La Bible amusante
- Автор: Таксиль Лео
- Год: 1904
- Язык: французский
- Жанр: Прочее юмористическое
Электронная книга - «La Bible amusante». Краткое содержание книги:
Quant à la famine qui désola trois ans le pays, du temps du roi David, rien ne fut si commun dans ce pays qu’une famine. Les livres saints parlent très souvent de famine; quand Abraham vint en Palestine, il y trouva la famine. Et nous verrons encore bien d’autres famines dans ce triste pays, où de tout temps il y eut plus de cailloux que de végétation.
On est, au surplus, bien surpris d’apprendre que Dieu lui-même dit à David que cette famine était envoyée à cause de Saül, qui était mort si longtemps auparavant, et parce que Saül avait eu des mauvaises intentions contre un peuple qui n’était pas le peuple de Dieu. Si cet épisode était vrai, il faudrait dire, avec tous les critiques, que, des nombreux crimes de David, celui-ci est le plus exécrable. On n’y trouve l’excuse d’aucun égarement passionnel. C’est une infamie d’avoir fait pendre, sous un infâme prétexte, deux fils illégitimes de Saül, qui n’étaient pas et ne pouvaient pas être des compétiteurs; et, puisqu’il avait repris Mical depuis plusieurs années, Mical de qui il avait plutôt à se faire pardonner ses nombreux adultères, David agissait avec une cruauté ignoble en livrant aux Gabaonites, pour être suppliciés, les enfants que son épouse avait eus d’un autre, à l’époque où il l’abandonna pour Abigaïl et Achinoam. A l’infamie se joint l’absurdité: en effet, il livre ces sept innocents à un tout petit peuple qui ne devait nullement être à craindre, puisqu’alors David est supposé vainqueur de tous ses ennemis.
Il y a dans cette action, disent les critiques (lord Bolingbroke, Huet, Fréret, Voltaire), non seulement une barbarie qui ferait horreur aux sauvages, mais une lâcheté dont le plus vil de tous les hommes ne serait pas capable. A cette lâcheté et à cette cruauté, David ajoute encore le parjure; car il avait juré à Saül de ne jamais ôter la vie à qui que ce fut de sa descendance. Si, pour excuser ce parjure, les théologiens viennent nous dire qu’il ne pendit pas lui-même les fils de Ritspa et de Mical, mais qu’il les donna aux Gabaonites pour les pendre, cette excuse est aussi lâche que la conduite de David même et augmente encore sa scélératesse. De quelque côté qu’on se tourne, on ne trouve, dans toute cette sainte histoire de l’oint chéri de Dieu, que l’assemblage de tous les crimes, de toutes les perfidies, de toutes les infamies, au milieu de toutes les contradictions.
Le chapitre 21 se termine par la narration de la défaite de quatre géants philistins, dont l’un était
«un homme non seulement extraordinaire par sa taille, mais aussi parce qu’il avait vingt-quatre doigts, six doigts à chaque main et à chaque pied.» (v. 20)
Le chapitre 22 contient un cantique de David. Autre cantique dans le chapitre suivant; celui-ci nous cite quelques vaillants traits de divers compagnons du roi.
«Bénaja, fils de Joïada, très courageux homme de Kabsaël, se signala par de grands exploits. Il tua deux des plus puissants guerriers de Moab. Il tua aussi un Égyptien, qui était un fort bel homme et qui avait une formidable hallebarde; Benaja vint contre lui avec un bâton, dont il lui donna un coup sur la main; ainsi le géant égyptien lâcha sa hallebarde, que le capitaine de David prit très adroitement et avec laquelle il le transperça. Un autre jour, par un temps de neige, Bénaja vit un lion énorme qui se roulait dans la neige, et Bénaja n’eut aucune crainte; le lion, dans sa boule de neige, tomba au fond d’une fosse; alors, Bénaja descendit dans la fosse et tua le lion. Voilà ce que fit Bénaja, capitaine de David, et il fut illustre parmi les plus vaillants.» (23:20-22)
Il est regrettable que l’auteur sacré ait négligé de dire en quelle contrée se passa cette aventure, véritablement cocasse, du lion s’empêtrant dans une boule de neige; la neige est si rare aux pays où vivent les lions, que Bénaja eut raison de ne pas perdre de temps pour occire le fauve; sans cela, il eût couru le risque de voir cette neige providentielle bientôt fondue!
Désirant savoir le nombre de ses sujets, David, inspiré par Dieu, se dit un jour: Faisons le dénombrement d’Israël et Juda. Cette opération, aussi longue que peu folichonne, ne fut terminée qu’au bout de neuf mois et vingt jours (24:8).
«Joab donna le recensement du peuple au roi, et il se trouva que les tribus d’Israël comptaient dans leur sein huit cent mille hommes robustes tirant l’épée, et que Juda comptait cinq cent mille combattants.» (v. 9)
Le dénombrement n’était pas plus tôt terminé que David comprit qu’en y faisant procéder il avait commis un grand péché. La Bible ne dit pas en quoi le fait de cette statistique était un acte de nature à provoquer le courroux de Jéhovah; mais elle nous montre néanmoins papa Bon Dieu très irrité.
«Jéhovah envoya donc vers le roi le prophète Gad, qui était le devin, le voyant de David. Gad dit au roi de la part de l’Éterneclass="underline" J’apporte trois choses contre toi; choisis l’une des trois, afin que je te la fasse. Que veux-tu qu’il t’arrive? ou sept ans de famine sur ton pays? ou que tu fuies pendant trois mois entiers devant tes ennemis victorieux? ou trois jours de peste dans ton royaume? Réfléchis bien, et vois ce que tu veux que je réponde à Dieu qui m’a envoyé.» (24:11-13)
Cette première partie nécessite quelques observations importantes. D’abord, le texte même dit expressément (v. 1) que c’est Dieu qui, «ayant sa colère allumée contre Israël, incita David à faire ce dénombrement»; or, Dieu s’irrite ensuite davantage et arrête qu’il y a lieu de déchaîner un fléau, pour punir ce qu’il a fait faire. Voilà donc Dieu représenté, une fois de plus, par l’Ecriture Sainte, comme ennemi du genre humain et prenant plaisir à faire tomber les hommes dans ses pièges. Secondement, le Seigneur a lui-même ordonné trois dénombrements dans le Pentateuque. Troisièmement, rien n’est plus utile et plus sage, comme rien n’est plus difficile, que de faire le recensement exact d’une nation; et non seulement cette opération de David est prudente, mais elle est sainte, puisqu’en cela il obéit à l’inspiration de Dieu. Quatrièmement, tous les critiques crient à l’exagération, à l’imposture, au ridicule, d’admettre à David un million trois cent mille soldats dans un si petit pays: ce qui ferait, en comptant seulement pour soldats le cinquième du peuple, six millions cinq cent mille habitants, sans compter les Cananéens et les Philistins, qui venaient tout récemment de livrer quatre batailles à David, et qui étaient répandus dans toute la Palestine. Cinquièmement, le livre des Chroniques, qui fait aussi canoniquement partie de la Bible, et qui contredit très souvent les autres ouvrages de même inspiration divine, compte quinze cent soixante-et-dix mille soldats; ce qui monterait à un nombre bien plus prodigieux encore et bien plus incroyable. Sixièmement, les critiques pensent qu’il y a une affectation puérile, grotesque, indigne de la majesté de Dieu, d’envoyer le prophète Gad au prophète David pour lui donner à choisir l’un des trois fléaux pendant sept ans, ou pendant trois mois, ou pendant trois jours; ils trouvent dans cette cruauté céleste une dérision, et je ne sais quel caractère de conte oriental qui ne devrait pas être dans un livre où l’on fait agir et parler Dieu à chaque page.
Voyons maintenant quel fut le choix du roi.
«David répondit à Gad: Je suis dans une grande perplexité; mais il vaut mieux tomber, par la peste, entre les mains de Dieu, qui est miséricordieux, qu’entre les mains des hommes. Aussitôt Dieu envoya la peste en Israël; et en trois jours, depuis Dan jusqu’à Deer-Scébah, il mourut soixante-et-dix mille mâles. Or, comme l’ange de la mort étendait encore sa main sur Jérusalem pour ravager cette ville, le Seigneur se repentit d’avoir envoyé le fléau, et il dit à l’ange qui détruisait le peuple: Allons, c’est assez maintenant, retire ta main.