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Les Mille Et Une Nuits Tome II

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Les Mille Et Une Nuits Tome II
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«La lettre du roi de Serendib était écrite sur la peau d’un certain animal fort précieux à cause de sa rareté, et dont la couleur tire sur le jaune. Les caractères de cette lettre étaient d’azur, et voici ce qu’elle contenait en langue indienne:

«Le roi des Indes, devant qui marchent mille éléphants, qui demeure dans un palais dont le toit brille de l’éclat de cent mille rubis, et qui possède en son trésor vingt mille couronnes enrichies de diamants, au calife Haroun Alraschid:

Quoique le présent que nous vous envoyons soit peu considérable, ne laissez pas néanmoins de le recevoir en frère et en ami, en considération de l’amitié que nous conservons pour vous dans notre cœur, et dont nous sommes bien aise de vous donner un témoignage. Nous vous demandons la même part dans le vôtre, attendu que nous croyons la mériter, étant d’un rang égal à celui que vous tenez. Nous vous en conjurons en qualité de frère. Adieu.»

«Le présent consistait: premièrement, en un vase d’un seul rubis, creusé et travaillé en coupe, d’un demi-pied de hauteur et d’un doigt d’épaisseur, rempli de perles très-rondes, et toutes du poids d’une demi-drachme; secondement, en une peau de serpent qui avait des écailles grandes comme une pièce ordinaire de monnaie d’or, et dont la propriété était de préserver de maladie ceux qui couchaient dessus; troisièmement, en cinquante mille drachmes de bois d’aloès le plus exquis, avec trente grains de camphre de la grosseur d’une pistache; et enfin tout cela était accompagné d’une esclave d’une beauté ravissante, et dont les habillements étaient couverts de pierreries.

«Le navire mit à la voile; et, après une longue et très-heureuse navigation, nous abordâmes à Balsora, d’où je me rendis à Bagdad. La première chose que je fis après mon arrivée fut de m’acquitter de la commission dont j’étais chargé.»

Scheherazade n’en dit pas davantage, à cause du jour qui se faisait voir. Le lendemain, elle reprit ainsi son discours:

CCXXXII NUIT.

«Je pris la lettre du roi de Serendib, continua Sindbad, et j’allai me présenter à la porte du commandeur des croyants, suivi de la belle esclave et des personnes de ma famille, qui portaient les présents dont j’étais chargé. Je dis le sujet qui m’amenait, et aussitôt l’on me conduisit devant le trône du calife. Je lui fis la révérence en me prosternant, et, après lui avoir fait une harangue très-concise, je lui présentai la lettre et le présent. Lorsqu’il eut lu ce que lui mandait le roi de Serendib, il me demanda s’il était vrai que ce prince fût aussi puissant et aussi riche qu’il le marquait par sa lettre. Je me prosternai une seconde fois, et, après m’être relevé: «Commandeur des croyants, lui répondis-je, je puis assurer Votre Majesté qu’il n’exagère pas ses richesses et sa grandeur, j’en suis témoin. Rien n’est plus capable de causer de l’admiration que la magnificence de son palais. Lorsque ce prince veut paraître en public, on lui dresse un trône sur un éléphant, où il s’assied, et il marche au milieu de deux files composées de ses ministres, de ses favoris et d’autres gens de sa cour. Devant lui, sur le même éléphant, un officier tient une lance d’or à la main, et derrière le trône un autre est debout qui porte une colonne d’or au haut de laquelle est une émeraude longue d’environ un demi-pied et grosse d’un pouce. Il est précédé d’une garde de mille hommes habillés de drap d’or et de soie, et montés sur des éléphants richement caparaçonnés.

«Pendant que le roi est en marche, l’officier qui est devant lui sur le même éléphant, crie de temps en temps à haute voix: «Voici le grand monarque, le puissant et redoutable sultan des Indes, dont le palais est couvert de cent mille rubis, et qui possède vingt mille couronnes de diamants. Voici le monarque couronné, plus grand que ne furent jamais le grand Solima et le grand Mihrage.»

«Après qu’il a prononcé ces paroles, l’officier qui est derrière le trône crie à son tour: «Ce monarque si grand et si puissant doit mourir, doit mourir, doit mourir.» L’officier de devant reprend et crie ensuite: «Louange à celui qui vit et ne meurt pas!»

«D’ailleurs le roi de Serendib est si juste qu’il n’y a pas de juges dans sa capitale, non plus que dans le reste de ses états; ses peuples n’en ont pas besoin: ils savent et ils observent d’eux-mêmes exactement la justice et ne s’écartent jamais de leur devoir. Ainsi, les tribunaux et les magistrats sont inutiles chez eux.» Le calife fut fort satisfait de mon discours: «La sagesse de ce roi, dit-il, paraît en sa lettre, et, après ce que vous venez de me dire, il faut avouer que sa sagesse est digne de ses peuples, et ses peuples dignes d’elle.» À ces mots, il me congédia et me renvoya avec un riche présent.»

Sindbad acheva de parler en cet endroit, et ses auditeurs se retirèrent: mais Hindbad reçut auparavant cent sequins. Ils revinrent encore le jour suivant chez Sindbad, qui leur raconta son septième et dernier voyage dans ces termes:

SEPTIÈME ET DERNIER VOYAGE DE SINDBAD.

«Au retour de mon sixième voyage, j’abandonnai absolument la pensée d’en faire jamais d’autres. Outre que j’étais dans un âge qui ne demandait plus que du repos, je m’étais bien promis de ne plus m’exposer aux périls que j’avais tant de fois courus. Ainsi je ne songeais qu’à passer doucement le reste de ma vie. Un jour que je régalais nombre d’amis, un de mes gens me vint avertir qu’un officier du calife me demandait. Je sortis de table et allai au-devant de lui: «Le calife, me dit-il, m’a chargé de venir vous dire qu’il veut vous parler.» Je suivis au palais l’officier, qui me présenta à ce prince, que je saluai en me prosternant à ses pieds. «Sindbad, me dit-il, j’ai besoin de vous; il faut que vous me rendiez un service: que vous alliez porter ma réponse et mes présents au roi de Serendib. Il est juste que je lui rende la civilité qu’il m’a faite.»

«Le commandement du calife fut un coup de foudre pour moi: «Commandeur des croyants, lui dis-je, je suis prêt à exécuter tout ce que m’ordonnera Votre Majesté; mais je la supplie très-humblement de songer que je suis rebuté des fatigues incroyables que j’ai souffertes; j’ai même fait vœu de ne sortir jamais de Bagdad.» De là je pris occasion de lui faire un long détail de toutes mes aventures, qu’il eut la patience d’écouter jusqu’à la fin.

«D’abord que j’eus cessé de parler: «J’avoue, dit-il, que voilà des événements bien extraordinaires; mais pourtant il ne faut pas qu’ils vous empêchent de faire, pour l’amour de moi, le voyage que je vous propose. Il ne s’agit que d’aller à l’île de Serendib vous acquitter de la commission que je vous donne. Après cela, il vous sera libre de vous en revenir; mais il y faut aller, car vous voyez bien qu’il ne serait pas de la bienséance et de ma dignité d’être redevable au roi de cette île.» Comme je vis que le calife exigeait cela de moi absolument, je lui témoignai que j’étais prêt à lui obéir. Il en eut beaucoup de joie et me fit donner mille sequins pour les frais de mon voyage.

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