À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1989
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2221056523
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]». Краткое содержание книги:
Le Peuple survivait à l’abri de son cocon souterrain, génération après génération. Et voilà que le Printemps, annoncé par la Tradition, était revenu. Le Peuple devait sortir et aller recueillir son héritage dans la glorieuse cité de Vengiboneeza. Mais était-il encore humain ?
— Tu as l’air soucieux aujourd’hui, lui dit le vieillard quand Hresh arriva par une belle journée d’été chaude et sèche.
Cette remarque désinvolte surprit Hresh tout autant qu’une des gifles du vieux sage qui n’avait pas pour habitude de se préoccuper des états d’âme de son élève.
— Koshmar m’a demandé encore une fois d’enseigner le Beng à notre peuple, Père, dit-il en prenant sa place devant le banc de pierre du vieillard.
— Eh bien, fais-le ! Pourquoi as-tu attendu si longtemps ?
Hresh sentit le rouge lui monter aux joues.
— La connaissance de votre langue est mon apanage, répondit-il. Et j’en suis jaloux, Père.
Noum om Beng éclata de rire. Un rire qui ressemblait à une toux sèche.
— Et tu t’imagines pouvoir garder tes connaissances pour toi ! Enseigne le Beng, mon garçon ! Le jour viendra où la planète tout entière parlera le Beng ! Prépare ta tribu à ce jour !
— Vous voulez dire que la planète entière sera Beng ? demanda Hresh en s’humectant les lèvres.
— Tout ce qui ne sera pas hjjk.
Hresh songea à Harruel en train d’établir son petit royaume dans la jungle et il se demanda quelle place il occuperait dans ce nouvel ordre du monde. Il se posa la même question pour Koshmar et sa tribu, mais se garda bien d’en faire part à Noum om Beng.
— Vous croyez donc que, si les dieux ont détruit la Grande Planète, c’était pour mieux préparer la suprématie des Beng ?
— Qui sait ? Les voies des dieux sont impénétrables. Les dieux eux-mêmes sont sans pitié. Tous les efforts des mortels sont récompensés par une pluie d’étoiles de mort. Cela s’est déjà produit à plusieurs reprises et cela se reproduira dans les temps à venir. Nous n’en comprendrons jamais les raisons. Tout ce que nous pouvons faire, c’est nous efforcer d’aller de l’avant, c’est lutter pour survivre, puis pour croître et conquérir. Et, à la fin, nous périrons. Mais ce n’est pas cela qui importe ; la seule chose qui importe, c’est de survivre, de croître et de conquérir.
Jamais encore Hresh n’avait entendu Noum om Beng lui présenter sa philosophie d’une manière aussi explicite. Tremblant comme s’il avait reçu une grêle de coups, Hresh s’efforçait désespérément d’assimiler ce qu’il venait d’entendre.
— Les étoiles de mort reviendront pour nous détruire ? demanda-t-il enfin.
— Pas avant très longtemps. Nous ne risquons rien dans l’immédiat, ni pendant une période si longue qu’il nous est impossible de la concevoir. Mais elles reviendront quand, toi et moi, nous serons sortis du souvenir de nos peuples. C’est la volonté des dieux d’envoyer les étoiles de mort sur notre planète. Il en va ainsi depuis le commencement des temps.
— Dois-je comprendre que les étoiles de mort qui ont détruit la Grande Planète n’étaient pas les premières ?
— Assurément. Il s’écoule des millions d’années entre chacun de leurs funestes assauts. Tu peux me croire, mon garçon. Ce sont les anciens qui me l’ont appris. Les étoiles de mort ont ravagé la Grande Planète comme elles ont ravagé la civilisation qui existait avant elle et toutes les civilisations qui les avaient précédées.
Les yeux écarquillés, Hresh était incapable de proférer un son.
— Nous ne connaissons rien de ces civilisations, poursuivit Noum om Beng. Le passé disparaît, le passé s’évanouit malgré tous nos efforts. Il ne survit que dans les ombres et les rêves ou sous la forme d’images indistinctes. Mais les habitants de la Grande Planète savaient voir ces images, comme les humains avant eux.
— Les humains… Avant eux…
— Naturellement. Les humains étaient déjà vieux quand la Grande Planète a vu le jour. Mais les étoiles de mort sont encore plus anciennes. Quand les étoiles de mort sont tombées, pas la dernière fois, mais celle d’avant, les humains n’existaient pas encore. Ou, s’ils existaient, ils n’étaient que de simples animaux, comme nous maintenant, qui avaient tout l’avenir devant eux. Et ils ont survécu à cette chute des étoiles de mort comme nous avons survécu à la dernière.
Incapable de détacher son regard du vieillard, Hresh écouta les derniers mots de Noum om Beng qui s’abattaient sur lui comme les coups de cognée venant à bout d’un arbre géant.
— Il y a très longtemps, poursuivit le vieux sage, les humains étaient à l’apogée de leur grandeur et leur domination s’étendait sur toute la planète. Je crois qu’ils avaient gardé à l’esprit les étoiles de mort qui avaient ravagé la planète avant leur ascension, ou bien qu’ils en avaient exhumé le souvenir. Et cette époque de la grandeur des humains, aussi longue qu’elle eût été, fut circonscrite entre deux chutes des étoiles de mort. Puis ce fut l’avènement et le développement de la Grande Planète et c’est cette dernière civilisation que les étoiles de mort ont totalement détruite. Maintenant la planète nous appartient et nous y édifierons de grandes choses, comme l’ont fait avant nous les humains et les peuples de la Grande Planète. Et un jour, dans plusieurs millions d’années, les étoiles de mort reviendront. C’est la vérité. Ainsi va le monde depuis la nuit des temps.
Immobile, horrifié, Hresh tremblait sous le poids écrasant de ce passé dont la masse inimaginable le dominait comme une tour gigantesque s’élevant jusqu’aux étoiles.
— S’il en est réellement ainsi, Père, dit-il après un très long silence, tout ce que nous faisons n’a véritablement aucune importance. Nous pouvons croître, prospérer et bâtir quelque chose d’encore plus grand que la Grande Planète. La roue tournera une nouvelle fois et tout ce que nous avons bâti sera détruit comme le fut la Grande Planète. Et cette destruction ne sera pas un châtiment envoyé par les dieux pour anéantir une civilisation corrompue. Que nous soyons bons ou méchants, que nous suivions les voies des dieux ou que nous les rejetions, les étoiles de mort feront leur œuvre destructrice. Elles viennent quand arrive le temps de leur venue et elles n’épargnent pas plus la vertu que le vice, le courage que la paresse, la bonté que la cruauté. Autant ne rien bâtir du tout, si tout ce que nous bâtissons doit être détruit. Si tel est le monde que les dieux ont conçu à notre usage, il peut sembler terriblement ingrat, mais les desseins des dieux sont impénétrables. C’est bien ce que vous avez voulu dire, Père ?
— C’est la vérité, j’en suis sûr.
— Non, dit Hresh. C’est une croyance beaucoup trop cruelle. Elle affirme que l’univers est imparfait, qu’il y a une imperfection au cœur des choses.
Noum om Beng hocha lentement la tête. L’ébauche d’un sourire joua sur ses lèvres minces.
— Nous mourons tous, n’est-ce pas ?
— Oui, répondit Hresh. Au terme de notre vie.
— Est-ce un châtiment ?
— C’est la vie qui se retire, il arrive que les méchants aient une longue vie et que les bons meurent jeunes. La mort n’est pas un châtiment, ou alors c’est un châtiment qui nous frappe tous également.
— Précisément, mon garçon. Tout cela est dénué de sens et nous ne pouvons espérer trouver une explication. Les dieux ont décrété la mort pour nous tous, pour les simples mortels que nous sommes. Et ils ont pareillement décrété la mort de la Grande Planète, la mort pour la planète d’aujourd’hui, celle des hjjk, et la mort pour la planète des Beng qui lui succédera. Si tu appelles cela une imperfection de l’univers, tu te trompes, mon garçon. C’est l’ordre de l’univers. L’univers est parfait ; c’est nous qui sommes imparfaits. Les dieux savent ce qu’ils font alors que nous ne saurons jamais ce que nous faisons. Mais cela ne veut pas dire qu’il faille renoncer à tous nos efforts.