Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Серия: Majipoor (fr) #6
- Год: 2000
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2-221-08929-4
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]». Краткое содержание книги:
Prestimion a décidé de rendre la paix à la planète géante et d’effacer de toutes les mémoires, avec l’aide de deux mages, le souvenir du conflit atroce et de tous ceux qui ont péri. Seuls deux de ses compagnons d’armes et lui-même en garderont la trace indélébile dans leurs souvenirs.
Mais comment Prestimion pourrait-il exulter de joie durant la cérémonie de son couronnement alors que ce secret lui pèse ? Et comment pourrait-il prendre femme comme le doit un Coronal alors qu’il demeure obsédé par l’image de Thismet ?
Pire, le charme d’oubli a creusé dans les esprits un vide insidieux que vient souvent remplir la folie. La sédition gronde. La violence menace à nouveau de ravager Majipoor.
Prestimion saura-t-il guérir les peuples dont il a la charge, et se sauver lui-même en retrouvant l’amour ?
— Emijiquk gybpij jassnin ys… Qu’est-ce que c’est que ce sabir ?
— Un message codé, peut-être ? Regardez, prince, ligne treize du document suivant : « Kesixm ricthip jumlee ayviy. » Et ligne seize de celui-ci : « Mursez ebunut yumus ghok. » Et là, ligne dix-neuf… vous remarquerez qu’il y a une progression arithmétique d’un document à l’autre.
Le Vroon brassait les papiers avec excitation et les fourrait sous le nez d’Akbalik.
— Ce charabia est interpolé dans des textes normaux à des intervalles progressifs de trois lignes. Il nous manque, je pense, les deux premières phrases du message qui devraient se trouver sur les première et quatrième lignes de documents qui ne semblent pas en notre possession. Mais vous n’avez pas tout vu : j’ai déjà relevé quarante lignes. Qu’est-ce que cela pourrait être d’autre qu’un code ?
— Vous avez raison, fit Akbalik, c’est trop absurde pour être une langue. Mais il y a code et code. Il pourrait simplement s’agir d’un commerçant qui cherche à cacher des secrets à ses concurrents.
Il parcourut du regard un autre document : zinuco takttamt ynifgogi nhogtua. Et si cela signifiait : dix mille hommes se mettent en marche la semaine prochaine ? Un frisson d’excitation se propagea dans son dos.
— Il se peut aussi, reprit-il, que nous ayons découvert un moyen de communication entre Dantirya Sambail et ses alliés.
— En effet, fit le Vroon. C’est tout à fait possible. Et un code est facile à décrypter par ceux qui sont des experts dans cet art.
— Vous parlez pour vous ? demanda Akbalik, qui savait que les Vroons étaient versés dans la science divinatoire.
— Pas pour moi, prince, répondit le petit être dont les tentacules s’agitèrent en signe de dénégation. Cela dépasse mes compétences. Mais j’ai un confrère du nom de Givilan-Klostrin…
— C’est un nom Su-Suheris, si je ne me trompe.
— Absolument. Un homme d’une réputation irréprochable pour qui le décryptage de ces textes serait un jeu d’enfant.
— Il vit à Stoien ?
— À Treymone, prince, la cité des maisons-arbres. À quelques jours de trajet par la route de la côte…
— Je sais où se trouve Treymone, merci.
Akbalik prit un moment pour réfléchir. Au fil des mois de travail avec Odrian Kestivaunt, il avait appris à faire confiance au Vroon, mais mettre dans le secret d’une affaire aussi explosive un Su-Suheris inconnu était une tout autre histoire. Quelques recherches discrètes s’imposaient d’abord. Ceux du peuple à double tête semblaient tous se connaître. Il allait demander son avis à Maundigand-Klimd avant de faire intervenir Givilan-Klostrin.
Geenux taquidu eckibin oeciss. Emajiqk juqivu xhtkipss.
Akbalik appuya le bout des doigts sur ses tempes douloureuses. Il se demanda encore une fois si ce charabia servait à dissimuler les plans secrets de Dantirya Sambail ou si c’était un code utilisé par quelque commerçant Skandar.
Zudlikuk. Zygmir. Kasiski. Fustus.
Il expédia un message à Maundigand-Klimd et reçut la réponse du Château. Le Su-Suheris connaissait bien Givilan-Klostrin : une personne en qui le prince Akbalik pouvait avoir toute confiance. « Je me porte garant de lui, ajoutait le mage, comme s’il était mon propre frère. »
Une recommandation tout à fait convaincante. Akbalik convoqua Odrian Kestivaunt.
— Dites à votre ami Su-Suheris de prendre la route de Stoien séance tenante.
Mais quand il vit Givilan-Klostrin en chair et en os, Akbalik s’interrogea sur le bien-fondé de sa démarche.
Maundigand-Klimd, pour qui Akbalik avait le plus grand respect, était un homme d’une dignité exemplaire et d’un noble maintien que rehaussait la simplicité monastique de sa mise. Les goûts vestimentaires du Château allaient le plus souvent vers l’extravagance et l’originalité, alors que Maundigand-Klimd avait une préférence pour les robes austères de laine noire, parfois de toile vert foncé, auxquelles une large ceinture rouge apportait une touche de couleur plus gaie.
Lorsqu’il entra dans le bureau d’Akbalik, Givilan-Klostrin portait une ridicule tenue bigarrée de brocart orné de carrés de soie d’une demi-douzaine de couleurs criardes et ses deux longues têtes étaient surmontées d’une paire de hauts chapeaux à cinq pointes dont les extrémités touchaient presque le plafond. Une demi-douzaine d’énormes yeux ronds aux gros sourcils arqués étaient peints sur chacun des chapeaux, trois devant, trois derrière. Des épaulettes rigides dépassaient d’une vingtaine de centimètres le plan des épaules du devin ; elles portaient aussi des yeux peints et se terminaient par une longue frange de fils écarlates.
Ce déguisement était certainement destiné à inspirer une terreur respectueuse, mais Akbalik le trouva simplement comique et ridicule. Il aurait pu être porté par un fakir errant, un de ces mendiants qui, pour deux couronnes, disaient la bonne aventure sur les marchés. En outre, le Su-Suheris louchait affreusement : l’œil gauche de sa tête droite était tourné vers l’œil droit de sa tête gauche d’une manière qui provoqua un mouvement de répulsion chez Akbalik.
Je me porte garant de lui comme s’il était mon frère, avait dit Maundigand-Klimd. Akbalik haussa légèrement les épaules. Pour rien au monde il n’aurait voulu avoir un frère comme ce Givilan-Klostrin ; mais il n’était pas de la race des Su-Suheris.
— Je suis la maison de Thungma, déclara le Su-Suheris d’un ton solennel. Et il attendit.
Le Vroon avait éclairé Akbalik sur ce point. Thungma était l’esprit invisible, le démon avec la conscience duquel Givilan-Klostrin établissait un contact quand il entrait dans sa transe divinatoire. Givilan-Klostrin faisait office de « maison » pour l’être mystérieux, le temps de l’évocation.
Les jambes bien écartées, les bras croisés sur la poitrine, le Su-Suheris semblait remplir toute la pièce ; il fixait sur Akbalik un regard de glace.
— La rétribution d’abord, murmura le Vroon. C’est extrêmement important.
— Oui, je comprends… Dites-moi, Givilan-Klostrin, combien coûtera cette consultation ?
Pendant qu’il posait sa question, Akbalik s’efforça de regarder le mage dans les yeux, ce qui faillit lui faire chavirer le cœur.
— Vingt royaux, répondit immédiatement la tête de gauche d’une voix basse et caverneuse.
C’était une somme ridiculement élevée. La plupart des gens travaillaient une année entière pour moins que cela. Une heure en compagnie d’un interprète des rêves ne coûtait pas plus de deux couronnes ; c’était cent fois plus cher. Akbalik commença à protester, mais un frémissement des tentacules du Vroon accompagné d’un murmure – prince… prince ! – le fit taire. La rémunération du mage, Odrian Kestivaunt le lui avait dit et redit, était une étape essentielle du processus. Toute tentative de marchandage ferait capoter l’affaire.
Après tout, les vingt royaux ne sortiraient pas de sa poche. Akbalik prit dans sa bourse quatre pièces brillantes de cinq royaux, les nouvelles, celles qui montraient Confalume en Pontife et le profil de Prestimion sur l’autre face, et les posa sur le bureau. Givilan-Klostrin les saisit prestement, les leva jusqu’à ses visages et les appuya longuement contre ses pommettes extérieures, comme s’il voulait s’assurer qu’elles n’étaient pas fausses.
— Où sont les documents ? demanda-t-il.
Kestivaunt avait préparé une transcription d’une page des lignes codées découvertes dans les manifestes de cargaison. Akbalik tendit la feuille au Su-Suheris qui secoua ses deux têtes en même temps et exigea les originaux. Akbalik se tourna vers Kestivaunt qui sortit précipitamment dans un grouillement de tentacules et revint un moment plus tard avec les papiers. Givilan-Klostrin les prit. Akbalik dut se retenir pour ne pas éclater de rire au spectacle du Su-Suheris de plus de deux mètres se penchant gravement vers le Vroon qui ne devait pas mesurer plus de quarante-cinq centimètres.