Le bûcher d'un roi
- Автор: Мартин Джордж Рэймонд Ричард
- Серия: Le Trone de fer #13
- Год: 2012
- Язык: французский
- Год: Pygmalion
- ISBN: 978-2-7564-0586-5
- Переводчик: Patrick Marcel
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le bûcher d'un roi». Краткое содержание книги:
— Le grain pour le peuple libre, lui répondit Jon. Pas pour toi. » Il se demanda s’ils en seraient tous réduits à manger des corbeaux avant que l’hiver qui s’annonçait soit parvenu à son terme.
Les frères dans les chariots avaient également vu le visage, Jon n’en doutait pas. Personne n’en dit mot, mais le message se lisait clairement pour quiconque avait des yeux pour voir. Jon avait un jour entendu Mance Rayder comparer la plupart des agenouillés à des moutons. « Bon, un chien peut garder un troupeau de moutons, avait déclaré le Roi-d’au-delà-du-Mur, mais le peuple libre, eh bien, certains sont des lynx-de-fumée et d’autres des pierres. La première sorte vaque où il lui plaît et taillera tes chiens en pièces. L’autre ne bougera pas du tout, sinon à coups de pied. » Il ne fallait pas s’attendre à voir les lynx-de-fumée ni les pierres abandonner les dieux qu’ils avaient adorés toute leur vie, pour se prosterner devant d’autres qu’ils connaissaient à peine.
Juste au nord de La Mole, ils rencontrèrent le troisième guetteur, sculpté dans l’énorme chêne qui marquait la périphérie du village, ses yeux profonds rivés sur la route Royale. Voilà un visage qui n’est pas aimable, jugea Jon Snow. Les faces que les Premiers Hommes et les enfants de la forêt avaient sculptées dans les barrals au cours des millénaires révolus portaient le plus souvent des expressions graves ou féroces, mais le grand chêne semblait particulièrement courroucé, comme s’il se préparait à arracher ses racines du sol pour les poursuivre en rugissant. Il arbore des plaies aussi fraîches que celles des hommes qui l’ont taillé.
Le bourg de La Mole avait toujours été plus vaste qu’il n’y paraissait : la plus grosse partie se situait sous terre, à l’abri du froid et de la neige. C’était désormais plus vrai que jamais. Le Magnar de Thenn avait bouté le feu au village vide en le traversant pour aller attaquer Châteaunoir, et seuls des amas de poutres calcinées et de vieilles pierres roussies demeuraient en surface… Mais sous la terre gelée, subsistaient les cryptes, les tunnels et les caves profondes, et c’était là que s’était réfugié le peuple libre, sa communauté pelotonnée ensemble dans le noir comme les taupes qui avaient inspiré la structure du village.
Les chariots se disposèrent en arc de cercle en face de ce qui avait été la forge du village. À proximité, une nuée de gamins au visage rougi construisaient un fort de neige, mais ils s’égaillèrent à la vue des frères en manteau noir, pour disparaître dans l’un ou l’autre trou. Quelques instants plus tard, les adultes commencèrent à émerger du sol. Les accompagnait une forte puanteur, un remugle de corps pas lavés et de vêtements crasseux, d’excréments et d’urine. Jon vit un de ses hommes froncer le nez et dire quelque chose à son voisin. Une plaisanterie sur le parfum de la liberté, supposa-t-il. Trop de ses frères se gaussaient de la pestilence des sauvages de La Mole.
Ignorance crasse, songea Jon. Le peuple libre ne différait en rien des hommes de la Garde de Nuit : certains étaient propres, d’autres sales, mais la plupart étaient propres à certains moments, et sales à d’autres. Cette infection était simplement l’odeur d’un millier de personnes entassées dans des caves et des tunnels creusés pour en abriter une centaine tout au plus.
Les sauvageons connaissaient déjà la manœuvre. Sans un mot, ils se rangèrent en files derrière les chariots. Il y avait trois femmes pour chaque homme, beaucoup avec des enfants – des créatures pâles et maigres qui s’accrochaient à leurs jupons. Jon vit très peu de nourrissons. La plupart ont péri durant la marche, comprit-il, et ceux qui avaient survécu à la bataille sont morts dans l’enclos du roi.
Les combattants avaient connu un meilleur sort. Trois cents hommes en âge de se battre, avait affirmé Justin Massey au cours du conseil. Lord Harwood Fell les avait comptés. Il doit y avoir des piqueuses, aussi. Cinquante ou soixante, voire une centaine. Les calculs de Fell avaient inclus les blessés, Jon le savait. Il en vit une vingtaine – des hommes appuyés sur des béquilles improvisées, d’autres avec des manches vides ou des mains manquantes, d’autres encore qui n’avaient qu’un seul œil ou qu’une moitié de visage, un cul-de-jatte porté entre deux amis. Et chacun d’eux, gris de teint, efflanqué. Des hommes brisés, jugea-t-il. Les spectres ne sont pas la seule forme de morts vivants.
Tous les combattants n’étaient pas rompus, cependant. Une demi-douzaine de Thenns en armure d’écailles de bronze se tenaient en groupe autour d’un escalier de cave, observant d’un œil noir sans chercher à se joindre au reste ; dans les ruines de la vieille forge du village, Jon repéra un grand gaillard chauve qu’il identifia comme Halleck, le frère d’Harma la Truffe. Les pourceaux d’Harma avaient disparu, cependant. Mangés, sans doute. Les deux, là-bas, couverts de fourrures, étaient des Pieds Cornés, aussi sauvages que décharnés, pieds nus même dans la neige. Il reste encore des loups parmi les moutons.
Val le lui avait rappelé, lors de la dernière visite qu’il lui avait rendue. « Peuple libre et agenouillés ont plus de points communs que de différences, Jon Snow. Les hommes sont des hommes, et les femmes, des femmes, quel que soit le côté du Mur où nous sommes nés. Bons et mauvais, héros et traîtres, honorables et menteurs, lâches, veules, brutes… Nous en avons en abondance, comme vous. »
Elle n’avait pas tort. Le plus ardu était de distinguer les uns des autres, de trier les moutons et les chèvres.
Les frères noirs commencèrent à distribuer la nourriture. Ils avaient apporté des carcasses de bœuf dur et salé, de la morue séchée, des haricots secs, des navets, des carottes, des sacs de farines d’orge et de blé, des œufs en saumure, des fûts d’oignons et de pommes. « Vous avez droit à un oignon ou une pomme, Jon entendit Hal le Velu expliquer à une femme, mais pas les deux. Faut choisir. »
La femme ne paraissait pas comprendre. « M’en faut deux d’ chaque. Un d’ chaque pour moi, l’ reste pour mon p’tit. L’est malade, mais une pomme va l’ rend’ tout gaillard. » Hal secoua la tête. « Il faut qu’il vienne chercher lui-même sa pomme. Ou son oignon. Mais pas les deux. Pour vous aussi. Alors, vous voulez quoi, une pomme, un oignon ? Allez, dépêchez-vous, y a du monde derrière vous.
— Une pomme », dit-elle, et il lui en donna une, une vieille pomme toute desséchée, petite et flétrie.
« Avance, femme, cria un homme trois places derrière elle. Y’ caille, dehors. »
L’interpellée ne lui accorda aucune attention. « Une aut’ pomme, demanda-t-elle à Hal le Velu. Pour mon fils. Siou-plaît. Elle est si p’tite, celle-là. »
Hal regarda Jon. Celui-ci secoua la tête. Ils ne tarderaient pas à épuiser leur stock de pommes. S’ils commençaient à en donner deux à tous ceux qui les demandaient, les retardataires n’auraient rien.
« Dégage », dit une jeune fille derrière la femme. Puis elle lui flanqua une bourrade dans le dos. La femme trébucha, lâcha sa pomme et tomba. Les autres provisions volèrent de ses bras. Des haricots s’éparpillèrent, un navet roula dans une flaque de boue, un sac de farine craqua et répandit son précieux contenu dans la neige.
Des voix en colère s’élevèrent, en vieille langue et en Langue Commune. D’autres bousculades éclatèrent derrière un autre chariot. « Y en a pas assez, rugit un vieillard. Salauds d’ corbacs, vous nous laissez crever d’ faim ! » La femme renversée tentait à quatre pattes de récupérer ses vivres. Jon vit à quelques pas de là un éclair d’acier dénudé. Ses propres archers placèrent des flèches contre les cordes.