La Bible amusante
- Автор: Таксиль Лео
- Год: 1904
- Язык: французский
- Жанр: Прочее юмористическое
Электронная книга - «La Bible amusante». Краткое содержание книги:
Si l’on peut ajouter, observe Voltaire, un crime nouveau aux scélératesses par lesquelles Salomon commence son règne, il y ajoute un sacrilège. S’il est quelque chose d’étrange après tant d’horreurs, c’est que Dieu, qui a fait périr cinquante mille soixante-dix hommes pour avoir regardé dans son arche, ne venge point ce coffre sacré, sur lequel on a égorgé le plus grand capitaine des Juifs, à qui David devait sa couronne.
Continuons.
«Alors le roi établit Bénaja à la tête de l’armée, en remplacement de Joab, et il constitua grand-prêtre le sacrificateur Sadoc, en remplacement d’Abiathar.» (2:35)
«Le roi envoya aussi vers Séméi et lui fit dire: Bâtis-toi une maison à Jérusalem, et demeures-y, sans jamais sortir de la ville; si tu en sors, si tu passes le torrent du Cédron, je te ferai tuer sans rémission. Séméi répondit: Cet ordre est très juste. Ainsi il demeura à Jérusalem. Mais il arriva, au bout de trois ans, que deux domestiques de Séméi s’enfuirent chez le roi de Gath. Séméi sangla aussitôt son âne et partit pour Gath, afin de récupérer son bien; et il ramena ensuite à Jérusalem ces serviteurs infidèles (2:36-40)… Et Salomon, ayant su la chose, commanda à Bénaja d’aller tuer Séméi; ainsi Séméi mourut. Et le royaume fut affermi entre les mains de Salomon.» (v. 46)
Le livre des Rois nous apprend ensuite que Salomon s’allia avec le roi d’Egypte et que celui-cilui donna sa fille en mariage. Naturellement, la Bible tait le nom du monarque égyptien, ou, pour mieux dire, elle le désigne, comme toujours, sous le nom de Pharaon, qui n’est pas un nom, mais le titre général des rois d’Égypte. Les noces eurent lieu à Jérusalem.
En ce temps-là, Salomon se bâtissait un palais, commençait l’édification du temple, et entourait de murailles sa capitale. En attendant que le temple fût achevé, le roi allait faire ses dévotions à Gabaon, où se trouvait le sanctuaire le plus important du royaume. C’est là que Jéhovah lui accorda la sagesse, dans un songe.
L’épisode est assez curieux.
«L’Éternel apparut à Salomon, à Gabaon, en songe de nuit; et Dieu lui dit: Demande-moi ce que tu veux que je te donne. Et Salomon, qui dormait, répondit: Tu as eu une grande bienveillance pour ton serviteur David mon père, parce qu’il marchait dans les voies de la vérité, de la justice, et qu’il avait un cœur plein de droiture; c’est pourquoi tu lui as donné un fils qui est assis sur son trône aujourd’hui. Et maintenant, ô Éternel, mon Dieu, maintenant que tu m’as fait succéder à David, je ne suis qu’un petit garçon, incapable de discerner comment il faut se conduire; et je suis à la tête d’un grand peuple, si nombreux par sa multitude, qu’il ne peut se compter. Donne-moi donc un cœur intelligent pour juger ton peuple et pour discerner ce qui est bien et ce qui est mal. Or, l’Éternel fut agréablement touché de ce que Salomon lui avait répondu dans son sommeil, et il lui dit encore: Parce que tu viens de me parler ainsi, et que tu ne m’as demandé ni une longue vie, ni des richesses, ni de tuer tes ennemis, mais que tu m’as demandé de l’intelligence et de l’équité, eh bien, je t’accorde selon tes paroles: je te donne un cœur sage et intelligent, de sorte que jamais homme, ni avant toi ni après toi, n’aura été et ne sera semblable à toi; en outre, je te donne ce que tu ne m’as pas demandé, les richesses et la gloire, et nul roi ne t’égalera en gloire et en richesses; au surplus, si tu marches dans mes voies, en observant mes commandements, comme David ton père y a marché, je prolongerai ta vie très longtemps. Alors, Salomon se réveilla, et voilà très véridiquement quel avait été son songe.» (3:5-15)
Le texte officiel, que l’Eglise déclare authentique, ne laisse aucun doute: il s’agit bien d’un rêve. Dieu, qui n’attendait pas qu’Abraham, Jacob et autres fussent endormis pour leur apparaître, ne se manifeste à Salomon que dans un songe. Soit. Alors, comment l’a-t-on su? C’est donc Salomon qui a raconté son rêve à quelque autre juif? De l’un à l’autre, ce récit d’un rêve est arrivé jusqu’à l’auteur du livre des Rois, lequel vivait au temps de la captivité de Babylone?… Bizarre, n’est-ce pas?
Les théologiens nous diront, — c’est une de leurs thèses favorites, — que l’apparition de Dieu dans un rêve n’en est pas moins une manifestation divine; l’Eglise admet des songes divins et des songes diaboliques; le rêve d’un homme peut être, affirment les prêtres, le résultat d’une action surnaturelle, dans certains cas, et nullement l’effet du hasard. Eh bien, acceptons pour un instant cette thèse. Dieu s’est réellement manifesté à Salomon; mais cela n’empêche pas que Salomon était endormi et, par conséquent, inconscient de tout ce qu’il pouvait dire ou faire dans son rêve. Si le pape lui-même rêvait, une nuit, qu’il est palladiste et qu’il transperce des hosties à grands coups de poignard, aucun de ses cardinaux ne songerait à lui en faire un crime. Si Salomon, dans son rêve, avait choisi la gloire et les richesses, cela n’eût pas tiré le moins du monde à conséquence; rien n’est plus évident. On comprendrait que Dieu, après lui avoir posé des questions, lui eût laissé le temps de se réveiller, et qu’alors Salomon, impressionné par le songe et y voyant une manœuvre de stratégie céleste, eût délibéré, en consultant sa conscience, ce qu’il avait à répondre; sa réponse d’homme éveillé, choisissant la sagesse et dédaignant le reste, aurait eu du mérite. Puisqu’il rêvait, sa réponse ne compte donc pas; et pourtant l’impayable Jéhovah en a été charmé. Voilà ce qui est plus bizarre que tout!
Ainsi doté de la sagesse, demandée et reçue dans un songe, Salomon n’allait pas tarder à étonner les Israélites par une justice admirable, guidée par la plus merveilleuse intelligence.
Chacun connaît son jugement des deux mères; le seul fait, d’ailleurs, que la Bible cite comme preuve de cette extraordinaire sagesse. Deux femmes ont accouché, à trois jours de distance, dans la même chambre d’une hôtellerie; l’un des enfants est mort; l’une des mères accuse l’autre de lui avoir, pendant la nuit, pris son fils, qui est vivant, et de l’avoir remplacé auprès d’elle par le cadavre de son propre enfant, étouffé par mégarde. Ce cas embarrassant est soumis au roi, lors de son retour à Jérusalem. La mère, accusée de substitution, se défend en criant au mensonge, et jure que l’enfant vivant, apporté par elle au tribunal, est bien le sien; l’autre jure, avec la même ardeur, qu’elle a dit la vérité et réclame l’enfant. Alors, Salomon fait apporter une épée et ordonne qu’on partage l’enfant en deux et qu’on en donne une moitié à chacune des deux mères. Cri de compassion de la vraie mère, qui, ne voulant pas voir tuer son bébé, réclame maintenant qu’on le laisse à celle qui le lui a pris; celle-ci, au contraire, se trahit par ces mots: Le roi a bien jugé; l’enfant ne sera ni à toi, ni à moi, qu’on le partage! Or, l’ordre de Salomon n’était, dans son esprit, qu’une épreuve. Il prononce donc le jugement définitif, rendant l’enfant vivant à sa vraie mère (3:16-28).
Tous les fidèles s’extasient, quand, au cours d’un sermon, le prédicateur cite cette anecdote. Sans avoir besoin de recourir à la terrible épreuve du partage de l’enfant en deux, Salomon n’aurait eu qu’à faire appel à la première sagefemme venue, qui aurait, sans la moindre difficulté, désigné quel était l’enfant né la veille et quel était celui dont la naissance remontait déjà à quatre jours. Mais ne chicanons pas, et saluons la sagesse du fils de David.