À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1989
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2221056523
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]». Краткое содержание книги:
Le Peuple survivait à l’abri de son cocon souterrain, génération après génération. Et voilà que le Printemps, annoncé par la Tradition, était revenu. Le Peuple devait sortir et aller recueillir son héritage dans la glorieuse cité de Vengiboneeza. Mais était-il encore humain ?
Quelques jours plus tard, Haniman et Orbin vinrent lui annoncer qu’ils étaient cent dix-sept, en comptant les femmes et les enfants, chiffre auquel il convenait peut-être d’ajouter quelques enfants en bas âge qui ne sortaient pas des maisons. Il semblait y avoir au moins quarante guerriers. Koshmar étudia ces chiffres avec une vive inquiétude. Il ne lui restait plus que onze guerriers, dont certains n’étaient pas en très bonne condition physique. Quarante combattants dans les rangs de l’ennemi, cela faisait vraiment beaucoup.
Il fallait y ajouter les animaux des Beng, ces vermilions qui envahissaient toute la ville et qui constituaient un renfort de poids. Ils se promenaient en liberté dans Vengiboneeza et s’aventuraient fréquemment au beau milieu du campement du Peuple, endommageant les petites constructions, piétinant et éparpillant ce qui séchait au soleil, terrorisant les enfants. Koshmar savait qu’en cas de conflit ses guerriers devraient faire face aux Beng juchés sur ces monstres. Un tel affrontement eût été absurde.
Nous n’avons pas la moindre chance de vaincre, se dit-elle.
Un simple claquement de doigts leur suffira pour prendre la cité.
Il nous faut partir sans délai et oublier la prophétie du Livre de la Voie.
Non ! Non ! Non !
Koshmar demanda à Hresh de leur enseigner le Beng, pour le cas où les Hommes aux Casques deviendraient leurs ennemis. Rien n’était moins sûr, car ils se donnaient encore beaucoup de mal pour se montrer polis et même amicaux, mais, si un conflit devait éclater, il faudrait les espionner et comprendre ce qu’ils disaient. Hresh avait trouvé un moyen pour maîtriser leur langue, ce dont Koshmar n’avait jamais douté. Mais il prétendait ne pas être encore prêt à l’enseigner aux autres. Il affirmait avoir besoin de bases plus solides et d’un peu de temps pour analyser la langue et classifîer ses connaissances avant de pouvoir les faire partager à tous les membres de la tribu.
Pour Koshmar, il ne faisait aucun doute que Hresh mentait et qu’il était seulement désireux de leur cacher qu’il parlait couramment le Beng. Il avait toujours aimé rehausser son prestige et son pouvoir en gardant certaines choses pour lui. Mais le moment était venu pour Hresh de partager ce qu’il savait et Koshmar ne lui cacha pas qu’elle voyait clair dans son jeu.
— Encore quelques leçons avec Noum om Beng et je te promets, Koshmar, que je donnerai des cours. A tout le monde.
— Et nous apprendrons le Beng ?
— Oui, oui. Il n’y a pas de difficulté particulière, une fois que l’on a compris les principes de base.
— Pour toi, peut-être, Hresh.
— Nous parlerons tous le Beng comme des Beng, dit-il. Laisse-moi juste encore un peu de temps pour bien me familiariser avec la langue et je partagerai avec vous tout ce que je sais. C’est promis.
Koshmar le serra dans ses bras en souriant. Merveilleux Hresh ! Indispensable Hresh ! Comment auraient-ils fait sans lui pour surmonter toutes leurs difficultés ? Et quelle catastrophe pour la tribu s’il avait choisi de suivre Harruel et sa mère ! Mais Koshmar savait qu’elle ne l’aurait jamais laissé partir. Elle ne l’aurait pas toléré. Elle aurait accepté de se battre pour éviter son départ, au risque de sa vie, au risque de la survie de la tribu qui, sans Hresh, était perdue.
Ils parlèrent pendant quelque temps de l’empiétement des Beng sur leur territoire et des barrières édifiées de-ci de-là dans la cité. Hresh pensait que les Beng délimitaient certains endroits de la ville dans un but purement religieux et qu’il ne s’agissait pas pour eux d’affirmer leur droit sur les machines de la Grande Planète qui auraient pu s’y trouver. Mais ce n’était pas une certitude et il avait hâte de reprendre ses propres explorations dès que la situation deviendrait plus stable, de crainte que les Beng découvrent des machines qui pourraient être utiles au Peuple.
Un long silence s’établit. Mais il y avait un autre sujet que Koshmar tenait à aborder avec lui.
— Dis-moi, reprit-elle, tu as des problèmes avec Taniane ?
— Des problèmes ? demanda Hresh en détournant les yeux. A quoi penses-tu ?
— Tu as envie d’elle comme partenaire de couplage, n’est-ce pas ?
— Peut-être, répondit Hresh d’une voix sourde.
— Le lui as-tu demandé ?
— Une fois. Je m’y suis très mal pris.
— Tu devrais le lui demander une seconde fois.
Hresh avait l’air extrêmement mal à l’aise.
— Elle s’accouple avec Haniman, murmura-t-il.
— L’accouplement n’a rien à voir avec le couplage.
— Mais elle va prendre Haniman pour compagnon, non ?
— Ils ne m’en ont parlé ni l’un, ni l’autre.
— Ils vont le faire. Tout le monde forme des couples maintenant. Même…
Il s’interrompit brusquement.
— Continue, Hresh.
— Même Torlyri l’a fait pendant quelque temps, acheva-t-il, la mine piteuse. Mais je ne voulais pas…
— Tu n’as pas à t’excuser. Crois-tu donc que je n’étais pas au courant pour Torlyri et Lakkamai ? Mais c’est précisément ce que je voulais te dire. Même si Taniane s’unit à Haniman — je ne dis pas qu’elle le fera — cela n’a pas plus à voir avec le couplage que l’accouplement. Elle pourra quand même être ta partenaire de couplage, si c’est ce que tu désires. Mais c’est à toi de le lui demander. Ce n’est pas elle qui le fera, tu sais.
— Je te l’ai dit, je le lui ai déjà demandé une fois. Cela ne s’est pas bien passé.
— Renouvelle ta demande, Hresh.
— Il n’y a aucune raison que cela se passe mieux la deuxième fois. Si elle en a envie, pourquoi ne me le fait-elle pas comprendre ?
— Parce qu’elle a peur de toi, dit Koshmar.
Il releva brusquement la tête, les yeux brillant de surprise.
— Elle a peur ?
— Tu ne sais donc pas que tu es un être extraordinaire ? Tu ne crois pas que la force de ton esprit puisse faire peur ? Et le couplage est une union des esprits…
— Taniane aussi est forte, répliqua Hresh. Elle n’a rien à craindre d’un couplage avec moi.
— Oui, elle est forte.
Assez forte pour devenir le prochain chef ajouta-t-elle in petto. Mais elle devra encore patienter.
— Taniane ne sait pas qu’elle pourrait te tenir tête, reprit Koshmar. Je crois que si tu le lui demandais elle accepterait un couplage avec toi.
— Tu le crois vraiment, Koshmar ?
— Oui, je le crois vraiment. Mais ce n’est pas elle qui viendra te trouver. A toi de faire les premiers pas.
Hresh hocha longuement la tête. Koshmar avait l’impression de voir ses pensées s’entrechoquer avec violence dans son crâne.
— D’accord, je le lui demanderai, dit-il enfin. Et merci, Koshmar. Je suis sûr que cela marchera !
Il commença de s’éloigner, brûlant d’impatience.
— Hresh ?
— Oui ? dit-il en se retournant.
— Demande-le-lui, mais pas aujourd’hui. Attends un peu de t’être calmé. Prends le temps d’y réfléchir.
— Oui, dit-il en souriant. Tu es très perspicace, Koshmar, et tu t’entends tellement mieux que moi à ces choses.
Il prit les deux mains du chef et les serra très fort. Puis il sortit en courant et traversa l’esplanade.
Koshmar le regarda s’éloigner. Il est déjà très sage, songea-t-elle, et en même temps si jeune et si impulsif. Mais tout ira bien pour lui.
Il est si facile de venir en aide à autrui dans ce domaine, se dit Koshmar. Tournant la tête, elle aperçut Torlyri près de l’angle du mur du temple. Un Beng avait essayé d’engager la conversation avec elle et ils exécutaient tous deux une pantomime endiablée, où le rire semblait leur principal moyen de communication. Torlyri avait l’air de bien s’amuser. Koshmar avait remarqué qu’elle commençait à sortir de la profonde dépression où elle avait sombré après le départ de Lakkamai. Les tâches qui lui incombaient en sa qualité de femme-offrande devaient contribuer à l’aider et elle passait son temps à réconforter les autres et à dissiper les craintes qu’ils nourrissaient depuis le Jour de la Séparation et la venue des Hommes aux Casques.