Le bûcher d'un roi
- Автор: Мартин Джордж Рэймонд Ричард
- Серия: Le Trone de fer #13
- Год: 2012
- Язык: французский
- Год: Pygmalion
- ISBN: 978-2-7564-0586-5
- Переводчик: Patrick Marcel
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le bûcher d'un roi». Краткое содержание книги:
Le repas de la veille s’était figé près de son coude, à peine touché. Edd-la-Douleur avait garni son tranchoir presque à le faire déborder pour permettre au tristement célèbre ragoût aux trois viandes de Hobb Trois-Doigts d’amollir le pain rassis. La plaisanterie qui circulait parmi les frères voulait que les trois viandes fussent du mouton, du mouton et du mouton, mais carotte, oignon et navet auraient tapé plus près du but. Une pellicule de gras froid lustrait les reliefs de ragoût.
Bowen Marsh l’avait pressé de s’installer dans les anciens appartements du Vieil Ours, dans la tour du Roi, depuis que Stannis les avait libérés, mais Jon avait refusé. On pourrait trop aisément interpréter son installation dans le logis royal comme la conviction qu’il ne s’attendait pas à voir Sa Grâce revenir.
Une étrange apathie s’était abattue sur Châteaunoir depuis le départ de Stannis vers le Sud, comme si le peuple libre et les frères noirs retenaient à l’identique leur souffle, en attendant de voir la suite des événements. Les cours et les salles de cantine étaient vides plus souvent qu’occupées, la tour du lord Commandant formait une coque vide, l’ancienne salle commune un monticule de solives carbonisées, la tour d’Hardin laissait penser que la prochaine rafale allait la jeter à bas. La seule rumeur de vie que Jon pouvait entendre était le lointain choc des épées montant de la cour devant l’armurerie. Emmett-en-Fer gueulait à Hop Robin de ne pas baisser sa garde. Nous aurions tous avantage à ne pas le faire.
Jon se débarbouilla, s’habilla et quitta l’armurerie, s’arrêtant dehors dans la cour juste assez longtemps pour prononcer quelques paroles d’encouragement pour Hop Robin et les autres élèves d’Emmett. Il déclina l’offre d’escorte que lui fit Ty, comme d’habitude. Il aurait assez d’hommes autour de lui ; si le sang devait couler, deux de plus n’importeraient guère. Mais il prit Grand-Griffe, toutefois, et Fantôme le suivit, sur ses talons.
Le temps qu’il parvienne à l’écurie, Edd-la-Douleur avait fait seller et brider le palefroi du lord Commandant, qui l’attendait. Les chariots se disposaient sous l’œil vigilant de Bowen Marsh. Le lord Intendant trottait le long de la colonne, pointant du doigt et vétillant, les joues rougies de froid. Quand il aperçut Jon, elles s’empourprèrent encore. « Lord Commandant. Avez-vous toujours l’intention de poursuivre cette…
— … folie ? acheva Jon. Je vous en prie, dites-moi que vous n’alliez pas employer le mot folie, messire ? Oui, j’en ai l’intention. Nous en avons débattu. Fort-Levant réclame plus d’hommes. La tour de l’Ombre réclame plus d’hommes. Griposte et Glacière également, je n’en doute pas, et nous avons quatorze autres redoutes qui restent vides, de longues lieues de Mur qui demeurent sans surveillance ni défense. » Marsh fit la moue. « Le lord Commandant Mormont…
— … est mort. Et pas des mains des sauvageons, mais de celles de ses Frères jurés, des hommes en qui il avait confiance. Ni vous ni moi ne pouvons savoir ce qu’il aurait fait ou pas fait, à ma place. » Jon fit virer son cheval. « Assez discuté. En route. »
Edd-la-Douleur avait suivi tout cet échange. Tandis que Bowen Marsh partait au trot, Edd désigna son dos d’un hochement de tête et déclara : « Les pommes granates. C’est bourré d’ pépins. Y a de quoi s’étouffer. Moi, j’ préfère les navets. Jamais rencontré de navet qui ait fait du mal à quiconque. »
C’est surtout en de pareils moments que mestre Aemon manquait à Jon. Certes, Clydas s’occupait bien des corbeaux, mais il ne possédait pas le dixième des connaissances ou de l’expérience d’Aemon Targaryen, et moins encore de sa sagesse. Bowen était un brave homme, à sa façon, mais la blessure qu’il avait reçue au pont des Crânes avait roidi ses attitudes, et le seul refrain qu’il chantât désormais était sa rengaine familière de fermer les portes. Othell Yarwyck était aussi placide et dépourvu d’imagination que taciturne, et les Premiers Patrouilleurs semblaient périr sitôt qu’ils étaient nommés. La Garde de Nuit a perdu trop de ses meilleurs éléments, se dit Jon, tandis que les chariots s’ébranlaient. Le Vieil Ours, Qhorin Mimain, Donal Noye, Jarman Buckwell, mon oncle…
Une neige légère se mit à tomber tandis que la colonne progressait vers le sud en suivant la route Royale, la longue ligne de chariots longeant des champs, des rivières et des collines boisées, avec une douzaine de lanciers et une douzaine d’archers qui chevauchaient en escorte. Les dernières expéditions avaient connu à La Mole des moments difficiles, un peu de bousculade et de confusion, quelques jurons étouffés, force regards mauvais. Bowen Marsh estimait qu’il valait mieux ne pas prendre de risques, et pour une fois Jon et lui étaient d’accord.
Le lord Intendant ouvrait la voie. Jon chevauchait à quelques pas en retrait, Edd-la-Douleur Tallett à ses côtés. À un demi-mille au sud de Châteaunoir, Edd pressa son cheval de se rapprocher de Jon et déclara : « M’sire ? Regardez, là-haut. Le grand pochard sur la colline. »
Le pochard était un frêne, tordu de côté par des siècles de vent. Et désormais, il portait un visage. Une bouche solennelle, une branche cassée en guise de nez, deux yeux creusés profond dans le tronc, observant le Nord en suivant la route Royale, dans la direction du château et du Mur.
Les sauvageons ont apporté leurs dieux avec eux, après tout. Cela ne surprenait pas Jon. Les hommes n’abandonnent pas si aisément leurs dieux. Tout ce spectacle orchestré par dame Mélisandre au-delà du Mur paraissait subitement aussi creux qu’une farce de comédiens. « Il te ressemble un peu, Edd, dit-il en essayant de tourner cela à la plaisanterie.
— Certes, m’sire. J’ai pas de feuilles qui me poussent sous le nez, mais sinon… Ça va pas plaire à dame Mélisandre.
— Peu de chances qu’elle le voie. Veille à ce qu’on ne le lui rapporte pas.
— Mais elle voit des choses, dans ses feux.
— De la fumée et des cendres.
— Et des gens qui brûlent. Moi, y a des chances. Avec des feuilles dans le nez. J’ai toujours eu peur de brûler, mais j’espérais mourir avant. »
Jon regarda de nouveau le visage, se demanda qui l’avait ciselé. Il avait posté des gardes à la périphérie de La Mole, tant pour tenir ses corbeaux à l’écart des sauvageonnes que pour empêcher le peuple libre de leur fausser compagnie vers le sud pour effectuer des raids. Celui qui avait taillé le frêne avait éludé ses sentinelles, à l’évidence. Et si un homme pouvait franchir le cordon, d’autres en seraient tout aussi capables. Je pourrais encore doubler les gardes, songea-t-il avec amertume. Gaspiller deux fois plus d’hommes, des hommes qui pourraient arpenter le Mur.
Les chariots continuèrent d’avancer lentement vers le sud, à travers la boue gelée et les bourrasques de neige. Un mille plus loin, ils arrivèrent à un deuxième visage, taillé dans un marronnier qui poussait au bord d’un ruisseau glacé, d’où ses yeux pouvaient surveiller le vieux pont de planches qui enjambait son cours. « Le double de problèmes », résuma Edd-la-Douleur.
Le marronnier était dépouillé de feuilles, squelettique, mais ses ramures nues n’étaient pas vides. Sur une branche basse en surplomb du ruisseau, un corbeau était perché, comme bossu, ses plumes ébouriffées contre le froid. Lorsqu’il aperçut Jon, il se déploya de toute son envergure et hurla. Jon leva le poing et siffla, et le gros volatile noir descendit dans un battement d’ailes, en glapissant : « Grain, grain, grain.