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READ-E-BOOK » Научная фантастика » À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]
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À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]

Электронная книга - «À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]». Краткое содержание книги:

La chute des comètes avait apporté le long hiver, comme, cent millions d’années plus tôt, lorsque les dinosaures avaient disparu. L’Hiver durait depuis soixante-dix mille ans.
Le Peuple survivait à l’abri de son cocon souterrain, génération après génération. Et voilà que le Printemps, annoncé par la Tradition, était revenu. Le Peuple devait sortir et aller recueillir son héritage dans la glorieuse cité de Vengiboneeza. Mais était-il encore humain ?
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— Si rien ne mène à rien, répliqua Hresh en secouant la tête, si la mort est inéluctable pour chacun de nous et si les étoiles de mort anéantissent les civilisations les unes après les autres, nous pourrions nous contenter de vivre comme des animaux. Mais nous ne le faisons pas. Nous poursuivons nos efforts. Nous faisons des projets, nous rêvons, nous bâtissons. Ce que je veux savoir, c’est pourquoi ! poursuivit-il en enflant la voix, tout à la ferveur de son discours. Je consacrerai ma vie à chercher pourquoi nous le faisons !

Il s’interrompit en se rendant compte qu’il avait parlé très fort. Mais il prit également conscience que cela faisait un certain temps qu’il n’avait pas appelé Noum om Beng « Père », comme le vieillard l’avait exigé. Et pourtant il n’avait pas reçu la moindre gifle. Décidément, cet entretien n’était pas comme les autres !

Noum om Beng se leva, dépliant interminablement son long corps décharné jusqu’à ce qu’il donne l’impression d’emplir toute la pièce. Il considéra Hresh de toute sa hauteur et il était impossible de lire les pensées qui traversaient son esprit, même si Hresh avait la certitude qu’elles étaient profondes.

— Soit, dit enfin Noum om Beng. Consacre ta vie à découvrir le pourquoi de toutes ces choses, puis reviens me voir et apporte-moi la réponse. Si je suis encore de ce monde, j’aimerais énormément la connaître.

Le vieillard éclata de son petit rire sec comme une toux.

— Quand j’avais ton âge, reprit-il, j’étais préoccupé par cette même question et j’ai, moi aussi, cherché la réponse. Tu vois que je n’ai pas réussi à la trouver. Peut-être auras-tu plus de chance que moi. Peut-être, mon garçon. Peut-être.

13. Couplages

L’ancien cratère de l’étoile de mort — tout le monde était maintenant persuadé qu’il ne pouvait s’agir d’autre chose — devint la capitale du royaume d’Harruel. Le territoire de l’une recouvrait la totalité du territoire de l’autre et leur frontière était constituée par le bord de la cuvette circulaire. Harruel avait donné à son royaume le nom de Yissou et à sa capitale celui de Cité de Yissou.

Salaman trouvait ce nom absolument ridicule.

— On ne devrait jamais donner à un royaume le nom d’un dieu, confia-t-il à Weiawala dans la hutte qu’ils partageaient. Il vaut mieux lui donner son propre nom. C’est probablement ce qu’il avait envie de faire, mais il n’a pas osé. Cela aurait au moins eu le mérite de l’honnêteté.

— Mais en lui donnant le nom de Yissou, Harruel place son royaume sous la protection du dieu, objecta timidement Weiawala.

— Comme si Yissou n’était pas le protecteur de tous ceux qui le vénèrent et comme s’il avait besoin de nos insignifiantes faveurs ! répliqua Salaman avec un petit sourire. Je trouve d’ailleurs qu’Harruel devient très pieux depuis quelque temps. Quand on lui parle, il n’a plus que le nom de Yissou, d’Emakkis et de Friit à la bouche ! Je dois avouer que tant de zèle sied assez mal à une brute sanguinaire comme Harruel !

— Salaman !

— Cela doit rester entre nous. Rien qu’entre nous.

Il feignit en souriant d’adresser à un Harruel imaginaire tous les gestes de soumission à sa royale autorité.

— Que le souffle de Yissou accompagne Votre Majesté ! Quelle belle journée dans la Cité de Yissou, Votre Majesté !

— Salaman !

Il éclata de rire et attrapa Weiawala par-derrière, refermant les mains sur sa douce poitrine et lui embrassant tendrement la nuque.

— La Cité de Yissou ! Un nom stupide inventé par un roi stupide !

Ce n’était vraiment pas un grand royaume ni une grande capitale. Au cœur verdoyant et boisé du cratère, là où l’étoile de mort était tombée des centaines de milliers d’années auparavant, s’élevaient maintenant sept huttes précaires, abris rudimentaires encadrés de plantes grimpantes. C’était la Cité de Yissou. Chacun des couples occupait une de ces huttes de bois et Lakkamai en avait une pour lui seul. La septième, que rien, en apparence, ne distinguait des autres, faisait office de palais royal. Harruel y siégeait une ou deux heures par jour, ses fonctions ne le retenant jamais plus longtemps. Les différends nécessitant un jugement de sa royale personne étaient rares dans une communauté de onze membres et une poignée d’enfants et il n’avait pas encore eu l’occasion de recevoir solennellement le moindre ambassadeur d’une puissance lointaine. Mais c’est là qu’Harruel jouait au roi, au centre du petit groupe de huttes qui se prenait pour une capitale.

Pauvre capitale et pauvre royaume en vérité. Malgré cela, Salaman trouvait qu’ils ne s’étaient pas si mal débrouillés en un laps de temps assez court. La Cité de Yissou avait à peine deux ans. Ils avaient tout débroussaillé et construit ces abris de fortune, puis ils avaient réuni un troupeau d’animaux qui, parqués dans un enclos, leur fournissait de la viande au fur et à mesure de leurs besoins. Une palissade de troncs d’arbres courait sur tout le pourtour du cratère. Elle servirait d’après Harruel à les protéger contre les attaques des bêtes sauvages ou d’éventuels ennemis et peut-être n’y voyait-il réellement pas d’autre utilité. Mais, pour Salaman, cette palissade était aussi l’affirmation de sa souveraineté, l’expression de son pouvoir royal.

Et Salaman rêvait au jour où, sous sa propre autorité, la palissade de bois serait remplacée par un mur de pierre. Mais ce jour était encore éloigné. La tribu était encore trop modeste pour de si grands projets. Cinq hommes ne pouvaient suffire à édifier un haut mur de pierre. Et Harruel était encore roi ; pour lui une palissade de bois était bien assez imposante.

— Viens, dit Salaman à Weiawala en lui faisant signe de le suivre. On respire mal ici. Allons sur la colline.

Il y avait au-delà de la prairie, au sud du cratère, une petite éminence sur laquelle Salaman aimait se rendre pour méditer. Du sommet, il voyait toutes les huttes ainsi que la forêt qu’ils avaient traversée en venant de Vengiboneeza. De l’autre côté il distinguait à l’horizon la ligne plus sombre de la mer occidentale. C’était un lieu où il préférait être seul, mais, de temps en temps, il y emmenait Weiawala. Il leur arrivait de s’y unir, soit par l’accouplement, soit par le couplage. Un vent frais soufflait sur la hauteur et Salaman s’y sentait plus alerte que n’importe où ailleurs.

Ils traversèrent en silence la minuscule agglomération, longèrent l’enclos des animaux et s’engagèrent sur le sentier sinueux qui s’élevait au sud du cratère.

— A quoi penses-tu ? demanda Weiawala au bout d’un moment.

— A l’avenir.

— Comment peux-tu penser à l’avenir ? L’avenir n’est pas encore connu. Comment peut-on y penser ?

Il lui sourit tendrement sans répondre.

— Salaman, reprit-elle un peu plus tard, veux-tu répondre à une question ?

— Que veux-tu savoir ?

— Regrettes-tu d’avoir quitté Vengiboneeza ?

— Si je le regrette ? Non, je ne l’ai pas regretté une seule fois.

— Même s’il nous faut supporter Harruel ?

— Harruel n’est pas un problème. Il est le roi qu’il nous fallait.

Salaman se retourna et son regard se porta sur la demi-douzaine de huttes de guingois et la palissade à moitié achevée. Ses mains se posèrent délicatement sur les épaules de Weiawala et commencèrent à en caresser la douce fourrure. Elle se colla contre lui et commença à se tortiller.

— Mais Harruel est si vaniteux et brutal, dit-elle. Je sais que tu le méprises, Salaman. Tu le considères comme un être grossier et prétentieux.

Il acquiesça de la tête en silence. Weiawala avait raison, bien entendu. Harruel était violent, vulgaire et souvent borné. Mais jusqu’à présent, il était l’homme de la situation, celui qu’il fallait à ce point de l’histoire. Il était courageux et rusé, ne manquait ni d’ambition ni d’orgueil. Sans lui, la Cité de Yissou n’aurait jamais vu le jour et ils seraient encore tous à Vengiboneeza, menant une existence facile, celle d’un peuple désœuvré attendant interminablement que se réalisent les grandes choses auxquelles il croyait être appelé.

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