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Le bûcher d'un roi

Электронная книга - «Le bûcher d'un roi». Краткое содержание книги:

Le destin des Sept Royaumes est sur le point de basculer. A l’Est, Daenerys, dernière descendante de la Maison Targaryen, secondée par ses terrifiants dragons arrivés à maturité, règne sur une cité de mort et de poussière, entourée d’ennemis. Mais alors que certains voudraient la voir passer de vie à trépas, d’autres entendent rallier sa cause, tel Tyrion Lannister, le Lutin, dont la tête vaut de l’or depuis qu’il s’est rendu coupable du meurtre de son père, Tywin. Au Nord, où se dresse l’immense Mur de glace et de pierre qui garde la frontière septentrionale des Royaumes, Jon Snow, le bâtard de feu Eddard Stark, a été élu 998e Commandant en chef de la Garde de Nuit, mais ses adversaires se dissimulent des deux côtés du Mur, y compris parmi les troupes de Stannis Baratheon qui ont élu domicile dans ces contrées glacées…
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Il amena la bannière de la seiche de ses deux mains, de manière quelque peu gauche à cause de ses doigts manquants, mais débordant de gratitude pour ceux que lord Ramsay lui avait permis de conserver. Cela prit la plus grande partie de l’après-midi avant que les Fer-nés ne soient prêts à partir. Ils étaient plus nombreux qu’il ne l’aurait imaginé – quarante-sept dans la tour du Concierge, dix-huit de plus dans celle du Pochard. Deux de ceux-là, si près de la mort qu’il n’y avait pour eux plus d’espoir, cinq autres trop affaiblis pour marcher. Cela en laissait cinquante-huit capables de se battre. Même dans leur état de faiblesse, ils auraient emporté avec eux trois fois leur nombre si lord Ramsay avait donné l’assaut aux ruines. Il a bien fait de m’envoyer, conclut Schlingue en remontant sur sa carne pour mener la colonne dépenaillée à travers le territoire marécageux jusqu’au camp des Nordiens. « Laissez ici vos armes, dit-il aux prisonniers. Les épées, les arcs, les poignards. Les hommes armés seront abattus à vue. »

Parcourir ce trajet exigea trois fois plus de temps qu’il n’en avait fallu à Schlingue seul. Des litières improvisées avaient été assemblées pour quatre des hommes incapables de marcher ; le cinquième était porté par son fils, sur son dos. Cela ralentissait l’allure, et tous les Fer-nés avaient bien conscience de la cible qu’ils offraient, largement à portée des démons des marais et de leurs flèches empoisonnées. Si je meurs, je mourrai. Schlingue priait seulement pour que l’archer sût viser, afin que la mort soit prompte et nette. Une mort d’homme, pas celle qu’a connue Ralf Kenning.

Le manchot marchait en tête de la procession, boitant lourdement. Son nom, avait-il dit, était Adrack Humble, et il avait une épouse de roc et trois épouses de sel sur Grand Wyk. « Trois de ces quatre avaient le ventre gros, quand on a levé les voiles, se vantait-il, et les Humble sont prédisposés aux jumeaux. La première chose qu’ j’aurai besoin d’ faire en rentrant, c’est d’ compter mes nouveaux fils. Il s’ pourrait même que j’en nomme un en votre honneur, m’sire. »

Oui-da, nomme-le Schlingue, se dit-il, et quand il se conduira mal, tu pourras lui couper les orteils et lui donner des rats à manger. Il détourna la tête et cracha par terre, et se demanda si Ralf Kenning n’avait pas été le plus heureux.

Une pluie fine avait commencé de pisser du ciel gris ardoise, le temps qu’apparaisse devant eux le camp de lord Ramsay. Une sentinelle les regarda défiler en silence. L’air s’imprégnait de la fumée des feux du repas, qui se noyait dans la pluie. Une colonne de cavaliers vint prendre position derrière eux, menée par un nobliau avec une tête de cheval sur son bouclier. Schlingue le reconnut : Un des fils de lord Ryswell. Roger, ou peut-être Richard. Il ne savait pas distinguer les deux. « Sont-ce là tous les soldats ? demanda le cavalier du haut de son étalon bai.

— Tous ceux qui n’étaient pas morts, messire.

— Je pensais qu’il y en aurait plus. Nous les avons attaqués à trois reprises, et à trois reprises ils nous ont repoussés. »

Nous sommes fer-nés, songea-t-il avec un subit éclair d’orgueil, et le temps d’un demi-battement de cœur, il fut de nouveau un prince, le fils de lord Balon, du sang de Pyke. Mais cette seule pensée était en elle-même dangereuse. Il devait garder en mémoire son nom. Schlingue, mon nom est Schlingue, ça commence comme châtiment.

Ils atteignaient tout juste le camp lorsque les abois d’une meute de chiens lui apprirent l’arrivée de lord Ramsay. Pestagaupes l’accompagnait, en même temps qu’une demi-douzaine de ses favoris, l’Écorcheur et Alyn le Rogue, et Damon Danse-pour-moi, et les Walder, Grand et Petit, aussi. Les chiens s’attroupaient autour d’eux, claquant des dents et grondant à l’adresse des nouveaux venus. Les filles du Bâtard, songea Schlingue, avant de se rappeler qu’on ne devait jamais, jamais, jamais employer ce mot en présence de Ramsay.

Schlingue descendit de sa selle et mit un genou en terre. « Messire, Moat Cailin est à vous. Voici ses derniers défenseurs.

— Si peu. J’en avais espéré davantage. C’étaient des adversaires tellement opiniâtres. » Les yeux pâles de lord Ramsay brillèrent. « Vous devez être morts de faim. Damon, Alyn, occupez-vous d’eux. Du vin et de la bière, et toute la nourriture qu’ils pourront avaler. Écorcheur, mène leurs blessés à nos mestres.

— Fort bien, messire. »

Quelques-uns des Fer-nés bredouillèrent des remerciements avant de partir d’un pas chancelant vers les feux de cuisine au centre du camp. Un des Morru tenta même de baiser l’anneau de lord Ramsay, mais les chiens le refoulèrent avant qu’il ait pu approcher, et Alison lui emporta un bout d’oreille. Tandis que le sang lui coulait dans le cou, l’homme dodelinait du chef et multipliait les courbettes, louant la miséricorde de Sa Seigneurie.

Lorsque le dernier s’en fut allé, Ramsay Bolton tourna son sourire vers Schlingue. Il l’empoigna par la nuque, approcha son visage vers lui, le baisa sur la joue et chuchota : « Schlingue, mon vieil ami. T’ont-ils en vérité pris pour leur prince ? Quels pauvres crétins, ces Fer-nés. Les dieux doivent en rire.

— Ils ne souhaitent qu’une chose, rentrer chez eux, messire.

— Et toi, que souhaites-tu, mon bon Schlingue ? » murmura Ramsay, avec la douceur d’un amant. Son haleine, si parfumée, embaumait le vin chaud et les clous de girofle. « De si vaillants services méritent récompense. Je ne puis te rendre tes doigts ni tes orteils, mais, assurément, il y a bien quelque chose que tu désires de moi. Dois-je plutôt te libérer ? Te délier de mon service ? Veux-tu les accompagner, rentrer dans tes îles lugubres sur la mer froide et grise, redevenir un prince ? Ou préférerais-tu rester mon féal serviteur ? »

Un poignard froid lui racla l’échine. Méfie-toi, se dit-il, sois très, très prudent. Il n’aimait pas le sourire de Sa Seigneurie, la façon dont ses yeux brillaient, les postillons qui luisaient à la commissure de ses lèvres. Il avait déjà vu de tels indices. Tu n’es pas prince. Tu es Schlingue, rien que Schlingue, ça commence comme charogne. Donne-lui la réponse qu’il veut.

« Messire, dit-il, ma place est ici, auprès de vous. Je suis votre Schlingue. Je ne désire que vous servir. Tout ce que je demande… Une outre de vin, ce serait pour moi récompense suffisante… Du vin rouge, votre plus fort, tout le vin qu’un homme peut boire. »

Lord Ramsay en rit. « Tu n’es pas un homme, Schlingue. Tu n’es que ma créature. Mais tu auras ton vin. Walder, occupez-vous-en. Et ne crains rien, je ne te renverrai pas dans les cachots, tu as ma parole de Bolton. Nous ferons de toi un chien, en fait. De la viande chaque jour, et je te laisserai même assez de dents pour la manger. Tu pourras dormir avec mes filles. Ben, as-tu un collier pour lui ?

— J’en ferai fabriquer un, messire », assura le vieux Ben-les-Os.

Le vieil homme fit mieux que cela. Cette nuit-là, en plus du collier, il y eut également une couverture en loques, et un demi-poulet. Schlingue dut disputer la viande aux chiennes, mais c’était le meilleur repas qu’il ait fait depuis Winterfell.

Et le vin… Un vin sombre, âpre, mais fort. Accroupi parmi les chiennes, Schlingue but à s’en faire chavirer la cervelle, vomit, s’essuya la bouche et but encore. Après, il se coucha et ferma les yeux. Quand il s’éveilla, une chienne léchait du vomi sur sa barbe, et des nuages noirs traversaient en courant la face d’une lune en faucille. Quelque part dans la nuit, des hommes hurlaient. Il repoussa la chienne, se retourna et se rendormit.

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