À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1989
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2221056523
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]». Краткое содержание книги:
Le Peuple survivait à l’abri de son cocon souterrain, génération après génération. Et voilà que le Printemps, annoncé par la Tradition, était revenu. Le Peuple devait sortir et aller recueillir son héritage dans la glorieuse cité de Vengiboneeza. Mais était-il encore humain ?
— Tu sais que Nettin va avoir un autre enfant ? dit brusquement Weiawala, interrompant sa rêverie comme le cri strident d’un oiseau perce le sommeil profond du petit matin.
Salaman sentit une flambée de colère monter en lui et il regretta fugitivement d’avoir amené Weiawala avec lui. Mais il se calma très vite et il hocha la tête en lui adressant un petit sourire. Weiawala était sa compagne, sa bien-aimée, et il devait l’accepter telle qu’elle était. Même quand elle l’interrompait et le distrayait de ses pensées.
— Je ne savais pas. C’est une bonne nouvelle.
— Oui. La tribu s’accroît très vite, Salaman.
C’était vrai. Weiawala avait donné le jour à un garçon qu’ils avaient nommé Chham tandis que Galihine et Thaloin mettaient deux petites filles au monde. Et maintenant c’était au tour de Nettin d’attendre un second enfant.
Seule Minbain, au grand mécontentement d’Harruel, n’avait pas conçu depuis leur arrivée dans la Cité de Yissou. Peut-être était-elle trop âgée. Parfois, à la nuit tombée, ils entendaient la voix tonitruante d’Harruel, quand il avait bu trop de vin de velours, exiger qu’elle lui donne un autre fils. Mais Salaman avait plus d’une fois fait remarquer à Weiawala qu’on ne fait pas d’enfants en criant après sa compagne.
Salaman trouvait par ailleurs qu’Harruel manquait cruellement de perspicacité en exigeant un second fils. Au stade où elle était de sa croissance, leur petite communauté avait avant tout besoin de filles. Un homme pouvait à lui seul engendrer une tribu entière en une semaine, car il lui suffisait de quelques instants pour déposer sa semence dans le ventre d’une femme alors que chaque femme pouvait au mieux donner naissance à un enfant par an. L’accroissement de la tribu était donc limité par le nombre des femmes. Ce sont des filles qu’il nous faut mettre au monde, se dit Salaman, afin que la génération suivante ait autant de ventres que possible pour se multiplier.
Mais c’était peut-être un raisonnement trop compliqué pour Harruel. A moins qu’il n’eût simplement désiré d’autres fils pour l’aider à conserver son trône. Oui, c’était probablement la raison. Samnibolon, son petit garçon, promettait déjà d’être particulièrement robuste ; sans aucun doute un futur guerrier. Harruel, qui commençait peut-être à se préoccuper de son âge, devait être impatient d’avoir deux ou trois autres fils pour veiller sur ses vieux jours.
Weiawala glissa un bras dans le sien et Salaman sentit la chaleur de sa cuisse contre la sienne. Puis l’organe sensoriel de sa compagne effleura délicatement le sien.
Ce n’est pas d’un accouplement qu’elle a envie, songea-t-il. C’est d’un couplage.
Cela n’enthousiasmait pas Salaman, mais il n’allait pas refuser.
Le couplage avait été jusqu’alors le point faible de leur relation. Weiawala était une bonne compagne, mais la simplicité de son âme en faisait une piètre partenaire de couplage. Il lui manquait la complexité et la profondeur. S’ils étaient restés à Vengiboneeza, Salaman l’aurait sans doute choisie pareillement comme compagne et, pour le couplage, il se serait adressé à quelqu’un comme Taniane qui, elle, n’était dépourvue ni de passion ni de profondeur. Mais il n’y avait pas de Taniane dans la Cité de Yissou et Harruel dissuadait ses sujets de trouver des partenaires de couplage différents car leur petite communauté était si réduite que de telles unions risquaient de créer des ressentissements et des conflits. A deux ou trois reprises, Salaman s’était uni à Galihine qui lui apportait un peu de cette fougue qui manquait tant à Weiawala, mais c’était très rare. Weiawala restait sa partenaire régulière de couplage, même s’il acceptait cette situation sans enthousiasme.
Salaman enroula délicatement son organe sensoriel autour de celui de sa compagne pour lui faire comprendre qu’il répondait à son invite.
Mais, au moment où le contact s’établissait, Salaman perçut quelque chose d’étrange, de troublant, quelque chose de totalement inconnu qui parvenait de très loin à ses sens avivés.
— As-tu senti ? demanda-t-il à Weiawala en s’écartant d’elle.
— Senti quoi ?
— Un bruit semblable au tonnerre. Quand nos organes sensoriels se sont touchés.
— Je n’ai rien senti d’autre que ta présence de plus en plus forte, Salaman.
— Un grondement dans le ciel. Ou sur la terre… Je ne saurais le dire. Et le sentiment d’une menace. D’un danger.
— Je n’ai rien senti, Salaman.
Salaman approcha de nouveau son organe sensoriel de celui de sa compagne.
— Alors ? Est-ce que tu…
— Chut !
— Excuse-moi !
— Laisse-moi écouter, s’il te plaît !
Elle fit un petit signe de tête très sec, l’air vexé. Dans un silence qui suivit, Salaman se fît tout ouïe, utilisant l’énergie de l’organe sensoriel de Weiawala pour accroître la portée et la sensibilité du sien.
Était-ce le bruit du tonnerre au sud, dans les collines ? Non, la journée était trop belle.
Des roulements de tambour ?
Des claquements de sabots sur le sol ? Un gigantesque troupeau en marche ?
Tout était trop lointain, trop indistinct. Il n’y avait qu’une vibration ténue, le sentiment de quelque chose d’anormal. Sa seconde vue lui permettrait peut-être d’en avoir une perception plus précise. Mais Weiawala perdait patience. S’abandonnant à son désir, elle faisait courir son organe sensoriel le long du sien, voilant ses perceptions. Salaman se dit que ce n’était peut-être que le fruit de son imagination. Ou peut-être avait-il simplement entendu une colonie de fourmis se déplaçant à proximité, dans une de leurs galeries. Il décida de ne plus y penser.
Avec le corps chaud et frémissant de Weiawala plaqué contre le sien, il était impossible de se préoccuper d’un bruit distant de tonnerre dans un ciel serein ou d’un bruit imaginaire de sabots. Le désir du couplage, même avec la tiède Weiawala, était irrésistible. Salaman se retourna vers elle et ils se laissèrent tous deux tomber au sol. Il la serra dans ses bras, leurs organes sensoriels se joignirent et la communion de leurs esprits s’établit.
Torlyri trouva Hresh dans la salle du temple qui lui était réservée. Il était penché sur plusieurs volumes ouverts des chroniques. La femme-offrande fît du bruit pour annoncer son arrivée, car il eût été inconvenant de surprendre le chroniqueur quand il étudiait les livres sacrés. Hresh leva vers elle un regard étrange, où elle crut lire de la confusion, et il écarta avec précipitation le volume qu’il était en train de consulter. Comme si Torlyri avait jamais eu l’intention de surprendre les secrets du chroniqueur !
— Qu’y a-t-il ? demanda Hresh d’un ton peu engageant.
— Si je te dérange, je peux revenir dit Torlyri.
— J’étais en train de noter quelques détails historiques sans importance, dit Hresh d’un ton dégagé, faussement désinvolte, est-ce que je peux faire quelque chose pour toi, Torlyri ?
— Oui, dit-elle en faisant quelques pas vers lui. Je voudrais que tu m’enseignes la langue que parlent les Beng. J’aimerais pouvoir communiquer avec eux.
— Oui, bien sûr, dit Hresh, manifestement pris au dépourvu.
— Veux-tu faire cela pour moi ?
— Naturellement, Torlyri. Oui, je le ferai. Mais laisse-moi encore quelques semaines…