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Le grand livre [Doomsday Book - fr]

Электронная книга - «Le grand livre [Doomsday Book - fr]». Краткое содержание книги:

Quoi de plus naturel, au XXIe siècle, que d’utiliser des transmetteurs temporels pour envoyer des historiens vérifier sur place l’idée qu’ils se font du passé ?
Kivrin Engle, elle, a choisi l’an 1320, afin d’étudier les us et coutumes de cette époque fascinante qu’aucun de ses contemporains n’a encore visitée : le Moyen Age.
Le grand jour est arrivé, tous sont venus assister au départ : Gilchrist, le directeur d’études de Kivrin ; l’archéologue Lupe Montoya, le docteur Ahrens ; sans oublier ce bon professeur Dunworthy, qui la trouve trop jeune et inexpérimentée pour se lancer dans pareille aventure et qui s’inquiète tant pour elle.
Ses craintes sont ridicules, le professeur Gilchrist a tout prévu ! Tout, mais pas le pire…
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Il s’avança, à l’instant où l’homme ressortait avec un parapluie qu’il lui offrit de partager.

— Inutile, je suis déjà trempé.

Il le précéda dans la cour.

On avait tendu un ruban de plastique jaune sur la porte du laboratoire. Il l’arracha pendant que l’homme fouillait dans ses poches.

Dunworthy lança subrepticement un coup d’œil à l’appartement de Gilchrist dont les fenêtres surplombaient ce local. Il vit de la lumière dans le salon mais aucun mouvement.

Le concierge trouva la carte magnétique du système d’alarme. Il l’utilisa tout en continuant de chercher la clé du verrou.

— Je devrais informer M. Gilchrist de ce qui se passe, fit-il.

— Monsieur Dunworthy !

Ils levèrent les yeux. Colin approchait, trempé jusqu’aux os, avec sous un bras le livre enveloppé dans son cache-nez.

— Elle… elle n’a… atteint… certaines parties de l’Ox… fordshire… qu’en… mars, dit-il, à bout de souffle. Désolé, mais j’ai… couru… sur tout le trajet.

— Quelles parties ?

Colin lui lendit Le Temps des Chevaliers puis se plia en deux, les mains sur les genoux, pour inspirer à fond.

— Ce… n’est pas… précisé.

Dunworthy sortit le livre de l’écharpe de laine grise et l’ouvrit à la page que Colin avait marquée d’une pliure. Trop de gouttes pointillaient ses lunettes pour qu’il pût lire un seul mot et la pluie détrempait le papier.

— Il est précisé qu’elle a débuté par Melcombe et s’est répandue vers le nord-est et Bath, expliqua Colin. Elle a atteint Oxford à Noël et Londres en octobre de l’année suivante, mais des secteurs de l’Oxfordshire ont été épargnés jusqu’à la fin du printemps.

Dunworthy lorgnait le texte illisible.

— Ce qui ne nous est d’aucune utilité, fit-il.

— Je sais. Mais au moins pouvons-nous espérer que Kivrin est dans un des hameaux qui ont bénéficié d’un sursis.

Dunworthy essuya les pages avec le cache-nez et referma le livre.

— La peste a dû poursuivre sa progression vers l’est, or Skendgate est au sud de la route Oxford-Bath.

Le concierge opta enfin pour une clé. Il l’inséra dans la serrure.

— J’ai rappelé Andrews, mais il ne répond pas.

— Comment allez-vous utiliser le transmetteur, sans tech ? demanda Colin.

— Utiliser le transmetteur ? s’exclama le concierge qui venait finalement d’ouvrir la porte. Je croyais que vous vouliez simplement consulter des fichiers. M. Gilchrist s’opposera à ce que vous vous serviez de cet appareil.

Il sortit le bout de papier de sa poche et regarda la signature.

— Je m’en donne l’autorisation, rétorqua Dunworthy.

Il entra. L’homme voulut le suivre. Une baleine de son parapluie toujours ouvert s’accrocha au chambranle et Colin plongea sous le dôme de toile.

Gilchrist avait dû couper le chauffage. La température était aussi fraîche qu’à l’extérieur, même si de la buée recouvrit instantanément les lunettes de Dunworthy. Il les retira pour les essuyer sur sa veste trempée.

— Tenez, dit Colin en lui tendant un bout de papier hygiénique roulé en boule. Je récupère tout ce que je trouve pour M. Finch. Il ne sera pas facile de mettre la main sur elle, même si nous arrivons au bon endroit, et vous avez dit qu’il est impossible de savoir à l’avance où et quand la machine nous enverra.

— Nous disposons de ces informations, répondit Dunworthy en essuyant ses lunettes.

Il les remit. L’image était toujours aussi floue.

— Je dois vous demander de sortir, déclara le concierge. Je ne peux vous autoriser à rester ici sans…

Il s’interrompit.

— Oh, merde ! marmonna Colin. Voilà Gilchrist.

— À quoi rime tout ceci ? Qu’êtes-vous venu faire dans ce labo ?

— Récupérer Kivrin, lui lança Dunworthy.

— De quel droit ? Ce transmetteur appartient à Brasenose et vous transgressez mes instructions !

Il se tourna vers le concierge.

— Je vous avais ordonné de ne pas laisser entrer cet individu.

— Il a une autorisation de M. Basingame, balbutia l’homme.

Il présenta le bout de papier détrempé, que Gilchrist lui arracha des mains.

— Basingame ? Ce n’est pas sa signature ! Violation de propriété et faux en écritures ! Vous aurez des ennuis, monsieur Dunworthy. J’ai l’intention d’en informer le recteur dès son…

Dunworthy s’avança vers lui.

— Et moi, j’ai l’intention de l’informer que vous avez refusé d’interrompre un transfert, mis délibérément en danger la vie d’une historienne et interdit l’accès du laboratoire, nous privant ainsi d’informations telles que ses coordonnées temporelles.

Il désigna la console.

— Savez-vous seulement ce que nous auraient appris ces données que vous n’avez pas permis à mon tech d’interpréter à cause d’un groupe d’imbéciles qui ne comprennent rien aux voyages temporels, vous inclus ? Elles indiquent que Kivrin n’est pas en 1320 mais en 1348, cernée par la peste noire.

Il se tourna et tendit la main vers les moniteurs.

— Et elle est dans cet enfer depuis deux semaines. En raison de votre stupidité, de…

— Vous n’avez aucun droit de me parler sur ce ton ! Et aucun droit d’entrer dans ce laboratoire. Je vous ordonne de sortir immédiatement !

Sans juger utile de répondre, Dunworthy se dirigea vers la console.

Gilchrist s’adressa au concierge.

— Appelez les appariteurs.

L’écran était éteint, de même que les voyants de la console.

— Vous l’avez débranché, murmura Dunworthy, atterré. Vous avez débranché le transmetteur.

— Oui, et je m’en félicite. Étant donné que vous vous êtes permis d’entrer sans mon autorisation.

— Vous avez coupé l’alimentation…

— Est-ce que ça va ? demanda Colin en avançant d’un pas.

— Je me doutais que vous enfreindriez mes ordres, poursuivait Gilchrist. Votre mépris du Médiéval est évident. Tout démontre que j’ai eu raison d’agir ainsi.

Dunworthy avait entendu dire qu’on pouvait être terrassé par une mauvaise nouvelle. Lorsque Badri lui avait dit que Kivrin était en 1348, il n’avait pas assimilé tout ce qui en découlait. Mais ce qu’il venait d’apprendre avait eu sur lui un effet physique. Il suffoquait.

— En coupant l’interrupteur principal, vous avez effacé le relèvement.

— Effacé le relèvement ? C’est ridicule ! Il doit exister des sauvegardes. Quand nous le rebrancherons…

— Ça veut dire que nous ne savons pas où est Kivrin ? demanda Colin.

— Oui, confirma Dunworthy.

Je vais m’effondrer sur la console comme l’a fait Badri, pensa-t-il en tombant. Mais ce fut avec douceur qu’il chut dans les bras de Gilchrist.

— Je le savais ! entendit-il Colin déclarer. Vous n’avez pas reçu votre injection. Grand-tante Mary va me faire la peau.

26

— C’est impossible, murmura Kivrin. Je ne peux pas être en 1348.

Mais tout devenait logique. La mort de l’aumônier d’Imeyne, l’absence de serviteurs, le refus d’Eliwys d’envoyer Gawyn à Oxford pour se renseigner sur son identité. « Les malades y sont nombreux », avait déclaré Dame Yvolde. Et la peste noire s’était abattue sur Oxford le jour de Noël 1348.

— Que s’est-il passé ? demanda-t-elle d’une voix suraiguë. Je devais aller en 1320, en 1320 ! M. Dunworthy m’avait dit de ne pas partir parce que les responsables du Médiéval étaient des incapables, mais ils n’ont tout de même pas pu se tromper de près de trente ans !

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