, était de sept coudées; et il plaça des poutres tout autour, afin qu’ils ne touchassent pas à la muraille; enfin, on construisit, au-dessus de toute la maison, un étage supérieur, qui avait cinq coudées de hauteur… Il plaça aussi l’oracle au dedans du temple, vers le fond, pour y mettre le coffre de l’alliance de l’Éternel; l’oracle avait vingt coudées de long, vingt de large, et vingt de haut… Il fit, dans l’oracle, deux chérubins en bois d’olivier, qui avaient chacun dix coudées de haut; une aile de chérubin avait cinq coudées de longueur, et l’autre aile avait aussi cinq coudées.» (ch. 6)
«Salomon fit construire aussi son palais, dont l’édification dura treize ans… il avait fait venir de Tyr un nommé Hiram, fils d’une femme veuve, de la tribu de Nephthali, et dont le père était un Tyrien, qui travaillait en cuivre; cet homme était fort expert, intelligent et savant pour faire toutes sortes d’ouvrages d’airain; il vint vers Salomon et lui fit tout son ouvrage… C’est lui qui dressa les colonnes d’airain, placées au portique du temple, celle à droite qu’on nomma Jakin et celle à gauche qu’on nomma Bohaz… Il fit aussi un grand bassin de fonte, nommé la Mer d’Airain, qui avait dix coudées d’un bord à l’autre et qui était toute ronde; ce bassin était posé sur le dos de douze bœufs, qui avaient leur derrière tourné en dedans… Ainsi, tout l’ouvrage que Salomon fit pour la maison de Jéhovah fut achevé.» (ch. 7)
«Quand le temple fut achevé, les sacrificateurs portèrent l’arche de l’alliance dans l’oracle de la maison, au lieu très-saint, sous les ailes des chérubins; car les chérubins étendaient leurs ailes au-dessus de l’arche et de ses barres de support… Puis, le roi et tout Israël immolèrent des victimes en nombre tellement grand qu’il ne se pouvait compter, pour célébrer la dédicace du temple à Jéhovah; et dans le sacrifice qu’il fit lui-même au Seigneur, Salomon égorgea vingt-deux mille bœufs gras et cent-vingt mille moutons. Ainsi le roi et tous les enfants d’Israël dédièrent la maison de l’Eternel.» (ch. 8)
Tous les détails donnés dans ces quatre chapitres sont d’une exagération telle qu’on se demande, en les lisant, si ce n’est pas la Garonne, plutôt que le Cédron, qui coulait en ce temps-là à Jérusalem. Cette divine description fond comme de la neige au soleil, dès qu’on procèce au moindre examen.
Cent quatre-vingt-trois mille trois cents hommes sont employés, sans compter les maçons et autres ouvriers qui viendront, ensuite, aux seuls préparatifs d’un temple qui ne devait avoir que dix mètres et demi de façade, sur trente-un mètres et demi de longueur! Ces constructeurs qui se chiffrent par trente mille, par soixante-dix et par quatre-vingt mille, mettent sept années à bâtir un monument, haut de trois modestes étages seulement, qui occupe en tout trois cent vingt-cinq mètres de superficie! Ces chiffres font bondir quiconque a la plus légère connaissance de l’architecture; il faut, en effet, cinquante ouvriers tout au plus, pour bâtir en quatre ou cinq mois une belle maison de cette dimension. Les innombrables ouvriers de Salomon étaient donc de rudes fainéants; ou bien, malgré ses immenses richesses, ce roi était peut-être d’une avarice sordide, et ces ouvriers, n’arrivant jamais à pouvoir se faire payer, flânaient presque tout le temps, au lieu de travailler. Au surplus, les mesures que donne le livre des Rois ne s’accordent pas avec celles du livre des Chroniques, ni avec celles indiquées par Ezéchiel, et les unes et les autres sont en contradiction avec les mesures rapportées par Flavius Josèphe; les différences entre ces divers auteurs juifs suffiraient, à elles seules, pour inspirer la défiance, si le texte officiel n’était pas par lui-même une burlesque fanfaronnade.
Les auteurs ne s’accordent pas davantage sur la chronologie de ce temple fantastique. Le livre des Rois le dit bâti quatre cent quatre-vingts ans après la fuite d’Egypte; Flavius Josèphe, cinq cent quatre-vingt-douze ans; et, parmi les théologiens modernes, on trouve vingt opinions différentes. Cette question n’est d’aucune importance; mais, dans un livre sacré, l’exactitude ne nuirait pas.
En outre, il est difficile de ne pas se tenir les côtes, quand on voit la mention de ces étages échafaudés à l’intérieur de l’édifice et avançant d’une coudée l’un sur l’autre, l’étage inférieur étant d’un mètre moins large que l’étage supérieur; ça, par exemple, c’est épatant. Et les fenêtres de côté, qui étaient larges en dedans et étroites par dehors, voilà encore qui n’est pas mal trouvé comme architecture rigolotte! Avec cela, il serait difficile de présumer que le surintendant des bâtiments de Salomon était un Michel-Ange ou un Bramante.
La fête de la dédicace du temple achève dignement le récit de la construction et les aperçus de ce merveilleux monument. Il n’aurait pas fallu faire souvent de pareils sacrifices; mâtin! on aurait été bientôt réduit à la famine!
Comptez pour chaque bœuf gras quatre cents livres de viande, voilà huit millions huit cent mille livres de bœuf, plus douze cent mille livres de mouton, le tout grillé en pure perte pour régaler le divin odorat de Sabaoth! Et ces dix millions de livres de viande représentent l’holocauste de Salomon! la Bible dit expressément (8:5) que les enfants d’Israël, qui étaient ensemble autour de leur roi, sacrifièrent, eux, du gros et du menu bétail en si grand nombre qu’on ne le pouvait ni nombrer ni compter (sic); les vingt-deux mille bœufs et les cent vingt mille moutons, égorgés par le monarque, figurent à part, au verset 63.
Après tout ça, papa Bon Dieu se serait montré difficile, s’il n’avait pas été content!… C’est pourquoi «l’Eternel apparut à Salomon pour la seconde fois, comme il lui était apparu à Gabaon» (9:2); ceci laisserait croire que cette manifestation divine eut encore lieu en songe: mais, comme le fils de David s’en contentait et ne demandait pas une apparition plus palpable, nous aurions mauvaise grâce à y trouver à redire. La récompense consista donc en un petit discours que Jéhovah tint au roi pendant qu’il dormait. Cette harangue peut se résumer en ces simples mots: si toi et ton peuple vous continuez à m’honorer, tout ira bien pour vous; mais, si d’autres dieux que moi reçoivent tes hommages et ceux de tes sujets, ça ne se passera pas comme ça, alors gare! (Air déjà très connu)