Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Серия: Majipoor (fr) #6
- Год: 2000
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2-221-08929-4
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]». Краткое содержание книги:
Prestimion a décidé de rendre la paix à la planète géante et d’effacer de toutes les mémoires, avec l’aide de deux mages, le souvenir du conflit atroce et de tous ceux qui ont péri. Seuls deux de ses compagnons d’armes et lui-même en garderont la trace indélébile dans leurs souvenirs.
Mais comment Prestimion pourrait-il exulter de joie durant la cérémonie de son couronnement alors que ce secret lui pèse ? Et comment pourrait-il prendre femme comme le doit un Coronal alors qu’il demeure obsédé par l’image de Thismet ?
Pire, le charme d’oubli a creusé dans les esprits un vide insidieux que vient souvent remplir la folie. La sédition gronde. La violence menace à nouveau de ravager Majipoor.
Prestimion saura-t-il guérir les peuples dont il a la charge, et se sauver lui-même en retrouvant l’amour ?
Le visage de Varaile s’éclaira aussitôt.
— Je préfère ça ! Et où allons-nous ? À Bombifale, peut-être ? J’aimerais tellement voir Bombifale. Ou à Amblemorn ? Il paraît que la ville est pittoresque, avec des ruelles sinueuses et de vieilles rues pavées… J’ai toujours rêvé d’aller à Amblemorn, Prestimion.
— Nous allons plus loin, Varaile. Beaucoup plus loin ; jusqu’à l’île du Sommeil. Je n’ai pas vu ma mère depuis les fêtes du couronnement et elle ne connaît pas ma femme. Elle a envie de te rencontrer. Et il y a des choses importantes dont elle veut m’entretenir. Nous prendrons le bateau qui descend le Iyann jusqu’à Alaisor, d’où nous embarquerons pour l’île. À cette époque de l’année, c’est le meilleur itinéraire.
— Quand partons-nous ? demanda Varaile.
— Une semaine ? Une dizaine de jours ? Cela te convient ?
— Bien sûr, fit-elle en souriant, un peu déçue peut-être. Décidément, le Coronal n’a pas souvent l’occasion de rester longtemps chez lui, n’est-ce pas, Prestimion ?
— J’aurai tout le temps plus tard, répondit-il. Quand je serai Pontife et que je résiderai au fond du Labyrinthe.
Dans la cité de Stoien, à la pointe de la péninsule de Stoienzar, Akbalik feuilletait avec lassitude une épaisse liasse de documents maritimes, manifestes de cargaison, listes des passagers et autres, à la recherche d’un indice lui permettant de trouver la piste de Dantirya Sambail. Il faisait la même chose tous les jours depuis trois mois. Une copie du moindre document concernant de près ou de loin les navires faisant la traversée entre Alhanroel et Zimroel arrivait au centre de renseignement qu’Akbalik, sur l’ordre de Septach Melayn, avait établi à Stoien. Il en savait plus qu’il ne l’aurait jamais imaginé sur le prix du quintal de racine de ghumba ou le coût de l’assurance d’une cargaison de baies de thuyol contre les dégâts causés par les klegworms. Mais il n’avait absolument rien trouvé sur Dantirya Sambail.
Les dépêches qu’il envoyait chaque semaine au Château devenaient de plus en plus laconiques et revêches. Akbalik vivait en province depuis de longs mois ; il commençait à se dire que cette succession de journées inutiles au milieu d’inconnus ennuyeux comme la pluie n’en finirait jamais. Tout le monde vantait son égalité d’humeur, mais il touchait à ses limites. La vie du Château lui manquait par trop. Il ne se passait rien dans ces villes de province ; il était temps, plus que temps de rentrer au Château, comme il l’avait demandé explicitement dans ses deux dernières dépêches.
Mais il n’avait pas reçu de réponse. Septach Melayn devait être trop occupé à travailler ses bottes les plus imprévisibles pour lire sa correspondance. Il avait aussi envoyé une missive à Gialaurys, mais c’était comme s’il avait écrit à la statue de lord Stiamot. Quant au Coronal, Akbalik avait appris qu’il se rendait dans l’île du Sommeil pour présenter sa jeune épouse à sa mère ; il devait se trouver en ce moment sur le Iyann. à mi-chemin entre le Mont et Alaisor. Il n’y avait donc, semblait-il, aucun espoir d’un rappel. Akbalik était condamné à rester dans ce bureau et à éplucher jour après jour ces montagnes de documents.
Pour quelqu’un qui était exilé en province, Stoien avait au moins l’avantage d’être une cité attrayante. Elle bénéficiait d’un climat idéal, avec un temps estival d’un bout à l’autre de l’année, un air limpide et un ciel sans nuages, une légère brise de mer du milieu de la matinée au milieu de l’après-midi, des soirées douces et une averse nocturne délicieusement rafraîchissante ponctuellement à minuit. La cité avait la forme d’un long ruban s’étirant sur plus de cent cinquante kilomètres le long de la baie abritant son grand port, ce qui permettait à une population de plus de neuf millions d’habitants d’y vivre sans avoir l’impression d’être tassés les uns sur les autres. Et c’était un plaisir pour l’œil. La péninsule de Stoienzar étant totalement plate, au point de ne jamais s’élever à plus de six mètres au-dessus du niveau de la mer, les habitants de Stoien avaient introduit une variété topographique dans leur cité en exigeant que chaque construction repose sur une plate-forme de brique habillée de pierre blanche et en imposant une grande diversité dans la dimension des plate-formes. Certaines ne dépassaient pas trois à quatre mètres de hauteur, d’autres, en retrait par rapport à la côte, s’élevaient à plusieurs dizaines de mètres.
Certains bâtiments d’une importance particulière se dressaient seuls, très haut au-dessus du niveau de la rue, sur des fondations qui leur étaient propres. Ailleurs, des quartiers entiers partageaient un socle géant. Le regard était sans cesse en mouvement, sollicité par ces plaisantes alternances de hauteur. Et l’effet de toute cette brique était adouci par une profusion d’arbustes et de plantes grimpantes se développant avec une luxuriance tropicale au pied de chaque plate-forme, s’accrochant le long des rampes qui donnaient accès aux niveaux supérieurs et sur les murs les plus élevés. Ces plantations exubérantes présentaient d’éblouissantes couleurs, non seulement l’infinité de nuances du vert de leur feuillage, mais toute la palette de leurs fleurs innombrables – indigo, écarlate, vermillon, violet ou couleur topaze.
Oui, c’était une belle ville. De son bureau du port, dans le bâtiment des douanes, Akbalik avait une vue magnifique sur la baie aux eaux d’un bleu pâle et parfaitement lisses. Quand il se tournait vers le nord, sa vue portait à des centaines, voire des milliers de kilomètres jusqu’à ce que l’horizon forme sur la large courbe de la planète une mince ligne grise. Mais Akbalik avait le mal du pays. Il commença à rédiger dans sa tête une nouvelle missive destinée à Septach Melayn.
« Cher ami et vénéré Haut Conseiller. Quatre mois se sont écoulés depuis mon arrivée à Stoien, à votre requête. Pendant tout ce temps, j’ai loyalement et diligemment œuvré à…»
— Prince Akbalik ? Veuillez m’excuser, prince…
C’était Odrian Kestivaunt, le Vroon qui lui servait de secrétaire. Le petit être se tenait sur le pas de la porte, agité comme à son habitude, sa multitude de tentacules s’enroulant et se déroulant nerveusement d’une manière qu’Akbalik avait mis un certain temps à supporter. Il apportait un nouveau paquet de paperasses.
— Encore de la lecture, Kestivaunt ? fit Akbalik, le visage fermé.
— J’ai déjà parcouru ces papiers, prince Akbalik. Et j’ai découvert quelque chose de fort intéressant. Les documents concernent plusieurs cargos partis ces quinze derniers jours de différents ports de la péninsule à destination de Zimroel. Si vous me permettez, prince…
Kestivaunt entreprit de disposer les documents sur le bureau comme les cartes d’un jeu de solitaire. Akbalik vit qu’il s’agissait de manifestes de cargaison, de longues listes de marchandises agrémentées de commentaires des capitaines sur leur état le jour du chargement, la qualité du conditionnement et autres notes de cet ordre.
Le regard d’Akbalik se posa sur les épaules tombantes du Vroon qui continuait d’étaler ses feuilles. Tant de quintaux de lotus-miel, tant de sacs de gomme de madarate, tant de livres d’orokhalk, tant d’herminettes, d’alênes, de manches de hache, de bâts, de marteaux…
— Est-il vraiment nécessaire de faire cela, Kestivaunt ?
— Encore un moment, je vous en conjure, mon bon prince. Voilà… J’attire maintenant votre attention sur la septième ligne du premier manifeste. Voyez-vous ce qui est écrit ?
— Anyvug ystyn ripliwich raditix, lut Akbalik en ouvrant de grands yeux. Oui, je vois, mais je n’y comprends rien. C’est écrit en langue Vroon ?
— Plutôt du Skandar qu’autre chose, à mon avis. Mais cela ne ressemble guère non plus à du Skandar. Je ne pense pas que ce soit une langue parlée sur Majipoor. Mais ce n’est pas tout, prince : si vous voulez bien regarder la dixième ligne de ce deuxième manifeste.