Dominium Mundi. Livre I
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #1
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-10-90648-12-8
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre I». Краткое содержание книги:
L’optimisme affecté que Tancrède s’était composé pour rassurer ses parents se fissura lamentablement.
« Oh non, ma pauvre Nicée…
— Peu importe, c’était un imbécile ! »
Elle a dû souffrir pour être aussi dure.
« Peut-être n’est-il pas trop tard ? Il va sûrement regretter et changer d’avis…
— Non, c’est un lâche qui ne se sent pas capable d’affronter le regard des autres !
— Ah, tu lui as parlé de ton… handicap.
— De ma stérilité, tu peux le dire ! Ce n’est pas une faute inavouable !
— Non, bien sûr, ma pauvre sœur. »
Elle éclata en sanglots, passant sans transition de la colère au désespoir, et se jeta dans les bras de sa mère, y cachant la tête pour que son frère ne voie pas ses larmes. Tancrède se maudit d’avoir lancé ce sujet, mais il était loin de se douter que celui-là aussi repousserait Nicée en apprenant la vérité. Au contraire, il avait cru que la promotion sociale que représentait une telle union pour un petit industriel serait une motivation suffisante pour faire face au regard des autres sur l’infécondité. Il avait eu tort. Le poids du conformisme écrasait tout, déformant les rapports humains jusqu’à séparer ceux qui s’aimaient sincèrement, métamorphosant, par une absurde alchimie, l’amour en colère et en frustration. Tancrède en voulait à tous ceux qui imposaient ou entretenaient cet ordre des choses.
VI
Travailler sur les axones du bioStruct Nod2 du Saint-Michel n’avait rien de très ragoûtant.
Ces longs tubes clairs baignant dans un liquide organique se ramifiaient dans le navire jusque dans ses moindres recoins, permettant à des myriades de terminaisons neurales de se déployer partout où la surveillance d’un paramètre était requise. Chaque terminaison relevait une mesure, qui était envoyée aux neurones sensoriels du Nod2 où de nouvelles synapses se créaient alors pour traiter l’information. C’étaient les axones qui permettaient d’acheminer ces mesures.
Cela n’avait rien de ragoûtant parce que le liquide dans lequel baignaient ces faisceaux d’axones puait l’œuf pourri. Dans l’étroit conduit où je me trouvais pour effectuer mon inspection, l’odeur était franchement insupportable. J’aurais pu ramper dans un égout, ça m’aurait fait le même effet. Pourtant, j’étais venu ici à ma propre demande.
Quelques jours plus tôt, alors que je vérifiais une liste de relevés thermiques comme j’en avais déjà vérifié des centaines, une série anormale de chiffres avait attiré mon attention. Des chiffres qui ne correspondaient à aucun relevé automatique, à aucune requête d’un pupitreur. Même la nomenclature ne ressemblait à rien de connu. J’en avais discuté avec Pascal qui s’était montré tout aussi surpris que moi. C’était un peu comme si le Nod2 avait demandé à certaines terminaisons neurales d’effectuer des mesures sans qu’on lui en ait donné l’ordre. Cela avait déjà de quoi m’étonner, mais le plus stupéfiant restait à venir : les terminaisons impliquées n’étaient même pas censées exister ! Elles n’avaient aucun numéro de série.
J’avais alors passé en revue toutes sortes d’hypothèses plus ou moins sérieuses pouvant expliquer la génération spontanée de nouvelles branches neurales sur les axones du Saint-Michel sans rien trouver de convaincant. Jusqu’à ce que Pascal remarque quelque chose qui m’avait échappé. Les dates.
Ces relevés imprévus avaient fait leur apparition peu après la fin de la phase sommeil froid. Plus le temps passait, plus on en trouvait. Par contre, aucun n’était antérieur à la sortie du tunnel Rœmer.
J’en avais aussitôt référé à Harbert qui m’avait – comme à son habitude – pris de haut : « Qu’est-ce qu’un petit informaticien comme vous peut bien y connaître en biologie ou en génétique appliquée ? » Je lui avais néanmoins expliqué les conséquences que pouvaient avoir des ramifications imprévues sur les axones et il avait soudain changé de ton. Je savais comment le prendre, cet abruti. Il m’avait donc autorisé à aller vérifier ma théorie sur place en me donnant mon après-midi. C’était parfait, j’allais pouvoir faire d’une pierre deux coups. J’avais besoin d’une heure ou deux tout au plus pour inspecter une conduite, et ensuite, je pourrais enfin me rendre au labo du secteur L où un contact de Cossolat avait peut-être des choses à me dire. Cela ne se goupillait pas trop mal.
Il y avait maintenant une heure et quart que je rampais dans ce conduit malodorant et pas l’ombre d’une ramification non répertoriée. J’en venais à me dire que Harbert allait avoir une occasion en or de se foutre de moi, ou pire, de me punir. Essayant de ne pas y penser, j’ouvris la trappe suivante. La dix-huitième depuis que j’avais commencé. Une bouffée d’œuf pourri se rua dans mes narines. M’efforçant de respirer par la bouche, j’enclenchai le microscope torique dans l’ouverture prévue à cet effet et attendis que l’image se forme sur l’écran. Le nœud axonal apparut au bout d’une seconde à peine, semblable à une sorte de branche molle d’où jaillissaient des dizaines de filaments clairs. On aurait pu le comparer à une anémone de mer greffée sur un ver. Comme je disais, pas franchement ragoûtant.
C’est là que je les vis.
Sur l’une des anémones, des filaments d’un nouveau genre s’étaient développés. Plus fins que les autres, ils s’étaient glissés dans les espaces libres sur les nœuds et avaient poussé dans toutes les directions. Avec l’appareil rudimentaire dont je disposais à cet instant, impossible de savoir où ils allaient. Pourtant, ils étaient bien là !
« Qu’est-ce qui a bien pu les engendrer ? » pensai-je à voix haute.
À peine avais-je formulé ma question que la réponse fusa dans mon esprit.
« Le transit Rœmer ! Des mutations pendant la traversée du tunnel ! »
Si j’étais dans le vrai, c’était une découverte d’importance. Cependant, je n’avais pas la moindre intention d’en faire part aux autorités. Pas de raison de faire de cadeau à cette clique de salopards. Et puis, cela pourrait peut-être servir un jour au Réseau.
Quelle que soit leur origine, ces ramifications spontanées représentaient tout un nouveau champ d’expérimentation pour la bio-informatique. Bien qu’elles fissent partie intégrante du Nod, on ne pouvait avoir aucun contrôle sur elles depuis le pupitre. En fait, du point de vue informatique, elles n’existaient même pas. Pourtant, elles étaient là, sous mes yeux, ondulant lentement dans les remous de la soupe organique où elles baignaient.
Je pris quelques clichés, déconnectai le microscope puis refermai la trappe. Si je voulais avoir le temps de faire ma petite escapade clandestine, je ne devais pas traîner ici. De toute façon, j’avais assez d’éléments pour faire mon rapport, en passant sous silence ma théorie sur l’apparition de ces nouvelles ramifications, bien sûr. Je sortis rapidement de la conduite puis consultai le plan de la zone sur mon messageur afin de trouver le chemin le plus court jusqu’aux labos d’analyses du secteur L.
En chemin, j’envoyai un message texte à mon contact afin de le prévenir de mon arrivée imminente et lui suggérer de prétexter une pause de quelques minutes à l’extérieur. Je préférai éviter qu’on nous voie ensemble dans le laboratoire. Là-bas, contrairement au Diamant, il y avait davantage d’engagés volontaires que d’inermes.
Il s’appelait Philippe Lécuyer. Je le remarquai tout de suite en arrivant devant le labo. Un grand gaillard aux épaules larges, mâchoire carrée et longue tignasse blonde, adossé nonchalamment à la façade, se donnant beaucoup de mal pour avoir l’air naturel. Il ne correspondait pas vraiment à l’idée que je me faisais d’un scientifique. À vrai dire, je l’aurais plutôt imaginé en exosquelette de guerre dans l’unité de Tancrède. Lui aussi devina qui j’étais dès qu’il me vit, me décrochant un franc sourire suivi d’un petit signe de tête.