Le gang des rêves
- Автор: Fulvio Luca di
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Éditions Slatkine & Cie
- ISBN: 978-2889440061
- Переводчик: Elsa Damien
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Le gang des rêves». Краткое содержание книги:
L’histoire commence, vertigineuse, tumultueuse. Elle s’achève quelques heures plus tard sans qu’on ait pu fermer le livre, la magie Di Fulvio.
Roman de l’enfance volée, Le Gang des rêves brûle d’une ardeur rédemptrice : chacun s’y bat pour conserver son intégrité et, dans la boue, le sang, la terreur et la pitié, toujours garder l’illusion de la pureté.
Dramaturge, le Romain Luca Di Fulvio est l’auteur de dix romans.
Deux d’entre eux ont déjà été adaptés au cinéma ; ce sera le destin du Gang des rêves, qui se lit comme un film et dont chaque page est une nouvelle séquence.
L’actrice tomba à terre en gémissant. Puis elle tenta de s’échapper à quatre pattes.
« Je t’embrasse pas… Ruth » murmura Bill en l’attrapant par le col de sa fourrure claire.
L’actrice se débattit en criant, essaya de fuir, et son manteau glissa. Alors Bill saisit ses cheveux noirs de jais et la força à se retourner. Elle avait la lèvre fendue, le sang se mêlait au rouge à lèvres. Ses yeux étaient envahis par la peur. Bill rit — écoutant avec plaisir cette note étincelante et légère enfin retrouvée, qui sortait de sa bouche comme un chant —, et lui flanqua un autre coup de poing. Pensant à Linda qui était partie. Pensant à ces larmes qui avaient illuminé ses nuits solitaires à Hollywood. Pensant à ce scénariste frimeur qui se croyait supérieur parce qu’il avait une machine à écrire. Pensant à Ruth, à cette première fois, à cette première joie. À cette nuit où il avait compris qu’il existait un moyen d’expulser toute la rage et toute la frustration qui l’empoisonnaient. Et alors il cogna à nouveau l’actrice. Au visage. Puis au ventre et à l’estomac. Il l’empoigna par les cheveux, la força à se relever et la traîna jusqu’au lit sur lequel elle s’était roulée toute la journée, sourire effronté et lascif aux lèvres, ce sourire à présent perdu. Il la jeta sur les draps que les lumières avaient fait ressembler à de la soie, se mit à califourchon sur elle, l’immobilisa en lui tenant les poignets et lécha ses larmes qui se mêlaient au sang.
« Tu veux connaître la vraie vie, salope ? » lui disait-il en se remettant à la massacrer à coups de poing et de claques. Il plongea une main dans son décolleté et déchira sa robe de soie avec violence, riant de son rire léger. Il lui arracha son soutien-gorge, la frappant au visage chaque fois qu’elle essayait de résister. Et, après toutes ces années, Bill se sentit enfin vivant à nouveau. Rien d’autre ne l’intéressait. Il ne pensait pas aux conséquences. Il ne pensait à rien. Parce qu’il n’y avait rien d’autre que ça. Rien d’autre que cet instant. Rien d’autre que lui. Les petits seins durs rebondirent à peine. Bill en saisit un et le serra fort, comme une orange, comme s’il voulait le presser, comme si ce sein contenait un jus délectable.
L’actrice hurla. Elle s’étouffa avec son propre sang et toussa.
Bill rit encore — il ne parvenait plus à retenir cette joie longtemps oubliée — et souleva sa jupe. Il lui arracha culotte et porte-jarretelles, lui écarta les cuisses puis, excité, déboutonna son pantalon et s’enfonça dans le corps de la jeune femme. « Tu veux voir le vrai monde, c’est ça ? lui hurla-t-il au visage. Eh bien le voilà, le vrai monde, sale putain ! » Et pendant qu’il poussait son membre en elle, avec une violence chargée de hargne, se nourrissant de toute la douleur et tout le désespoir de sa victime, il ne parvenait à penser à personne d’autre qu’à Ruth. Et lorsqu’il atteignit l’orgasme, arqua le dos et remplit l’actrice de tout son fiel, il fut effrayé à l’idée que Ruth s’était emparée de son sang et de son cerveau.
Alors il serra la mâchoire jusqu’à ce que ses dents grincent, avec une rage que la violence sexuelle n’avait pas entièrement évacuée de son corps, prêt à se déchaîner à nouveau sur la jeune femme qui gisait sous lui.
L’actrice avait tourné le regard vers le côté. Ses yeux noirs exprimaient quelque chose de nouveau. Un air surpris et perdu s’était ajouté à la peur.
Bill se retourna et découvrit qu’Arty Short les fixait en silence, dans un coin, derrière un panneau du décor. Bill se figea et ne bougea plus un muscle. Mais il était prêt à bondir. Prêt à tuer s’il le fallait. Je n’aurai sûrement pas le choix, se dit-il. Le réalisateur ne le quittait pas des yeux, une drôle d’expression sur le visage. Lui non plus ne bronchait pas. Sa main gauche tenait un bracelet qu’il balançait. Un bracelet en or. Ce mouvement était le seul dans tout le hangar. Les deux hommes se mesuraient en silence, s’affrontaient du regard, s’étudiaient. Et Bill cherchait à anticiper le premier geste de l’autre, pour ne pas être pris au dépourvu.
L’actrice gémissante, toujours prisonnière du poids de son violeur, esquissa un mouvement.
Alors le metteur en scène parla : « Tu serais capable de refaire ça devant la caméra ? » demanda-t-il à Bill d’une voix rauque.
Bill fronça les sourcils. Qu’est-ce qui déraillait, dans cette scène ? Il pensait être prêt à tout, même à le tuer, mais il n’était pas prêt à ça !
Maintenant l’autre souriait et s’approchait du lit.
« Arty…, pleurnicha l’actrice, lèvres fendues et déjà enflées.
— La ferme ! » l’interrompit-il, sans cesser de fixer Bill.
Celui-ci se leva. Reboutonna son pantalon. Essuya ses doigts poisseux sur un coin de drap.
« Si tu sais le refaire devant la caméra, on va devenir riches ! » s’exclama Arty.
Bill le dévisageait sans mot dire.
Alors le réalisateur se tourna vers l’actrice et posa le bracelet en or entre ses seins, délicatement. « C’est ça que tu cherchais, Frida ? lui demanda-t-il en souriant. Tu l’avais laissé dans ma voiture. » Puis il passa derrière Bill et ramassa le manteau de fourrure. Le revers du côté gauche était taché de rouge. Arty donna deux chiquenaudes à la fourrure, comme pour la dépoussiérer, retourna auprès de la jeune femme et tendit une main vers elle, en bon cavalier. Il l’aida à se remette debout et puis à enfiler son manteau. « Ferme les boutons, conseilla-t-il, comme ça personne ne verra rien. » Il mit la main à la poche de son pantalon et sortit un billet de cinquante dollars d’un porte-monnaie muni d’un fermoir en or, qu’il tendit à Frida. « Pour le taxi. Et la blanchisserie. » Il passa deux doigts sur le poil clair taché de sang. Et il rit. Il posa les mains sur les épaules de la jeune femme, la fit se retourner et la poussa vers la sortie du hangar :
« Prends-toi quinze jours de convalescence. Appelle le docteur Winchell et dis-lui que c’est moi qui paye. (Il l’embrassa sur les cheveux et, à nouveau, la poussa vers la sortie.) Et ne parle à personne de ce qui s’est passé si tu veux continuer à travailler.
— Arty… murmura-t-elle.
— Bonne nuit, Frida ! » fit le réalisateur, puis il lui tourna le dos, fixant Bill d’un regard intense, en silence, jusqu’à ce que les pas mal assurés de Frida cessent de résonner dans le hangar. Puis, dès qu’ils se retrouvèrent seuls, son visage grêlé s’éclaira d’un sourire amical :
« Viens ! Allons manger et parler affaires, lança-t-il, passant le bras autour des épaules de Bill. Je vais faire de toi une star ! »
43
Manhattan, 1927
« Tu commences quand tu veux ! » dit Karl Jarach dans le téléphone intérieur.
Christmas regarda de l’autre côté de la vitre, dans la régie, là où le dirigeant de la N.Y. Broadcast, le preneur de son, mais aussi Maria et Cyril — à qui Christmas avait demandé de venir — le fixaient en silence. Il tenta de sourire à Maria et Cyril. Mais il ne parvint à esquisser qu’une grimace. Il avait les lèvres sèches. Il était tendu.
« Quand tu veux ! » répéta Karl.
Christmas opina du chef. Il tendit une main vers le microphone et le serra. Il avait la paume humide de sueur.
« Bonsoir, New York… » commença-t-il d’une voix hésitante.
Il leva les yeux. Maria le regardait, anxieuse, en se rongeant un ongle. Cyril semblait impassible mais Christmas s’aperçut qu’il avait les poings serrés.
« Bonsoir, New York…, répéta-t-il avec une vague intonation narquoise. Je suis le chef des Diamond Dogs, et je vais vous raconter une histoire qui… (il s’interrompit). Non, il faut d’abord que je vous explique qui sont les Diamond Dogs. Les Diamond Dogs sont une bande et moi, enfin nous, nous sommes… » et il regarda de nouveau vers Maria.