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Le gang des rêves

Электронная книга - «Le gang des rêves». Краткое содержание книги:

Une Italienne de quinze ans débarque avec son fils dans le New York des années vingt…
L’histoire commence, vertigineuse, tumultueuse. Elle s’achève quelques heures plus tard sans qu’on ait pu fermer le livre, la magie Di Fulvio.
Roman de l’enfance volée, Le Gang des rêves brûle d’une ardeur rédemptrice : chacun s’y bat pour conserver son intégrité et, dans la boue, le sang, la terreur et la pitié, toujours garder l’illusion de la pureté.
Dramaturge, le Romain Luca Di Fulvio est l’auteur de dix romans.
Deux d’entre eux ont déjà été adaptés au cinéma ; ce sera le destin du Gang des rêves, qui se lit comme un film et dont chaque page est une nouvelle séquence.
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Celle-ci lui sourit en acquiesçant. Mais il n’y avait pas d’allégresse dans ses grands yeux noirs. Cyril agita les poings dans sa direction, pour lui donner du courage : « Vas-y ! » lut Christmas sur ses lèvres.

« C’est pour ça que je connais un tas de secrets, reprit Christmas. Les secrets des rues sombres, du Lower East Side, du Bloody Angle à Chinatown, de Brooklyn… et de Blackwell Island et de Sing Sing, parce que moi… moi, je suis un dur… vous voyez ce que je veux dire ? Moi, je suis un de ceux qui… » et, de nouveau, Christmas s’interrompit.

Il n’arrivait pas à respirer. Maintenant qu’il était là, à un pas de son rêve, il balbutiait. Maintenant qu’il avait la chance à sa portée, son estomac n’était plus qu’un nœud serré dans un étau. Ses poumons devaient ressembler à deux torchons mouillés, essorés et noués. Il lisait dans les yeux de Maria et Cyril une nervosité croissante. Et peut-être un peu de déception. La même déception qu’il éprouvait lui-même. Déception et peur.

Il écarta son micro avec dépit. « J’y arrive pas ! » se dit-il.

« Reprends du début ! fit la voix de Karl Jarach dans le téléphone intérieur. Tranquillement.

— Quand t’es dans la réserve, tu peux jamais te taire ! » gronda Cyril.

Christmas leva la tête et rit. Difficilement.

« On reprend ! » dit encore Karl.

Christmas s’approcha du micro. Ses douleurs à l’estomac et dans la poitrine ne lui donnaient aucun répit.

« Salut, New York… » Christmas demeura silencieux un instant. Puis se leva brusquement. « Je suis désolé, monsieur, je n’y arrive pas… » fit-il tête basse, la voix pleine de frustration.

« Je vais lui parler ! proposa Cyril à Karl.

— Maria ? » demanda Karl.

Maria acquiesça.

Cyril s’apprêtait à sortir de la régie.

« Attendez ! Karl l’arrêta. Attendez…, dit-il en réfléchissant, avant de se tourner vers le technicien du son : éteins les lumières !

— Lesquelles ?

— Toutes.

— Dans la salle ?

— Dans la salle et ici ! répondit Karl avec impatience.

— Mais on ne voit plus rien ! protesta le technicien.

— Éteins ! » cria Karl.

Il éteignit toutes les lumières. Le studio plongea dans le noir.

Et c’est dans le noir que la voix de Karl grésilla dans le téléphone intérieur :

« Une dernière fois, Christmas (pause). Amuse-toi ! (pause) Comme la nuit dernière. »

Christmas resta immobile. « Amuse-toi ! » se répéta-t-il. Puis, lentement, il s’assit. Il chercha le microphone à tâtons. Inspira et expira. Une, deux, trois fois. Ferma les yeux. Et écouta le silence tendu de la salle, comme au théâtre…

« Hissez le torchon ! cria-t-il soudain, d’une voix goguenarde.

Mais qu’est-ce qui lui prend ? demanda le preneur de son dans l’obscurité.

— Silence ! » ordonna Karl.

Maria agrippa l’épaule de Cyril.

« Hissez le torchon ! cria à nouveau Christmas, et il attendit que l’écho de son cri s’éteigne. Bonsoir, New York ! lança-t-il alors d’une voix chaude et gaie. Non, je ne suis pas devenu fou ! Hissez le torchon, c’est l’expression qu’on utilisait autrefois au théâtre pour dire “Levez le rideau.” Alors… hissons le torchon, mesdames et messieurs, parce que vous vous apprêtez à assister à un spectacle que vous n’avez encore jamais vu. Un voyage dans la ville des policiers et des voleurs, comme on appelait alors notre New York. Imaginez-vous dans un des théâtres du Bowery avec, sur scène, des actrices tellement corrompues et dissolues qu’elles ne pourraient jouer dans aucun autre théâtre, croyez-moi ! Préparez-vous à assister à des farces vulgaires, des comédies indécentes, des pièces qui parlent de gangsters de la rue et d’assassins. Et faites attention à votre portefeuille… » Christmas rit doucement. La douleur à l’estomac s’était évanouie. L’air entrait et sortait librement de ses poumons. La scène s’était éclairée et la musique répandait sa mélodie. Il pouvait entendre les bavardages des gens, mais aussi leurs pensées et leurs émotions. « Assis à vos côtés, il y a des crieurs de journaux, des balayeurs, des ramasseurs de mégots, des chiffonniers, de jeunes clochards mais surtout des prostituées et des plongeurs… oui, vous avez bien compris, des plongeurs. Ah, c’est vrai, excusez-moi, vous êtes des gens plats, qui ignorez tout de notre argot. OK, première leçon, alors : un plat, c’est un type comme vous, qui ne connaît rien aux trucs des voyous. Et le plongeur, c’est quelqu’un qui… plonge les mains dans vos poches. Le meilleur pickpocket que vous puissiez imaginer. Du coup… faites gaffe ! Attention, je le vois ! Ça y est, toi là, il t’a déjà fauché ton portefeuille et toi, là-bas, un haricot, c’est-à-dire une pièce d’or de cinq dollars. Quant à toi, tu peux dire adieu à ton Charlie — c’est ce que tu appelles une montre en or. Dans un instant, tu vas vouloir savoir l’heure, tu vas porter la main à la chaîne accrochée à ton Ben… vous ne connaissez pas ça non plus ? Pétard, vous êtes vraiment plats ! Le Ben, c’est le gilet. Donc, tu vas chercher ton Charlie et tu vas découvrir qu’il s’est envolé. Adieu. Inutile de te mettre à crier, ça ferait rire tout le monde. Et ils riraient encore plus si tu courais vers une grenouille ou un cochon, c’est-à-dire un policier, parce qu’il ne pourrait rien pour toi, crois-moi… Même si Hamlet était là… non, ne regarde pas vers la scène, Hamlet n’est pas un personnage : c’est le chef de la police. » Christmas fit une petite pause. Maintenant, tout était facile. Les paroles sortaient de sa bouche avant même qu’il y réfléchisse. Il s’amusait. Il se mit à rire tout haut. « Et tu sais où il court, avec ton Charlie, pauvre imbécile ? Il va droit à l’église. Non, pas celle que toi, tu fréquentes, celle-là on l’appelle l’automne. Et si on veut parler de l’automne, on dit la feuille. Non, l’église dont je te parle, c’est l’endroit où on modifie les poinçons des bijoux. Bref, tu te retrouves sans Charlie et avec un problème : il faut que tu rentres chez toi pour expliquer ça à ta disgrâce. Tu ne devines pas tout seul ? La disgrâce, c’est forcément ta femme, non ? Or, ta disgrâce ne va pas te croire, et elle va t’insulter en t’accusant d’avoir offert ta montre à ta gauchère, c’est-à-dire à ta maîtresse. Et là, ça va barder. Mais si jamais, avant d’aller au théâtre, tu as fait un petit tour chez une chauve-souris, c’est-à-dire une prostituée qui travaille la nuit, estime-toi heureux si tu n’as pas été repéré et suivi par un vampire. Car là oui, ça barderait sérieusement. Parce que les vampires, tu sais, ce sont ces types qui chopent un brave dindon comme toi en train de sortir d’un bordel et qui le font chanter. Pour ne rien révéler à ta disgrâce, ils peuvent te demande un Ned, et alors tu t’en sors avec une pièce d’or de dix dollars. Mais ils peuvent aussi t’extorquer un siècle : et toi tu as ça, cent dollars, mon dindon ? Je ne voudrais pas que, par désespoir, tu te mettes au bingo, c’est-à-dire à l’alcool. Mais au cas où, vérifie bien qu’il n’ait pas été baptisé… coupé avec de l’eau, tu piges ?… et que ce ne soit pas du blue ruin parce que, comme son nom l’indique, celui-là c’est vraiment la ruine, une sacrée ruine, et avec ça tu ne tardes pas à devenir un sentimental, un ivrogne. Et à ce stade, ça y est, tu es un consacré, un perdant, et tu commences à descendre la pente. Tu t’assieds à un Caïn et Abel, comme on appelle la table, et tes deux flappers… tes mains, mon pote, pas les femmes d’aujourd’hui qui ont les cheveux courts à la Louise Brooks… bref, je disais, tes flappers commencent à mélanger les livres du diable, autrement dit les cartes et alors, en un éclair, tu finis par avoir une tête de vendredi, un air sinistre, et bientôt tu en arrives à parier jusqu’à tes flûtes allemandes, tes bottes. Après ça, tu essaies de faire un coup et, un instant plus tard, te voilà un canari en cellule, et tu vas te retrouver encadré, c’est-à-dire sur le gibet…

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