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Электронная книга - «Les Essais - Livre II». Краткое содержание книги:

Les Essais - Livre II
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15. Au demeurant, mon langage n'est ni facile ni bien poli : il est plutôt rugueux et dédaigneux, ses mouvements sont libres et sans règles. Il me plaît ainsi, non par jugement, mais par inclination naturelle. Pourtant je sens bien que parfois je m'y abandonne trop, et qu'à force de vouloir éviter l'art et l'affectation, j'y retombe par un autre côté :

Voulant être bref,

J'en deviens obscur.

[Horace Art Poétique V, 25]

Platon dit que la brièveté ou la longueur ne sont pas des propriétés qui ôtent ou donnent du prix à un langage.

16. Quand bien même je chercherais à adopter un style égal, uni et ordonné, je ne saurais y parvenir. Et même si le rythme et les périodes de Salluste s'accordent mieux à mon caractère, je trouve pourtant César plus grand et moins facile à imiter. Et si mon penchant me porte plus vers l'imitation du langage de Sénèque, je n'en estime pas moins davantage celui de Plutarque. En actes comme en paroles, je suis tout simplement ma pente naturelle. C'est peut-être pour cela que je suis plus à l'aise en parlant qu'en écrivant. Le mouvement et la gestuelle animent les paroles, notamment chez ceux qui s'agitent brusquement, comme je le fais, et qui s'échauffent en parlant. Le port de tête, le visage, la voix, le costume, l'attitude, peuvent donner du prix à des choses qui n'en ont guère par elles-mêmes, comme le verbiage. Messala se plaint, dans Tacite, des accoutrements étroits et de la façon dont étaient faits les bancs des orateurs, qui, selon lui, nuisaient à leur éloquence.

17. Mon français est altéré, dans sa prononciation comme dans d'autres domaines, par la barbarie de mon terroir. Je n'ai jamais vu un homme de nos contrées du sud qui ne fasse nettement sentir son accent et qui ne blesse pas les oreilles purement françaises. Et ce n'est pas pour autant que je suis bien expert en périgourdin : je ne le maîtrise pas plus que l'allemand — et peu m'importe. C'est un langage du même ordre que ceux qui m'entourent — le poitevin, le saintongeais, l'angoumoisin, le limousin, l'auvergnat : il est mou, traînant, verbeux. Il y a bien, au-dessus de nous, vers les montagnes, un Gascon que je trouve singulièrement beau, sec, bref, expressif, et en vérité c'est un langage mâle et militaire, plus qu'aucun autre que je comprenne. Il est aussi nerveux, puissant, et direct que le français est gracieux, délicat, et abondant. Quant au latin, qui m'a été donné comme langue maternelle, j'en ai perdu l'habitude, et de ce fait la promptitude à pouvoir m'en servir pour parler, et même à écrire, ce qui autrefois me faisait appeler « Maître Jean »537. Voilà bien mon peu de valeur de ce côté-là.

18. La beauté est un élément d'une grande importance dans les relations entre les hommes ; c'est la première cause d'entente entre eux, et il n'est pas d'homme si barbare ni si hargneux qui ne se sente frappé par sa douceur. Le corps joue un grand rôle dans ce que nous sommes, il y tient une place importante. Sa structure et son organisation méritent donc d'être prises en considération. Ceux qui veulent séparer nos deux principaux constituants, et les maintenir l'une à part l'autre ont tort ; au contraire, il faut les rassembler et les unir. Il faut ordonner à l'âme, non pas de se replier sur elle-même, de vivre de son côté, de mépriser et abandonner le corps (et elle ne saurait d'ailleurs y parvenir que par quelque singerie apprêtée), mais au contraire de se rallier à lui, l'embrasser, le chérir, l'aider, le contrôler, le remettre dans le bon chemin et l'y ramener quand il en sort, l'épouser en quelque sorte et lui servir de mari, pour que leurs actions ne paraissent pas si différentes et si contraires, mais bien accordées et uniformes. Les chrétiens ont une particulière connaissance de cette liaison, car ils savent que la justice divine fait sienne cette association, cette sorte d'assemblage du corps et de l'âme, au point de rendre le corps susceptible de recevoir des récompenses éternelles ; ils savent aussi que Dieu regarde l'homme globalement, et veut qu'il reçoive dans sa totalité un châtiment ou une récompense, selon ses mérites.

19. L'école péripatéticienne, la plus humaine de toutes les écoles philosophiques, attribue à la sagesse la tâche de fournir et procurer leur bien en commun à ces deux parties réunies ; elle montre ainsi que les autres écoles, pour ne pas s'être suffisamment attachées à tenir compte de ce mélange, ont pris parti, l'une pour le corps, l'autre pour l'âme, faisant la même erreur, et se sont ainsi éloignées de leur véritable sujet, qui est l'homme, et de leur guide, qu'elles reconnaissent en général être la Nature.

20. Il est vraisemblable que l'avantage offert par la beauté fut à l'origine de la première distinction qui se fit entre les hommes, et qui donna aux uns la prééminence sur les autres.

Le partage des terres et leur distribution se firent

À proportion de la beauté, de la force et de l'esprit ;

Car la beauté avait grande importance,

Et la force imposait le respect.

[Lucrèce De la Nature V, 1109]

Or je suis, moi, d'une taille un peu inférieure à la moyenne. Et cette insuffisance n'est pas seulement vilaine, elle a aussi des inconvénients, notamment pour ceux qui exercent des commandements et des responsabilités, car il leur manque l'autorité que donnent une certaine majesté du corps et une belle prestance.

21. Caius Marius ne recrutait pas volontiers de soldats qui ne fassent six pieds538 de haut. « Le Courtisan »539 a bien raison de préférer que le gentilhomme dont il s'occupe ait une taille ordinaire plutôt qu'exceptionnelle, et de refuser pour lui toute particularité qui le ferait montrer du doigt. Mais s'agissant d'un militaire, et s'il ne rentre pas dans la moyenne, je ne choisirais pas, moi, qu'il soit plutôt en-deçà qu'au-delà d'elle. Les petits hommes, dit Aristote, sont bien jolis, mais ne sont pas beaux ; et c'est à la grandeur que se reconnaît la grande âme, tout comme la beauté dans la haute taille.

22. Les Éthiopiens et les Indiens, dit Aristote, quand ils élisaient leurs rois et leurs magistrats, tenaient compte de leur beauté et de leur stature. Ils avaient raison, car voir un chef de belle stature et haute taille marcher à la tête d'une troupe inspire du respect à ceux qui le suivent et de l'effroi à l'ennemi :

Dans les premiers marche Turnus à la belle prestance,

Les armes à la main et dominant ceux qui l'entourent.

[Virgile Énéide VII, 783-4]

 

Notre grand roi divin et céleste, dont toutes les particularités doivent être relevées avec soin, pieusement et respectueusement, n'a pas renié la distinction corporelle : « le plus beau entres les fils des hommes540. » Et Platon souhaite la beauté en même temps que la modération et la grandeur d'âme, pour ceux qui veilleront sur sa République.

23. C'est une grande vexation lorsqu'on s'adresse à vous au milieu de vos gens pour vous demander : « Où est Monsieur ? », et que vous n'avez que le reste du coup de chapeau que l'on adresse à votre barbier ou à votre secrétaire ! C'est ce qui arriva à ce pauvre Philopœmen : comme il était arrivé en premier avant sa troupe en un logis où il était attendu, l'hôtesse, qui ne le connaissait pas et lui trouvait assez mauvaise mine, l'envoya aider un peu ses femmes à puiser de l'eau et attiser le feu pour Philopœmen... Quand les gentilshommes de sa suite arrivèrent, ils le surprirent occupé à ces nobles travaux (car il n'avait pas manqué d'obéir aux ordres qu'on lui avait donnés), et lui demandèrent ce qu'il faisait là : « Je paie, leur répondit-il, pour ma laideur ».

24. Les autres aspects de la beauté concernent les femmes : la beauté de la taille est la seule beauté des hommes. Si l'on est petit, ni la largeur et la courbe du front, ni la clarté et la douceur des yeux, ni la forme peu marquée du nez, ni la petitesse de l'oreille et de la bouche, ni la régularité et la blancheur des dents, ni une barbe épaisse et unie couleur châtaigne, ni les cheveux drus, ni la juste proportion de la rondeur de la tête, ni la fraîcheur du teint, ni l'air agréable du visage, ni l'absence d'odeur, ni la juste proportion des membres, rien de tout cela ne pourra faire un bel homme. J'ai moi-même, au demeurant, la taille forte et épaisse, le visage non pas gras, mais plein, et ma complexion hésite entre le jovial et le mélancolique, moyennement sanguine et chaude,

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