Le grand livre [Doomsday Book - fr]
- Автор: Уиллис Конни
- Год: 1994
- Язык: французский
- Год: J’ai lu
- ISBN: 2-277-23761-2
- Переводчик: Jean-Pierre Pugi
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le grand livre [Doomsday Book - fr]». Краткое содержание книги:
Kivrin Engle, elle, a choisi l’an 1320, afin d’étudier les us et coutumes de cette époque fascinante qu’aucun de ses contemporains n’a encore visitée : le Moyen Age.
Le grand jour est arrivé, tous sont venus assister au départ : Gilchrist, le directeur d’études de Kivrin ; l’archéologue Lupe Montoya, le docteur Ahrens ; sans oublier ce bon professeur Dunworthy, qui la trouve trop jeune et inexpérimentée pour se lancer dans pareille aventure et qui s’inquiète tant pour elle.
Ses craintes sont ridicules, le professeur Gilchrist a tout prévu ! Tout, mais pas le pire…
— Le 24837, répéta-t-elle avec irritation. Il n’y a aucun Andrews, ici.
Il raccrocha.
— Saloperie de téléphone, grommela-t-il.
Il recommença.
— En admettant qu’il accepte de venir, comment la retrouverez-vous ? demanda Colin en se haussant sur la pointe des pieds pour regarder par-dessus son épaule. Elle ne sera pas là. Le rendez-vous est prévu dans trois jours.
Dunworthy écoutait les sonneries. Comment avait dû réagir Kivrin, lorsqu’elle avait découvert en quelle année ils l’avaient envoyée ? Elle était certainement revenue au point de transfert, pour attendre qu’ils la récupèrent. Si elle en avait eu la possibilité. Si elle n’était pas malade. Si on ne l’avait pas accusée d’avoir apporté la peste à Skendgate.
— 24837, j’écoute. H.F. Shepherds’ S.A., fil la même voix féminine.
— Quel est votre numéro ?
— Le 24837, gronda-t-elle, exaspérée.
— 24837, c’est pourtant bien ça.
— Non, intervint Colin qui se penchait pour désigner la page. Vous intervertissez deux chiffres.
Il lui prit le combiné des mains.
— Laissez-moi essayer.
Il composa l’indicatif puis rendit l’appareil.
La sonnerie était différente, plus lointaine. Dunworthy pensait à Kivrin. La peste n’avait pas décimé simultanément tout le pays. Elle avait ravagé Oxford pour Noël, mais nul n’aurait pu dire quand elle était arrivée à Skendgate.
Il attendit dix sonneries, onze. Il ne se rappelait plus quel chemin avait suivi l’épidémie. Elle venait de France, donc de l’est. Comme Skendgate se situait à l’ouest d’Oxford, ce village n’avait pu être touché avant Noël.
— Où est le livre ? demanda-t-il à Colin.
— Quel livre ? Si vous voulez un annuaire…
— Le livre que je t’ai donné. Pourquoi ne l’as-tu pas ?
— Sur moi ? Il doit peser dans les quinze kilos.
Toujours rien. Il raccrocha, récupéra le calepin et alla vers la porte.
— Tu dois le garder sur toi en permanence. Ne sais-tu pas qu’il y a une épidémie ?
— Est-ce que ça va, monsieur Dunworthy ?
— File le chercher.
— Quoi ? Tout de suite ?
— Je veux savoir quand la peste a atteint cette région. Pas Oxford. Les villages. Et de quelle direction elle venait.
— Où allez-vous ? demanda Colin en courant à son côté.
— Contraindre Gilchrist à rouvrir le labo.
— S’il a refusé à cause d’une grippe, ce n’est pas la peste qui le fera changer d’avis.
Dunworthy ouvrit la porte et sortit. Il pleuvait à seaux et les Eurosceptiques étaient regroupés sous l’avant-toit de l’hôpital. L’un d’eux vint leur remettre un tract. Colin avait raison. Gilchrist resterait inflexible. Persuadé que le virus était arrivé par le transmetteur, il aurait bien trop peur que le bacille de la peste en fasse autant.
— Donne-moi un bout de papier, dit-il en cherchant son stylo.
— Un bout de papier ? Pour quoi faire ?
Dunworthy prit le tract du manifestant et gribouilla quelque chose au verso.
— M. Basingame m’autorise à utiliser le transmetteur, expliqua-t-il.
— Au dos d’un prospectus ? Ce Gilchrist ne gobera jamais un truc pareil.
— Alors, trouve-moi un bout de papier plus présentable, s’emporta Dunworthy.
Colin le dévisagea, sidéré.
— Entendu. Attendez-moi là, d’accord ? Ne partez pas.
Il retourna à l’intérieur puis revint avec plusieurs feuilles vierges. Dunworthy s’en saisit et écrivit quelques lignes qu’il fit suivre d’une signature.
— Va chercher ce livre et rejoins-moi à Brasenose.
— Et votre manteau ?
— Pas le temps.
Il plia le papier en quatre et le fourra dans sa veste.
— Il pleut. Vous devriez prendre un taxi ! lui cria Colin.
— Il n’y en a plus.
— Grand-tante Mary me fera la peau. Je suis responsable de votre santé !
Il regretta rapidement l’absence de taxis. Ce fut sous un véritable déluge qu’il arriva à Brasenose, une forte pluie oblique qui se changerait en neige fondue dans moins d’une heure. Il était glacé jusqu’aux os.
Au moins le mauvais temps avait-il chassé les manifestants. Il ne restait que quelques tracts devant les grilles de la faculté. Le concierge avait dû se réfugier dans sa loge, dont tous les stores étaient baissés.
Dunworthy en martela un avec ses poings.
— Ouvrez ! Ouvrez immédiatement !
L’homme remonta la protection métallique et regarda au-dehors. Sitôt qu’il le vit, son expression se fit inquiète puis agressive.
— Brasenose est en quarantaine. Son entrée est interdite.
— Ouvrez le portail, lui intima Dunworthy.
— Je ne peux pas, monsieur. M. Gilchrist a donné l’ordre de ne laisser pénétrer personne tant que l’origine de l’épidémie n’aura pas été découverte.
— C’est chose faite. Ouvrez !
Le concierge laissa redescendre le volet. Une minute plus tard il sortait de sa loge.
— Les boules de Noël, pas vrai ? On a dit qu’elles grouillaient de virus.
— Non. Déverrouillez cette grille.
— Je ne sais si je dois. M. Gilchrist…
— Celle affaire ne le concerne plus.
Il sortit le bout de papier de sa poche et le fit glisser entre deux barreaux.
Son interlocuteur le déplia et le lut.
— M. Gilchrist a été démis de ses fonctions, surenchérit Dunworthy. M. Basingame m’autorise à prendre en charge le transfert. Faites-moi entrer.
— M. Basingame ? répéta le concierge.
Il examina la signature que la pluie transformait en tache illisible.
— Je vais chercher les clés.
Il rentra dans sa loge, avec le document. Dunworthy se colla au portail pour s’abriter sous la voûte. Il frissonnait.
Il avait craint que Kivrin n’eût à dormir à même le sol, mais elle était en plein holocauste, au milieu de gens qui mouraient de froid parce qu’il ne restait personne pour aller fendre du bois. Quatre-vingt mille morts à Sienne, trois cent mille à Rome, plus de cent mille à Florence. La moitié des Européens.
Le concierge revint enfin, avec un gros trousseau.
— J’en aurai pour un instant, dit-il en triant les clés.
Kivrin avait dû regagner le point de transfert sitôt après avoir appris en quelle année ils l’avaient envoyée. Elle attendait depuis la réouverture de la porte temporelle, rongée par l’impatience.
Si elle avait découvert l’horrible vérité. Comment aurait-elle pu apprendre qu’elle était en 1348 ? Elle avait dû se renseigner sur la date, mais pas sur l’année. Elle devait se croire en 1320, alors que la peste se propageait autour d’elle.
Le verrou cliqueta et il poussa la grille.
— Gardez vos clés, nous en aurons besoin pour ouvrir le labo.
— Je ne peux pas y accéder avec ce trousseau, déclara le concierge.
Il disparut dans la loge. Dunworthy attendit à côté de la porte pour bénéficier du peu de chaleur qui en sortait. Il fourra ses poings dans ses poches.
Il avait craint que Kivrin n’eût à affronter des brigands, alors qu’on entassait les cadavres dans les rues et que la panique incitait la population à immoler par le feu les Juifs et les étrangers.
Il s’était inquiété parce que Gilchrist n’avait pas fait contrôler les paramètres. Ses peurs avaient contaminé le tech qui avait décidé de tout reprendre à zéro, alors qu’il était en proie à une forte fièvre.
Il prit conscience que le concierge tardait trop. Il devait avertir Gilchrist.