Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Серия: Majipoor (fr) #6
- Год: 2000
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2-221-08929-4
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]». Краткое содержание книги:
Prestimion a décidé de rendre la paix à la planète géante et d’effacer de toutes les mémoires, avec l’aide de deux mages, le souvenir du conflit atroce et de tous ceux qui ont péri. Seuls deux de ses compagnons d’armes et lui-même en garderont la trace indélébile dans leurs souvenirs.
Mais comment Prestimion pourrait-il exulter de joie durant la cérémonie de son couronnement alors que ce secret lui pèse ? Et comment pourrait-il prendre femme comme le doit un Coronal alors qu’il demeure obsédé par l’image de Thismet ?
Pire, le charme d’oubli a creusé dans les esprits un vide insidieux que vient souvent remplir la folie. La sédition gronde. La violence menace à nouveau de ravager Majipoor.
Prestimion saura-t-il guérir les peuples dont il a la charge, et se sauver lui-même en retrouvant l’amour ?
— Il y a donc du vrai dans les récits des voyageurs ? demanda Varaile. Ce désert hanté abrite réellement des esprits qui volent les rêves ?
— D’une certaine manière, madame. Je vais bientôt vous expliquer ce qu’il en est.
Ils étaient arrivés aux confins du désert et suivaient le lit d’un cours d’eau depuis longtemps disparu, sur un sol accidenté, maintes fois bouleversé par des séismes. Le terrain s’élevait lentement vers le sud-ouest, en direction de deux pics entre lesquels se trouvait le Pas de Munnerak, la porte de la région d’élevage, plus fraîche et plus verte. Encore quelques jours et il serait à Ghyzyn Kor.
Mais le rêve le plus terrible était encore à venir. Il ne voulut pas donner de détails à Varaile, se contentant de dire qu’il l’avait mis face à l’unique action dont il avait honte, le péché qui l’avait envoyé en pénitence à Suvrael. Il fut contraint de le revivre étape par étape dans son sommeil, jusqu’à ce que le cauchemar culmine en une scène d’une effroyable intensité dont le souvenir le faisait encore frissonner et blêmir. Il avait éprouvé une douleur térébrante, la sensation insupportable d’une aiguille de lumière s’enfonçant dans son cerveau.
— J’ai entendu un coup de gong lointain, poursuivit Dekkeret, et le rire d’un démon tout proche. Quand j’ai ouvert les yeux, j’étais presque fou de douleur et de désespoir. Et puis j’ai aperçu Barjazid, à moitié caché derrière le flotteur. Il venait de retirer une sorte de mécanisme qu’il portait autour du front et s’efforçait de le dissimuler dans ses bagages.
— C’est lui qui provoquait les rêves ? demanda Varaile, stupéfaite.
— Vous avez l’esprit vif, madame ! C’est lui, en effet. Avec un appareil qui lui permettait de pénétrer dans les esprits et de transformer les pensées. Bien plus puissant que les machines qu’utilise la Dame de l’île qui, elle, ne peut que s’adresser à l’esprit des dormeurs alors que l’appareil de Barjazid pouvait en prendre le contrôle. Il a reconnu tout cela, de mauvais gré, quand j’ai exigé la vérité. C’était un appareil de son invention, sur lequel il travaillait depuis plusieurs années.
— Et qu’il expérimentait sur l’esprit des voyageurs qu’il emmenait dans le désert ?
— Exactement, madame.
— Vous avez bien fait de demander à voir le Coronal pour lui raconter cela, Dekkeret. Cet appareil est dangereux ; il ne faut plus qu’il soit utilisé.
— C’est réglé, madame, déclara Dekkeret, le visage rayonnant de satisfaction. J’ai réussi à faire prisonnier Barjazid et son fils, et j’ai pris leur appareil. Je les ai amenés au Château. Lord Prestimion, je l’espère, sera satisfait. Je le souhaite de tout cœur, madame, car rien n’est plus important pour moi que de satisfaire lord Prestimion !
5
— Il s’appelle Dekkeret, dit Varaile. Un chevalier-novice, très jeune, pas bien dégrossi mais destiné, je pense, à de grandes choses.
Prestimion éclata de rire. Ils se trouvaient dans la salle du trône de Stiamot, en compagnie de Gialaurys. Prestimion n’était de retour au Château que depuis une heure et Varaile avait tenu à lui raconter cette histoire comme s’il n’y avait rien de plus important au monde.
— Je connais bien Dekkeret, fit-il. Il m’a sauvé la vie à Normork, il y a un certain temps, le jour où un dément armé d’une faucille a surgi de la foule pour se jeter sur moi.
— C’est vrai ? Il ne m’en a pas parlé.
— Le contraire m’aurait fort étonné.
— L’histoire qu’il m’a racontée est véritablement stupéfiante, Prestimion.
— Voyons si j’ai bien compris, fit Prestimion qui n’avait écouté que d’une oreille distraite, quand elle eut terminé. Il était en mission à Zimroel avec Akbalik, cela je le sais, puis, pour une raison qui n’a jamais été claire pour moi, il est parti seul à Suvrael. Tu me dis maintenant qu’il est revenu en rapportant un appareil… qui sert à quoi exactement ?
— À prendre le contrôle de l’esprit des gens. Une invention d’un petit contrebandier minable, du nom de Barjazid, qui propose de guider les voyageurs dans le désert, mais qui, en réalité…
— Barjazid ? coupa Prestimion. Ce nom me dit quelque chose. Je sais que je l’ai entendu, mais je ne me souviens plus où.
— Un petit bonhomme louche, au regard torve et à la peau parcheminée, qui est resté deux ans au service du duc Svor, glissa Gialaurys. Très fuyant, ce Barjazid, comme l’était Svor. Tu l’as toujours détesté.
— Oui, cela me revient… C’était juste après le petit problème à Thegomar Edge, quand nous avons arrêté ce sorcier Vroon flagorneur, Thalnap Zelifor, qui avait inventé des appareils pour lire dans la pensée des gens et vendait sans scrupule ses services aux deux camps…
— Exactement, fit Gialaurys. Barjazid était là par hasard et tu lui as demandé d’escorter le Vroon avec son attirail diabolique jusqu’à Suvrael où il resterait en exil. C’est là, sans doute, qu’il s’est débarrassé du Vroon à la première occasion et s’est approprié le matériel du petit sorcier. Où as-tu dit que Barjazid se trouvait, Varaile ?
— Dans les tunnels de Sangamor. Il y est enfermé avec son fils.
Prestimion éclata d’un rire sonore.
— Comme c’est amusant ! La boucle est bouclée ! C’est dans les tunnels que j’ai fait la connaissance de Thalnap Zelifor. Nous étions enchaînés côte à côte.
Au regard interrogateur de Varaile, Prestimion comprit que l’évocation des épisodes de la guerre civile la plongeait dans une profonde perplexité.
— Je te raconterai cela une autre fois, lui dit-il. Pour ce qui est de ce matériel, j’y jetterai un coup d’œil dès que j’aurai le temps. Un appareil qui permet de contrôler les esprits ?… J’imagine que, tôt ou tard, cela pourra nous être utile.
— Mieux vaudrait tôt que tard, à mon avis, fit Varaile.
— Je t’en prie. Je ne cherche pas à minimiser son importance, mais il y a bien d’autres choses à régler avant.
Il sourit pour adoucir le ton de ses paroles, mais sans essayer de dissimuler son agacement.
— Je m’en occuperai le moment venu, reprit-il.
— Et le prince Dekkeret ? insista Varaile. Ne mérite-t-il pas une récompense pour avoir attiré notre attention sur cette affaire ?
— Le prince Dekkeret ? Oh ! non ! Il n’est pas encore anobli ! Ce n’est qu’un jeune homme de Normork qui commence à faire son chemin dans la hiérarchie du Château. Mais tu as raison : il mérite une récompense. Qu’en dis-tu, Gialaurys ? Nous le faisons grimper de deux échelons ? Oui, très bien. S’il est au deuxième échelon, comme je le crois, faisons-le passer au quatrième. À condition qu’il ait surmonté la crise morale qui l’a envoyé à Suvrael.
— S’il n’y était pas allé, Prestimion, observa Varaile, il n’aurait jamais mis la main sur cet appareil.
— Tu as raison. Mais rien ne prouve qu’il aura une véritable utilité. Quant à cette histoire de Dekkeret à Suvrael, j’avoue qu’elle me chiffonne ; il était censé travailler pour nous à Ni-moya, non s’embarquer pour de mystérieuses aventures à titre privé. Je ne veux pas qu’il recommence… Et maintenant, poursuivit-il, tandis que Gialaurys sortait en s’inclinant, il y a un autre sujet qu’il nous faut aborder, Varaile.
— Lequel ?
— Un nouveau voyage à entreprendre bientôt.
Une ombre de déplaisir passa sur le visage de Varaile.
— Tu veux déjà repartir, Prestimion ?
— Pas tout seul ; nous deux. Cette fois, tu m’accompagnes.