La Bible amusante
- Автор: Таксиль Лео
- Год: 1904
- Язык: французский
- Жанр: Прочее юмористическое
Электронная книга - «La Bible amusante». Краткое содержание книги:
Nous dirons seulement que les anecdotes de ce genre se remuent à la pelle, et qu’il y a toujours eu, dans tous les temps et dans tous les pays, des magistrats, perspicaces sous une apparence de bonhomie, et même de simples juges de village, qui auraient rendu des points à Salomon.
Bornons-nous à citer deux traits, pour le moins aussi plaisants que celui du partage de l’enfant en deux; les juges, dont il s’agit, n’avaient pas, cependant, reçu de Jéhovah le don de sagesse dans un songe!
Un homme était monté au plus haut du clocher d’une église pour y raccommoder quelque chose. Il eut le malheur de tomber en bas; mais, en même temps, il fut assez heureux pour ne se faire aucun mal. Par contre, sa chute fut funeste à un homme qu’il écrasa en tombant. Les parents de l’écrasé, tué sur le coup, citèrent devant le bailli l’homme qui était tombe du clocher; ils l’accusaient de meurtre et prétendaient le faire condamner, sinon à mort, du moins à de formidables dommages-intérêts. L’affaire fut plaidée; il fallait accorder quelque satisfaction aux parents du mort. D’autre part, le bailli ne croyait pas devoir, en conscience, punir de quelque façon que ce fût un homicide non seulement involontaire, mais qui encore avait été uniquement le résultat inattendu d’un accident des plus fâcheux. Notre bailli, raconte-t-on, ordonna à celui des parents du défunt qui était le plus âpre dans cette poursuite, qui criait le plus fort vengeance, de grimper à son tour au haut du clocher et de se laisser tomber de là sur l’assigné, homicide involontaire, lequel serait obligé de se trouver précisément à la même place où le défunt avait perdu la vie. Inutile de dire que le plaideur hargneux se désista, séance tenante, de son absurde poursuite.
Le second trait à reproduire ici par curiosité est d’un magistrat païen. Un jeune Grec, épris d’amour pour la courtisane Théognide, s’était proposé de lui offrir une forte somme, afin de l’avoir pour maîtresse. Or, tandis qu’il s’occupait de réunir l’argent de son offrande, il rêva une nuit qu’il possédait Théognide et jouissait de ses charmes; mais, à son réveil, il se trouva ridicule d’avoir failli s’endetter pour la belle, et le résultat de ses réflexions fut le refroidissement complet de sa passion. Comme il raconta à ses amis son projet, son songe et sa renonciation à devenir l’amant de Théognide, la courtisane, vexée de ce qu’il refusait de donner suite à sa promesse, le fit appeler devant le juge, en demandant à être payée: elle avait droit, disait-elle, à la somme que le jeune homme s’était proposé de lui offrir, puisqu’elle avait tout à la fois guéri sa passion et satisfait son désir. Le juge, sans être Salomon, rendit un arrêt devant la sagesse duquel nos tonsurés ne peuvent que s’incliner: il ordonna, ce païen que Jéhovah n’éclairait pourtant pas de ses lumières, il ordonna… que le jeune Grec apporterait dans une bourse la somme promise, qu’il la jetterait dans un bassin, et que la courtisane se paierait du son et de la couleur des pièces d’or, de même que son ex-amoureux avait joui d’un plaisir imaginaire.
Parions que, si l’Esprit-Saint, qui aime les historiettes croustillantes, avait pensé à celle-là, il l’aurait fait figurer dans la Bible, en la mettant à l’actif de la sagesse de Salomon!
Après l’anecdote du jugement des deux mères, le livre des Rois passe à l’énumération des principaux officiers de Salomon; le lecteur ne nous en voudra pas de lui faire grâce de cette fastidieuse nomenclature: par contre, il y a quelques jolies choses dans l’exposé, qui vient ensuite, de la gloire et des richesses du fils de David.
«Juda et Israël étaient comme le sable qui est au bord de la mer, tant ils étaient en grand nombre; et ils étaient heureux, mangeant et buvant avec abondance, et ils se réjouissaient. En ce temps-là, Salomon avait sous sa domination tous les royaumes depuis l’Euphrate jusqu’aux Philistins et jusqu’à la frontière d’Égypte, et les rois de ces pays lui apportaient des tributs, car ils lui furent assujettis tout le temps de sa vie.» (4:20-21)
Ici la blague de l’Esprit-Saint est un peu trop forte, attendu que nous n’en sommes plus aux époques extrêmement lointaines sur lesquelles les historiens n’ont aucune donnée: or, qui jamais a entendu dire que des Juifs aient régné de l’Euphrate à la Méditerranée? Il est vrai que le brigandage leur valut un petit pays au milieu des rochers et des cavernes de la Palestine, depuis le désert de Béer-Scébah jusqu’à Dan; mais il n’est établi nulle part que Salomon ait conquis par la guerre, ou acquis d’une manière quelconque, seulement une lieue de terrain. C’est, au contraire, le roi d’Egypte qui possédait de grands domaines en Palestine; plusieurs cantons cananéens n’obéissaient pas à Salomon: où est donc cette prétendue puissance?
«Et il y avait pour la table de Salomon, chaque jour, trente muids de fleur de farine et soixante muids de farine commune, dix gros bœufs engraissés et vingt bœufs amenés des pâturages, cent moutons, et grande quantité de cerfs, de chevreuils, de buffles et de volaille de toute espèce.» (v. 22-23)
Mazette! quel Gargantua!… Les officiers que Salomon daignait inviter à sa table ne risquaient pas de mourir de faim avec un pareil menu!… Quelques théologiens, embarrassés par ces exagérations manifestes (quatre-vingt-dix muids de farine et trente bœufs par jour, sans compter le reste!), ont insinué que Salomon, imitant les rois de Babylone, nourrissait ses officiers, et que cela est sous-entendu dans le texte sacré. Le malheur est qu’un roi juif était auprès d’un roi de Babylone quelque chose comme le roi d’Yvetot vis-à-vis du roi de France.
«Salomon avait aussi quarante mille écuries pour les chevaux de ses chars, et douze mille chevaux de selle.» (v. 26)
Ces quarante mille écuries valent mieux encore que les quatre-vingt-dix muids de farine! Il est vrai que dom Calmet dit qu’il faut traduire juments, et non écuries. Ne le contrarions pas pour si peu: va pour les quarante mille juments de Salomon!…
«Et la sagesse de Salomon surpassait la sagesse de tous les Orientaux et de tous les Égyptiens; il était plus sage que tous les hommes, plus sage même qu’Ethan l’Ezrahite, et que Héman, et que Chalcol, et que Dordah. En outre, il est bon de savoir qu’il composa trois mille paraboles et mille et cinq cantiques.» (v. 30-32)
Bien entendu, jamais personne n’a pu dire qui étaient cet Ethan, ce Héman, ce Chalcol et ce Dordah, mis si inopinément en comparaison avec Salomon et cités par l’auteur sacré, avec un aplomb imperturbable, comme s’il s’agissait d’illustres personnages, réputés dans le monde entier pour leur sagesse hors de pair. Cette manie de citer de célèbres inconnus, qui se manifeste de temps en temps dans l’Écriture Sainte, est une des marques les plus caractéristiques de cet esprit de fumisterie à outrance qui paraît, à l’observateur impartial, être le véritable inspirateur de la Bible. Quant aux trois mille paraboles et aux mille et cinq cantiques, il en reste quelques-uns que l’on attribue à ce Salomon. Plût à Dieu, dit Voltaire, que ce roi eût toujours fait des odes hébraïques, au lieu d’assassiner son frère!
Nous arrivons au fameux temple de Jérusalem, que Salomon mit sept ans à bâtir (6:38); cette grande affaire tient quatre chapitres du premier livre des Rois. Nous allons passer rapidement en revue l’essentiel.
«Hiram, roi de Tyr, envoya ses serviteurs vers Salomon, appris qu’il avait été oint roi comme successeur de David son père. Et Salomon envoya aussi vers Hiram pour lui dire: J’ai formé le projet de bâtir une maison à mon Dieu, Adonaï; c’est pourquoi, commande donc à tes serviteurs qu’ils coupent pour moi des cèdres du Liban; car tu sais que je n’ai pas un seul homme parmi mon peuple qui connaisse l’art de couper du bois comme les Sidoniens… Hiram donna donc à Salomon du bois de cèdre et du bois de sapin, autant qu’il en voulut; et Salomon donna à Hiram, pour la nourriture de sa maison, vingt mille muids de froment par année, et vingt mille muids d’huile très pure chaque année… Le roi Salomon choisit dans Israël trente mille ouvriers, qui allaient tour à tour au Liban par dix mille ensemble, pendant que les autres se reposaient; et Adoniram était à la tête de ces ouvriers. Salomon avait aussi soixante-dix mille manoeuvres et portefaix, quatre-vingt mille tailleurs de pierre, et trois mille trois cents intendants des travaux… Et les maçons de Salomon, avec ceux d’Hiram, taillèrent et préparèrent le bois et les pierres pour bâtir le temple.» (ch. 5)