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Электронная книга - «La victoire d'Angélique». Краткое содержание книги:

La victoire d'Angélique
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Mais d'autres fois, le spectacle se déployait avec magnificence, instant par instant, jusqu'à ce que toutes voiles arrachées, tous les instruments de l'orchestre ayant donné leurs voix, le soleil consentît à poursuivre sa course dans un monde purifié et, pour ce jour-là, redevenu blanc et bleu.

Maintenant, les deux nuages, derrière le mont le plus élevé, étaient comme deux baleines sombres escortées de baleineaux, petits nuages qui avaient surgi on ne sait comment de l'éther azuré. Leurs échines étaient sombres, d'un gris lourd d'orage et le ventre d'un blanc éclatant. Leurs formes s'allongèrent, naviguant, devenant en s'étirant et se divisant, îles, rivages, continents aux plages de miel sur les bords d'une eau bleue à peine teintée de vert. De ce jade pure allait surgir l'astre d'or.

À l'ouest, la lumière montante, déjà accrochait des pointes de rubis, multipliait les poignées de joyaux jetés à la volée, améthystes, perles, diamants, à travers la masse sombre et tourmentée des montagnes endormies.

Dans les vallées indistinctes, les brouillards se détachaient d'un gris épais, se répandant avec une paresseuse mélancolie au-dessus des fleuves et des rivières et comblant leurs méandres.

La nappe s'étendait d'un lieu à l'autre, mais sans hâte. Ce serait une journée où le soleil aurait plus longtemps droit de cité sur le monde, que les nuées hivernales lui dérobaient trop souvent. À midi, quand le soleil serait au zénith, si les nuages n'avaient pas tout envahi, elle pourrait sortir les enfants. Et comme chaque matin, au moment de quitter la plate-forme ou le belvédère, elle hésitait, ne se décidait pas à rentrer, retenue par le charme, elle éprouvait une frustration déprimante...

Pour se décider à rentrer, il fallait que l'effet du froid commençât à la pénétrer, qu'elle ne sentît plus ni ses pieds, ni ses mains engourdies, et une fois elle craignit de s'être fait geler le nez, comme c'était arrivé à Euphrosine Delpech, la commère de Québec, qui, pour guetter les faux pas de Mme de Castel-Morgeat, avait encouru ce dommage. Rentrée au chaud, elle guetta, dans le miroir, avec inquiétude, son appendice nasal et se promit d'être plus raisonnable à l'avenir. Si un jour ou l'autre il lui fallait reparaître à Versailles, il ne s'agissait pas de le faire, marquée d'ineffaçables stigmates de ses voyages au Nouveau Monde. Les cicatrices ne sont glorieuses que pour les hommes.

Et pourtant, ce matin-là, quelque chose la retenait encore. À plusieurs reprises elle revint de la porte à son point d'observation, avec l'impression confuse qu'un détail lui avait échappé. Subitement, avec un battement de cœur, une interrogation se fit jour.

Parmi ces brumes errantes et lointaines, ces brouillards exhalés des marécages durcis et des gouffres refermés sur leurs chutes d'eaux gelées, son regard s'était arrêté à une tache lointaine, tour à tour blanchâtre ou transparente, aux formes changeantes, parfois s'arrondissant comme poussée sous un souffle de vent, ou au contraire s'étirant en hauteur dans l'air pur soudain calme, en filet blanc. Moins que rien : une tache arrondie puis un filet blanc s'allongeant, mais qui ne changeait pas de place.

Une fois qu'elle l'eut de nouveau repérée, elle ne la quitta plus des yeux. Elle suspendait jusqu'à sa respiration pour mieux l'observer. C'était infiniment loin et cela n'avait pas plus de consistance qu'un songe.

Mais cela ne pouvait se confondre ni avec des brumes au-dessus des rivières, ni avec le brouillard.

C'était DE LA FUMÉE.

Elle revint dans la maison, bouleversée de joie, mais ne voulant pas croire à ce frêle indice.

Était-ce de la fumée ?

Plusieurs fois dans la journée, elle retourna dehors guetter le signe aperçu, et il était toujours là.

– Tu sors tout le temps ! se plaignirent les enfants.

À la fin, elle ne douta plus : c'était de la fumée. Et derrière la fumée, il y avait des hommes. Quels qu'ils fussent, ils représentaient le salut.

À la nuit tombante, elle opéra encore une sortie. Tournée dans la direction vers laquelle lui étaient apparues les traces de fumée, elle ne put distinguer aucun point rouge qui dans l'ombre du soir aurait révélé l'emplacement d'un foyer.

« Et pour cause ! se rassura-t-elle. « Ils » ont quitté l'emplacement et ont éteint le feu car « Ils » continuent leur marche vers nous. »

Elle resta en observation si longtemps que, lorsqu'elle se décida, devant l'obscurité montante, à réintégrer l'intérieur du fortin, elle eut de la difficulté à se mouvoir tant elle était gelée jusqu'aux moelles.

Malgré sa déception de n'avoir pu discerner aucun point rouge, elle continuait de voir, dans ces différents indices, de nouvelles raisons d'espérer.

« Ils » venaient, « ils » montaient vers elle. Ces feux étaient ceux d'une halte avant la dernière étape qui pouvait les faire arriver à Wapassou, la nuit même.

Encore quelques heures et les gens de la mine du Sault-Barré, ceux de la mine du Croissant, peut-être ceux de Gouldsboro alertés, débouleraient dans la tranchée de neige et heurteraient la porte du terrier, comme cette première fois où, sous des trombes d'eau, ils s'y étaient réfugiés après Katarunk, et ce seraient des congratulations sans fin : O'Connel, Lymon White, Colin Paturel...

Elle alluma le feu dans la grande salle. Elle ne pouvait guère faire davantage pour leur préparer l'accueil, à part l'eau-de-vie et le vin.

Pour faire office de phare, elle remonta planter, dans la neige, une grande torche.

Elle prépara des paillasses et des couvertures et attendit encore.

Elle demeura en éveil toute la nuit, entretenant les feux, guettant chaque craquement au-dehors, croyant entendre à tous moments des bruits de pas ou de voix dans le souffle du vent, et se précipitant à leur rencontre sur le seuil dans la nuit glaciale.

Mais au matin personne n'était venu et c'était toujours le grand silence.

Cependant, lorsqu'elle monta sur la plate-forme, la fumée au loin était toujours là au même endroit, semblant se jouer de son attente, se déployant de façons diverses en petits toupets ou plumets très visibles, puis se fondant jusqu'à s'effacer complètement, pour reparaître encore. Elle était toujours là comme un souffle humain parlant de vie, une respiration humaine à la surface de la Terre.

Dès lors, elle décida d'y aller voir. Au moins elle essaierait de s'avancer assez loin à la rencontre du phénomène pour se faire une opinion. S'il y avait des humains là-bas, ils représentaient le secours, une chance qu'elle ne pouvait négliger. La pensée de laisser les trois enfants seuls, ne serait-ce que quelques heures, la préoccupa. Ils étaient si petits. Elle fit ses recommandations à Charles-Henri : entre autres, ne pas s'approcher du feu, qu'elle avait préparé avec des mottes de tourbe qui dureraient longtemps et ne risquaient pas de donner de hautes flammes.

– Et si le feu s'éteint ?

– Vous vous mettrez dans le lit sous les couvertures, pour vous réchauffer. Je ne serai pas longue. Je reviendrai avant la nuit.

Elle enfila les hauts-de-chausses de Lymon White, son capot de gros lainage, rabattit le capuchon sur sa tête et se coiffa, au surplus, d'une de ces toques de fourrure que tous les habitants mâles de Wapassou affectionnaient.

Elle se choisit des raquettes parmi les plus légères, prit une arme à silex, accrocha corne à poudre et sachets de balles à sa ceinture.

Les enfants la suivirent jusqu'à la porte en promettant d'être sages.

« Et s'il m'arrivait quelque chose ? Un accident ! se dit-elle tourmentée. Qu'adviendrait-il d'eux ?... »

Elle se rappela son angoisse du temps de ses chevauchées du Poitou, ce jour où, après avoir laissé Honorine, bébé de dix-huit mois, attachée au pied d'un arbre afin de courir au secours de ses gens attaqués, elle avait reçu un coup dans la bataille, avait perdu conscience et s'était retrouvée en prison, sans savoir ce qu'il était advenu de l'enfant restée seule dans la forêt.

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