Le bûcher d'un roi
- Автор: Мартин Джордж Рэймонд Ричард
- Серия: Le Trone de fer #13
- Год: 2012
- Язык: французский
- Год: Pygmalion
- ISBN: 978-2-7564-0586-5
- Переводчик: Patrick Marcel
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le bûcher d'un roi». Краткое содержание книги:
« À l’intérieur, cria la voix, magne-toi, imbécile, dépêche ! »
Schlingue escalada les marches à quatre pattes tandis qu’une autre flèche voletait au-dessus de sa tête. Quelqu’un l’empoigna, le hala à l’intérieur, et il entendit la porte claquer derrière lui avec fracas. Il fut remis debout de force et collé au mur. Puis un couteau s’appliqua contre sa gorge, un visage barbu si près de lui qu’il aurait pu compter les poils de nez de l’autre. « Qui t’es ? C’est quoi, la raison d’ ta présence ici ? Allons, vite, ou j’ te traite comme je l’ai traité, lui. » Le garde désigna d’un spasme de la tête un corps en décomposition sur le sol près de la porte, sa chair verte grouillant d’asticots.
« Je suis fer-né », répondit Schlingue – un mensonge. Certes, le garçon qu’il avait été auparavant avait été fer-né, mais Schlingue était venu au monde dans les cachots de Fort-Terreur. « Regardez mon visage. Je suis le fils de lord Balon. Votre prince. » Il aurait prononcé le nom, mais ces mots, semblait-il, restaient pris dans sa gorge. Schlingue, je m’appelle Schlingue, cela commence comme chaînes. Il devait oublier cela un petit moment, toutefois. Aucun homme ne se rendrait jamais à une créature telle que Schlingue, si désespérée que sa situation puisse être. Il devait feindre d’être à nouveau un prince.
L’homme qui le tenait le dévisagea, plissant les yeux, la bouche tordue par le soupçon. Il avait les dents brunes, et son haleine puait la bière et l’oignon. « Z’ont été tués, les fils de lord Balon.
— Mes frères. Pas moi. Lord Ramsay m’a capturé après Winterfell. Il m’envoie ici afin de traiter avec vous. Es-tu celui qui commande ici ?
— Moi ? » L’homme baissa son couteau et recula d’un pas, manquant de trébucher sur le cadavre. « Pas moi, m’sire. » Sa maille était rouillée, ses cuirs moisis. Sur le dos d’une main une plaie ouverte laissait couler du sang. « C’est Ralf Kenning, le commandant. Le capitaine l’a dit. J’ garde la porte, c’est tout.
— Et celui-ci, qui est-ce ? » Schlingue flanqua un coup de pied dans le corps.
Le garde fixa le cadavre comme s’il le voyait pour la première fois. « Lui… L’a bu de l’eau. J’ai dû lui trancher la gorge, pour qu’il arrête de gueuler. Mal au ventre. Faut pas boire l’eau. C’est pour ça qu’y a de la bière. » Le garde se frictionna le visage, les yeux rouges et irrités. « On traînait les corps dans les caves. Les cryptes sont toutes inondées, là en bas. Personne veut plus s’ donner tant de mal, maintenant, alors on les laisse où qu’y’ tombent.
— La cave vaudrait mieux, pour eux. Les donner à l’eau. Au Dieu Noyé. »
L’homme s’esclaffa. « Y a pas de dieux, en bas, m’sire. Jus’ des rats et des serpents d’eau. Des saloperies blanches, grosses comme j’ai la cuisse. Parfois, y’ remontent les marches et y’ vous piquent pendant que vous dormez. »
Schlingue se souvint des cachots au-dessous de Fort-Terreur, du rat qui gigotait entre ses dents, du goût du sang chaud sur ses lèvres. Si j’échoue, Ramsay me renverra à tout ça, mais d’abord, il m’écorchera un autre doigt. « Combien reste-t-il d’hommes, dans la garnison ?
— Que’ques-uns. J’ sais pas. Moins qu’on était avant. Y en a dans la tour du Pochard aussi, j’ crois. Dans la tour des Enfants, non. Dagon Morru y est allé, y a quelques jours. Y en restait que deux d’ vivants, il a dit, et y’ bouffaient les morts. Y’ les a tués tous les deux, si vous pouvez croire ça. »
Moat Cailin est tombée, comprit alors Schlingue, simplement personne n’a jugé utile de les prévenir. Il se frotta la bouche pour dissimuler ses dents cassées et déclara : « J’ai besoin de parler à votre commandant.
— Kenning ? » Le garde parut décontenancé. « Y’ dit pas trop grand-chose, ces temps-ci. Il est en train de crever, là. Peut-être déjà mort. J’ l’ai plus vu depuis… Je m’ souviens plus quand…
— Où est-il ? Conduisez-moi à lui.
— Et qui va garder la porte, alors ?
— Lui. » Schlingue tapa du pied dans le cadavre.
Cela fit rire son interlocuteur. « Oui-da. Pourquoi pas ? V’nez avec moi, alors. » Il décrocha une torche d’une applique sur le mur et la balança jusqu’à ce qu’elle flambe chaud et clair. « Par ici. » Le garde le conduisit par une porte vers un escalier en colimaçon, l’éclat de la torche se reflétant sur des murs de pierre noire durant leur ascension.
La salle au sommet des marches était obscure, enfumée, et il y régnait une chaleur étouffante. On avait accroché une peau en lambeaux en travers de la fenêtre étroite pour empêcher l’humidité d’entrer, et une plaque de tourbe brûlait à feu couvant dans un brasero. Une puanteur abominable emplissait la chambre, un miasme mêlant moisi, pisse et excréments, fumée et maladie. Des roseaux sales jonchaient le sol, tandis qu’un amas de paille dans le coin faisait office de lit.
Ralf Kenning grelottant gisait sous une montagne de fourrures. Ses armes étaient empilées à côté de lui – l’épée et la hache, le haubert de mailles, le heaume de guerre en fer. Son bouclier dépeignait la main nuageuse du dieu des orages, la foudre crépitant de ses doigts sur une mer démontée, mais la peinture était décolorée et craquelée, le bois au-dessous commençait à pourrir.
Ralf aussi pourrissait. Sous les fourrures, il était nu et fiévreux, sa chair pâle et bouffie couverte de plaies purulentes et de croûtes. Il avait la tête déformée, une joue enflée de façon grotesque, le cou engorgé de sang au point qu’il menaçait de lui engloutir tout le chef. Le bras du même côté, épais comme un rondin, grouillait de vers blancs. Personne ne l’avait baigné ni rasé depuis bien des jours, à le voir. Un œil pleurait du pus, et sa barbe portait des croûtes de vomi séché. « Que lui est-il arrivé ? s’enquit Schlingue.
— L’était sur le parapet et un démon des marais lui a décoché une flèche. C’était juste une égratignure mais… y’ z’empoisonnent leurs flèches, y’ frottent la pointe de merde et d’ pire encore. On a versé du vin bouillant dans la blessure, mais ça a rien changé. »
Je ne peux pas traiter avec cette chose. « Tuez-le, ordonna Schlingue au garde. Il a perdu l’entendement. Il est rempli de sang et de vers. »
L’homme le considéra, bouche bée. « Le capitaine lui a confié le commandement.
— Vous achèveriez un cheval mourant.
— Quel cheval ? J’en ai jamais eu, moi, de cheval. »
Moi, si. Le souvenir l’envahit comme une vague. Les cris de Sourire avaient paru presque humains. La crinière en flammes, il s’était cabré, aveuglé de douleur, frappant de ses sabots. Non, non. Pas à moi, il n’était pas à moi, Schlingue n’a jamais eu de cheval. « Je vais le tuer pour vous. » Schlingue saisit l’épée de Ralf Kenning, appuyée contre son bouclier. Il avait encore assez de doigts pour tenir la poignée. Lorsqu’il appliqua le fil de la lame sur la gorge boursouflée de la créature sur la litière, la peau se fendit dans un flot de sang noir et de pus jaune. Kenning fut pris d’un violent spasme, puis reposa immobile. Un ignoble remugle emplit la pièce. Schlingue courut à l’escalier. Là, l’air était humide et froid, mais bien plus sain en comparaison. Le Fer-né sortit en trébuchant à sa suite, blême, luttant pour ne pas vomir. Schlingue l’empoigna par le bras. « Qui était le second ? Où sont le reste des hommes ?