Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
Le gang des rêves - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Le gang des rêves

Электронная книга - «Le gang des rêves». Краткое содержание книги:

Une Italienne de quinze ans débarque avec son fils dans le New York des années vingt…
L’histoire commence, vertigineuse, tumultueuse. Elle s’achève quelques heures plus tard sans qu’on ait pu fermer le livre, la magie Di Fulvio.
Roman de l’enfance volée, Le Gang des rêves brûle d’une ardeur rédemptrice : chacun s’y bat pour conserver son intégrité et, dans la boue, le sang, la terreur et la pitié, toujours garder l’illusion de la pureté.
Dramaturge, le Romain Luca Di Fulvio est l’auteur de dix romans.
Deux d’entre eux ont déjà été adaptés au cinéma ; ce sera le destin du Gang des rêves, qui se lit comme un film et dont chaque page est une nouvelle séquence.
1 ... 96 97 98 99 100 101 102 103 104 ... 177
Перейти на страницу:

Et, trois mois après, Karl avait été conçu.

Karl fut l’enfant le plus gâté de toute la communauté polonaise. Il grandit dans l’insouciance, sans nul souci d’argent, et quand il atteignit l’âge d’aller à l’université, Krzysztof avait mis de côté la somme nécessaire pour ses études. Mais Karl, à la surprise générale, déclara qu’il n’en avait pas envie. Alors Krzysztof, malgré sa déception, commença à le former à la gestion de la quincaillerie. Cependant Karl était toujours distrait, ne faisait preuve d’aucune application, s’ennuyait et, dès qu’il le pouvait, se plongeait dans la lecture d’incompréhensibles ouvrages sur la technologie naissante de la transmission par ondes radio. « Bordel de merde ! s’écria un jour Krzysztof à table (c’était la première fois qu’il perdait patience avec son fils depuis sa naissance). Si c’est la radio qui t’intéresse, fais de la radio, bon sang ! Mais ne gâche pas ta vie ! »

L’explosion de son père eut un effet bénéfique sur la torpeur de Karl. En une semaine, les livres et leurs abstractions laissèrent place à la liste des stations radiophoniques naissantes et des ateliers de radio et de téléphonie de New York et des environs. Karl frappa à toutes les portes et, pour finir, fut embauché par la N.Y. Broadcast comme employé de première classe.

Son père lui acheta deux costumes neufs car, expliqua-t-il, il ne fallait pas qu’il ait l’air d’un pouilleux de Polonais. Et c’est grâce à l’un de ces deux costumes que Karl fut remarqué par un dirigeant, qui le prit en sympathie et accepta de lui donner sa chance. Ainsi, de même que Krzysztof avait appliqué à la gestion de la quincaillerie les règles apprises dans le magasin de céréales de son père, Karl appliqua à la station de radio les règles apprises dans la quincaillerie de son père.

Appliquant aux êtres humains les critères que son père utilisait pour des vis et des clous, Karl donna une tournure rationnelle au « stock humain » qu’il devait gérer. Au bout de quelques années, travaillant bien plus que son contrat ne l’exigeait, s’engageant corps et âme, il fit carrière et devint un dirigeant de deuxième classe de la N.Y. Broadcast, non seulement chargé de gérer les émissions, mais aussi d’en concevoir de nouvelles.

Ce soir-là, comme cela lui arrivait souvent, Karl était encore dans son bureau tard dans la nuit, il cherchait des idées pour remplacer un ennuyeux programme culturel présenté par un professeur d’université — ami d’un dirigeant de première classe — qui parlait de l’histoire de l’Amérique sans réussir à éveiller le moindre intérêt chez les auditeurs, à cause surtout de son vocabulaire trop complexe. Le grand ponte avait aussi une voix nasale qui aurait endormi un homme sous perfusion de café depuis une semaine, pensait Karl. Car il ne savait pas à qui il parlait, il ne connaissait pas les gens auxquels il s’adressait, et n’avait nulle envie de les connaître. Mais si la N.Y. Broadcast voulait que la radio entre dans les maisons des gens ordinaires — comme Karl s’en était fait l’avocat à plusieurs reprises auprès de la direction — la radio devait parler leur langue, connaître leurs problèmes et leurs rêves.

Karl frotta ses yeux fatigués. Découragé, il referma le dossier où il notait ses idées pour de nouvelles émissions, et il enfila veste et manteau. Il était démoralisé. Cela faisait des semaines qu’il cherchait un moyen de raconter l’Amérique sans les discours barbants de ce pompeux professeur. Il ferma son bureau à clef, enroula une épaisse écharpe en cachemire autour de son cou et emprunta l’escalier de service parce que, la nuit, il ne se fiait pas aux deux ascenseurs. À cette heure-là, les liftiers ne travaillaient plus et le gardien de nuit était célèbre pour son sommeil lourd. Si Karl restait coincé dans l’ascenseur, il devrait sans doute attendre l’arrivée des liftiers, le lendemain matin. Du coup, quand il travaillait tard, il descendait toujours à pied.

L’immeuble était plongé dans la pénombre et le silence. Les pas de Karl résonnaient sur les marches. Toutefois, alors qu’il était presque au deuxième étage, il entendit une voix remonter dans la cage d’escalier. Amplifiée. Chaude, ronde. Allègre. Pleine de vie. Une voix jeune et inconnue. Alors il ouvrit la porte qui donnait au deuxième étage et avança à pas feutrés le long du couloir sur lequel s’ouvraient les studios d’enregistrement.

Il aperçut un petit attroupement devant le studio numéro trois.

« … parce que la règle fondamentale du gangster, disait la voix qui était maintenant forte et claire, c’est qu’un homme possède une chose simplement tant qu’il est capable de la garder… »

Karl s’approcha encore. Un homme qui faisait partie du groupe rassemblé devant le studio trois se retourna et l’aperçut. C’était un noir, balai et seau d’eau à la main. Ses grands yeux ronds et blancs brillèrent dans l’obscurité. L’air préoccupé, il toucha l’épaule de la femme devant lui. Celle-ci se retourna à son tour et son visage noir prit la même expression inquiète. Elle ouvrit la bouche pour parler, mais Karl l’interrompit d’un geste de la main et posa un doigt sur ses lèvres, lui faisant signe de se taire. Il rejoignit le groupe et, au fur et à mesure que les employés se retournaient, il leur faisait à tous signe de rester silencieux. Ils étaient tous noirs. C’étaient tous des femmes et hommes de ménage.

« Vous vous demanderez comment je sais toutes ces choses, poursuivait la voix. Eh bien, c’est facile… Je suis l’un d’entre eux. Je suis le chef des Diamond Dogs, le plus célèbre gang du Lower East Side. J’ai été un crève-la-faim… »

Karl toucha légèrement l’épaule de la femme qui nettoyait son bureau :

« Salut, Betty ! murmura Karl.

— Bonsoir, monsieur Jarach ! répondit la femme, après un sursaut.

— Qui est-ce ? » lui demanda-t-il à voix basse, indiquant le studio trois plongé dans le noir.

Betty haussa les épaules :

« On ne sait pas ! » répondit-elle.

Karl comprit qu’elle lui parlait par pure politesse, mais qu’en réalité elle n’avait qu’une envie, écouter cette voix. Karl lui sourit et se tut.

« … tout est parti du quartier des Five Points, que l’on appelait alors le Bloody Ould Sixth Ward, le sixième district. Mais ni vous ni moi n’étions nés, bien heureusement… »

Karl vit que tout le personnel de service souriait et se regardait en hochant la tête.

« C’était une zone insalubre et mal famée, au croisement de Cross Street, Anthony Street, Orange Street et Little Water Street…, poursuivait la voix. Vous ne connaissez pas ces rues ? »

Tous secouèrent la tête.

« Jamais entendu parler » bougonna Betty.

« Pourtant, je parie que vous y êtes passés des dizaines de fois ! enchaîna la voix, comme si elle avait entendu leurs réponses. Anthony Street est devenue Worth Street… »

1 ... 96 97 98 99 100 101 102 103 104 ... 177
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)