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Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]

Электронная книга - «Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]». Краткое содержание книги:

Vainqueur de la guerre des Sorciers, Prestimion, qui a manqué d’y perdre la vie, a payé chèrement le titre de Coronal. La fine fleur de Majipoor a été décimée, le monde ravagé, et la belle Thismet, la grande passion de Prestimion, est morte dans les combats.
Prestimion a décidé de rendre la paix à la planète géante et d’effacer de toutes les mémoires, avec l’aide de deux mages, le souvenir du conflit atroce et de tous ceux qui ont péri. Seuls deux de ses compagnons d’armes et lui-même en garderont la trace indélébile dans leurs souvenirs.
Mais comment Prestimion pourrait-il exulter de joie durant la cérémonie de son couronnement alors que ce secret lui pèse ? Et comment pourrait-il prendre femme comme le doit un Coronal alors qu’il demeure obsédé par l’image de Thismet ?
Pire, le charme d’oubli a creusé dans les esprits un vide insidieux que vient souvent remplir la folie. La sédition gronde. La violence menace à nouveau de ravager Majipoor.
Prestimion saura-t-il guérir les peuples dont il a la charge, et se sauver lui-même en retrouvant l’amour ?
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— C’est un travail infernal dans un lieu horrible, conclut-il. Et ils font cela tout le long du jour ! Ces énormes quantités de roche pour produire si peu d’or ! Si seulement il y en avait plus, nous trouverions peut-être un moyen de le convertir en fer ou en cuivre, mais il faut nous contenter de ce métal précieux utilisé dans un but purement décoratif.

— Et après Sethem, demanda Prestimion, où es-tu allé ?

— Nous avons poursuivi notre route vers l’Orient, dans la province de Kinorn qui, sans être tout à fait un désert, est loin d’être agréable à traverser, car d’anciens plissements ont formé une succession de montagnes. Nous les avons franchies, crête après crête ; devant nous s’en dressait toujours une nouvelle et nous étions secoués dans nos flotteurs comme sur une mer démontée. Tu vois cette marque sur ma joue, Prestimion… je me suis cogné la tête quand notre flotteur s’est retourné et j’ai cru que ma dernière heure était arrivée. Quelques villages avaient été fondés dans la région – seul le Divin sait pourquoi –, dont les habitants vivaient des produits de la terre et semblaient ignorer tout ou presque du reste du monde. Ils parlaient un dialecte difficile à comprendre. Pour eux, Zimroel était un mythe et son Procurateur démoniaque un inconnu. Ils prétendaient connaître des endroits tels que les Cinquante Cités du Mont, Alaisor ou Stoien, Sintalmond ou Sisivondal, mais, à l’évidence, ce n’étaient pour eux que des noms. Je me suis quand même renseigné sur Skakkenoir, ils ont dit oui, oui, en souriant, et montré la direction de l’est. Ils prononçaient le nom avec des intonations barbares que je n’ai jamais réussi à imiter. Ils ont dit aussi que le sol y était rouge vif. Le rouge du fer, Prestimion.

— Et, bien sûr, le délai de six mois expirait précisément à ce moment-là, glissa Prestimion en manière de plaisanterie. Il t’a donc fallu faire demi-tour sans poursuivre tes recherches plus avant.

— Comment le sais-tu ? C’est exactement ce qui s’est passé ! Comme il restait quelques jours avant l’échéance des six mois, nous avons quand même fait un bout de chemin. Et regarde, Prestimion !

Abrigant plongea de nouveau la main dans son sac ; il en sortit trois petites fioles remplies de sable rouge et une quatrième qui contenait des feuilles séchées et effritées.

— Fais analyser ce sable, Prestimion ; je pense que tu trouveras qu’il contient du fer. Et les feuilles : peut-être viennent-elles des plantes métallifères de Skakkenoir ? Pour ma part, je le crois. Il n’y avait qu’une bande de terre rouge, pas plus de cinq ou six mètres de large et qui disparaissait aussitôt : juste une petite langue affleurant sur le sol de Skakkenoir. Et une demi-douzaine de plantes maigrelettes poussant sur cette langue rouge. La vraie richesse était encore plus à l’est, j’en ai la conviction. Mais j’avais fait le serment de rebrousser chemin le premier jour du septième mois et ce jour était arrivé.

J’étais tout près, j’en suis sûr. Mais j’avais promis de rentrer.

— Ça va, Abrigant. J’ai compris.

Prestimion ouvrit la fiole contenant les feuilles et en prit une. Elle ressemblait à une feuille séchée que l’on utilise pour la cuisine et n’avait rien de métallique. Il aurait mieux valu, sans doute, essayer d’extraire de l’or des arbres tapissant les collines d’Arvyanda, qui réfléchissaient la lumière dorée du soleil, que du fer de ce fragment végétal racorni qu’il tenait à la main. Mais il la ferait quand même analyser.

— Et voilà, Prestimion, les mines de Skakkenoir s’offrent à toi. C’est un paysage tellement laid et hostile, avec cette chaleur accablante et ce terrain en montagnes russes, que je comprends pourquoi les autres explorateurs ont baissé les bras. Mais peut-être n’étaient-ils pas aussi avides que moi de découvrir le pays du fer. La grande source de prospérité du règne de Prestimion se trouve dans ces quatre fioles.

— Souhaitons-le, Abrigant. Je vais les faire analyser dès aujourd’hui. Mais même si elles contiennent du fer, qu’est-ce que cela prouvera ? Un peu de sable rouge et une poignée de feuilles ne nous mèneront pas très loin. Skakkenoir n’a toujours pas été découverte.

— C’était juste derrière la colline suivante, Prestimion ! Je le jure !

— Comment peux-tu donc en être sûr ?

— J’y retournerai pour en avoir le cœur net, déclara Abrigant, le regard noir. Avec des flotteurs plus gros et des hommes en plus grand nombre. Et sans délai de six mois, cette fois. Le pays est inhospitalier au possible, mais j’y retournerai, si tu m’autorises à monter une seconde expédition. Et je rapporterai tout le fer dont tu pourras avoir besoin.

— D’abord l’analyse chimique de tes échantillons, mon frère. Ensuite, nous parlerons d’une seconde expédition.

Au moment où Abrigant s’apprêtait à répliquer avec vivacité, on frappa discrètement à la porte. Toc, toc, toc ! C’était Varaile. De la main, Prestimion imposa silence à son frère et se leva pour ouvrir.

Elle se jeta aussitôt dans ses bras ; ce n’est que lorsqu’ils s’écartèrent l’un de l’autre qu’elle remarqua qu’il n’était pas seul.

— Excuse-moi, Prestimion. Je ne savais pas que tu étais…

— Je te présente mon frère Abrigant, de retour parmi nous après un pénible voyage dans le Grand Sud où il cherchait le pays du fer. Il a apparemment été fort surpris de découvrir que j’avais convolé en son absence. Abrigant, je te présente Varaile, mon épouse.

— Mon frère, dit-elle sans hésiter. Je suis heureuse de voir que vous êtes revenu sain et sauf !

Elle s’avança vers lui et l’étreignit presque aussi chaleureusement qu’elle l’avait fait avec Prestimion.

Abrigant parut décontenancé par la chaleur sincère et spontanée de son accueil ; il se raidit dans un premier temps, puis la serra à son tour dans ses bras. Quand il la lâcha, il avait les yeux brillants et son visage au teint pâle était rouge de confusion et de plaisir. Il était évident que Varaile l’avait conquis en un instant, qu’il était impressionné par la beauté et la noble prestance de la jeune épouse de son frère.

— J’étais justement en train de dire à lord Prestimion, déclara Abrigant, que je regrettais profondément d’avoir manqué votre mariage. Je suis son frère cadet le plus proche par l’âge et j’aurais eu grand plaisir à être à ses côtés.

— Lui aussi a regretté votre absence, fit Varaile. Mais il était possible que vous ne soyez pas de retour avant longtemps et personne ne pouvait savoir quand. Voilà pourquoi nous avons estimé préférable de ne pas attendre.

— Je comprends, fit Abrigant avec une légère inclination de tête.

Il n’aurait pu être plus courtois ; la colère qui bouillonnait en lui quelques minutes plus tôt s’était évanouie.

— Je pense que notre conversation est terminée, reprit-il en se tournant vers Prestimion… Avec ta permission, je vais me retirer dans mes appartements et te laisser avec ton épouse.

Il avait les yeux brillants et l’éclat de ce regard était aussi révélateur pour Prestimion que s’il lisait à livre ouvert dans les pensées de son frère. Il signifiait : tu as bien choisi, mon frère. Cette femme est de la race des reines !

— Non, non, glissa Varaile, je ne faisais que passer. Je ne veux pas interrompre votre discussion. Vous devez encore avoir beaucoup à vous dire.

Elle envoya un baiser à Prestimion du bout des doigts et se dirigea vers la porte.

— Déjeunerons-nous dans la Cour Pinitor, comme d’habitude, monseigneur ?

— Je pense, répondit Prestimion. Abrigant se joindra peut-être à nous.

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