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Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]

Электронная книга - «Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]». Краткое содержание книги:

Vainqueur de la guerre des Sorciers, Prestimion, qui a manqué d’y perdre la vie, a payé chèrement le titre de Coronal. La fine fleur de Majipoor a été décimée, le monde ravagé, et la belle Thismet, la grande passion de Prestimion, est morte dans les combats.
Prestimion a décidé de rendre la paix à la planète géante et d’effacer de toutes les mémoires, avec l’aide de deux mages, le souvenir du conflit atroce et de tous ceux qui ont péri. Seuls deux de ses compagnons d’armes et lui-même en garderont la trace indélébile dans leurs souvenirs.
Mais comment Prestimion pourrait-il exulter de joie durant la cérémonie de son couronnement alors que ce secret lui pèse ? Et comment pourrait-il prendre femme comme le doit un Coronal alors qu’il demeure obsédé par l’image de Thismet ?
Pire, le charme d’oubli a creusé dans les esprits un vide insidieux que vient souvent remplir la folie. La sédition gronde. La violence menace à nouveau de ravager Majipoor.
Prestimion saura-t-il guérir les peuples dont il a la charge, et se sauver lui-même en retrouvant l’amour ?
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Puis il sembla décider qu’il ne risquait rien à lui raconter son histoire. Après quelques tentatives maladroites qui tournèrent court, il se lança dans un long récit.

Il avait accompagné à Zimroel le prince Akbalik, chargé d’une mission diplomatique. On ne lui avait confié aucune responsabilité ; le but de ce voyage était pour Dekkeret d’acquérir un peu d’expérience, car il n’avait été remarqué par le Coronal que peu de temps auparavant. Après avoir passé quelque temps à Ni-moya, il avait choisi, pour des raisons qu’il ne semblait pas pouvoir exprimer très clairement, d’être transféré à titre provisoire dans les services du Pontificat et s’était embarqué pour Suvrael en ayant pour mission de faire la lumière sur un problème d’exportations de viande.

— Suvrael ? fit Varaile, étonnée. Quelle horreur d’être envoyé là-bas !

— À ma demande, madame. C’est un continent inhospitalier, je sais. Mais j’éprouvais le besoin de passer quelque temps dans un endroit de ce genre. Ce serait trop compliqué à expliquer.

Varaile eut l’impression qu’il avait volontairement cherché à vivre dans l’inconfort, une manière de purification peut-être, un acte de pénitence. Elle avait de la peine à comprendre cela. Mais elle ne chercha pas à le questionner plus avant.

Dekkeret expliqua que sa mission à Suvrael consistait à se rendre à Ghyzyn Kor, le centre de la région d’élevage, pour essayer de découvrir les raisons de la chute récente des exportations de viande bovine. Ghyzyn Kor se trouvait au cœur d’une zone de pâturages fertiles, à l’abri des montagnes, à mille kilomètres à l’intérieur des terres du continent torride, cernée par le plus aride des déserts. Dès son arrivée dans le port de Tolaghai, sur la côte nord-ouest de Suvrael, Dekkeret avait compris qu’il ne serait pas facile de s’y rendre. On lui expliqua qu’il existait trois itinéraires principaux. L’un d’eux était ravagé par de violentes tempêtes de sable qui le rendaient impraticable ; un autre était interdit à cause de bandits Changeformes qui rançonnaient les voyageurs. Le troisième, une route difficile en plein désert, qui traversait les montagnes en passant par le col de Khulag, n’était plus utilisée depuis plusieurs années et en très mauvais état. Son informateur ajouta que plus personne ne prenait cette route, car elle était hantée.

— Hantée ?

— Oui, madame. Par des fantômes, m’expliqua-t-il, qui pénétraient dans l’esprit des voyageurs quand ils étaient endormis pour voler leurs rêves et les remplacer par des images horrifiantes. Certains, prétendait-il, étaient morts de leurs propres cauchemars au beau milieu de ce désert. Dans la journée, les chants lointains des fantômes, des sons étranges, à donner le frisson, brouillaient le cerveau des voyageurs, les écartaient du droit chemin et ils disparaissaient à jamais dans les sables.

— Des fantômes qui volent les rêves, fit lentement Varaile dont le scepticisme inné avait du mal à accepter cette idée. Vous n’êtes certainement pas le genre d’homme à vous laisser effrayer par des inepties de cette sorte ?

— En effet, madame. Mais, fantômes ou pas, s’embarquer seul dans ce désert hostile avait de quoi faire réfléchir. Je commençais à me dire que ma mission allait se solder par un échec complet quand le hasard m’a mis en présence d’un homme qui prétendait passer régulièrement par le col de Khulag sans jamais avoir eu de problèmes avec les fantômes. Il n’a pas dit qu’ils n’existaient pas, seulement qu’il connaissait le moyen de les tenir à l’écart. Je l’ai donc pris comme guide.

Venghenar Barjazid était un petit bonhomme à l’air louche et sournois ; un contrebandier selon toute vraisemblance, qui lui fit payer ses services à prix d’or. Son plan consistait à inverser les heures de sommeil et de veille en voyageant de nuit et en bivouaquant sous le soleil implacable. Ils étaient accompagnés par le fils de Barjazid, un adolescent du nom de Dinitak, une femme Skandar qui devait servir de porteur et un Vroon pour qui les routes du désert n’avaient pas de secret. Tout le monde embarqua dans un vieux flotteur délabré.

Après le départ de Tolaghai et jusqu’aux premières collines, le voyage se passa sans incident. Dekkeret trouvait le paysage d’une laideur étonnante : de vastes étendues rocheuses, un sol sablonneux criblé de trous, des plantes hérissées d’épines, aux formes torturées. Et il devint encore plus rébarbatif après le franchissement du col de Khulag, quand ils commencèrent leur descente vers le Désert des Rêves Volés. Dekkeret n’avait jamais imaginé qu’il pût exister sur la planète un endroit aussi désolé, sinistre et inhospitalier. Mais ce désert cruel et aride ne suscitait pas en lui la moindre répugnance, affirma-t-il à Varaile. Elle se dit qu’il y avait peut-être même éprouvé un plaisir pervers, sachant qu’il était parti à Suvrael en quête de la satisfaction que l’on peut trouver dans les épreuves et les souffrances.

Puis les cauchemars commencèrent. De jour, pendant son sommeil. Il rêvait qu’il flottait vers la bienveillante Dame de l’île, au centre d’une sphère de pure lumière blanche. C’était une vision de paix et de joie, mais, petit à petit, les images de son rêve changèrent, allèrent en s’assombrissant et il se retrouva sur le flanc nu et gris d’une montagne, contemplant un cratère vide et mort. Il se réveilla faible et tremblant de peur.

— Avez-vous fait de beaux rêves, lui avait demandé Barjazid. Mon fils m’a dit que vous avez gémi dans votre sommeil, que vous vous êtes retourné plusieurs fois en serrant vos genoux contre votre poitrine. Avez-vous senti la présence des voleurs de rêves ?

Quand Dekkeret avait reconnu que oui, Barjazid avait demandé des détails. Dekkeret s’était énervé, avait demandé au petit homme pourquoi il le laisserait lire dans son esprit. Devant l’insistance de Barjazid, il avait fini par faire une description de ce qu’il avait rêvé.

— C’étaient bien les voleurs de rêves, avait affirmé Barjazid : une invasion de l’esprit, une superposition troublante d’images, une perte de l’énergie.

— Je lui ai demandé s’il avait lui-même ressenti la même chose, expliqua Dekkeret à Varaile. Il a répondu que non ; il était apparemment à l’abri des voleurs de rêves. Son fils Dinitak n’avait senti qu’une ou deux fois leur présence. Il se refusait à toute hypothèse sur la nature des êtres qui provoquaient cela. J’ai ensuite demandé si les rêves empiraient à mesure qu’on s’enfonçait dans le désert. Ce à quoi il a répondu très calmement que c’est ce qu’il avait entendu dire.

Quand ils se remirent en route à l’heure du crépuscule, Dekkeret crut entendre des rires lointains, des tintements de cloches étouffés par la distance, des roulements menaçants de tambour.

Le lendemain, il fit un nouveau rêve qui commençait dans un beau jardin verdoyant, rempli de fontaines et de bassins, mais qui se transforma rapidement en une scène horrible où il était étendu nu, exposé au soleil du désert, de sorte qu’il sentait sa peau brûler et se craqueler. Il découvrit cette fois en se réveillant qu’il s’était éloigné du campement dans son sommeil et qu’il était allongé en plein soleil, au milieu d’une horde de fourmis. Incapable de retrouver le flotteur, il avait cru sa dernière heure venue, mais le Vroon, parti à sa recherche avec un flacon d’eau, l’avait sauvé. Il avait trouvé la souffrance dans cette aventure, une souffrance plus vive, en vérité que ce qu’il cherchait. Mais le pire, expliqua-t-il à Varaile, n’était ni la chaleur ni la soif ni les fourmis, non le pire était l’angoisse d’être privé du réconfort qu’apporte un rêve normal, la terreur devant cette vision lumineuse et apaisante qui se muait en images sinistres et terrifiantes.

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