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Электронная книга - «La victoire d'Angélique». Краткое содержание книги:

La victoire d'Angélique
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Dans l'ignorance de ce qu'elle allait trouver au bout de son expédition, elle retourna dans la chambre et écrivit sur une feuille de papier : « Il y a trois petits enfants seuls dans le fortin de Wapassou. Secourez-les pour l'amour de Dieu », et glissa le feuillet dans la poche de sa casaque. Si elle était blessée, si... Il fallait tout prévoir, et agir « comme si... ».

Mais en fait, elle était persuadée qu'elle ne se lançait dans cette démarche que pour lever un doute insupportable : Fumée ou non fumée ?... Ce qu'elle craignait le plus, c'est d'avoir été la proie d'un mirage.

Elle retrouva les enfants qui avaient commencé à s'ébattre dans la grande salle où ils avaient plus d'espace que dans la chambre.

– Vous pouvez jouer un peu ici, mais ne sortez pas.

– Même pour aller jusqu'au lac faire des glissades ? demanda Charles-Henri déçu.

– Grands dieux ! Non ! Ne sortez pas, vous dis-je.

– Même pour faire des boules de neige ?

– Même pour faire des boules de neige, répéta-t-elle. Je t'en prie, mon petit bonhomme, sois un grand frère comme Thomas. Tu te souviens de ce qu'il te disait : « Respecte les consignes. » Ma consigne est : Ne sors pas.

Quant aux jumeaux, ils n'en avaient qu'une : obéir à Charles-Henri.

Et elle lui répéta une fois de plus tout ce qu'il devait faire et ne pas faire, adressa une dernière supplique à leurs anges gardiens, et se lança sur la plaine.

*****

Elle avançait sans pouvoir calculer la distance qu'elle aurait à parcourir. Elle ne savait pas si le point qu'elle visait et ne quittait pas des yeux était proche ou bien se situait à des heures, sinon des jours, de marche.

Cette fumée là-bas, c'était un souffle si mince, une tache infime qui se diluait, par moment s'effaçait et elle ne la voyait plus, puis la percevait à nouveau sans être certaine de ne pas s'illusionner. On aurait dit un souffle d'agonisant dont l'interruption aurait signifié pour elle, en effet, presque la mort.

En tout cas, la perte d'un espoir fou.

Heureusement, de pas en pas, la fumée devint plus certaine à ses yeux pleurant de froid, fatigués de percer la blessante lumière pour ne pas perdre de vue cette trace bleutée, laquelle enfin commença à se déployer plus nette et plus proche sur un rideau d'arbres noirs.

En lisière de forêt, des hommes avaient allumé un feu. Elle ne les voyait pas, mais désormais, leur présence ne faisait plus de doute.

D'autres pensées alors l'assaillirent. Des hommes ! Amis ? Ennemis ?

Des hommes qui, en la voyant s'approcher, forme indistincte et maladroite, bougeant sur l'immensité blanche, croyant peut-être avoir affaire à un animal, pourraient la tirer, à bout portant, comme un vulgaire gibier.

Sur ces entrefaites, et de façon inattendue, un pan de brume jaunâtre assez épaisse traîna vers elle sur sa gauche et l'enveloppa.

« J'aime mieux ça ! » pensa-t-elle.

L'odeur de la fumée la guiderait car maintenant on la percevait à pleines narines. C'était enivrant. Et malgré le danger possible, Angélique frémissait d'impatience.

Tout à coup, sous ses raquettes, le sol céda.

Avançant dans un paysage dont le brouillard estompait le relief, elle vit trop tard le bord d'une faille profonde. Elle n'eut que le temps de se rattraper à un petit arbre en surplomb.

Chapitre 48

Angélique se pencha au-dessus de la ravine. c'était bien de cette faille que la fumée s'élevait en volutes paresseuses, s'étalant en nappe pour se mêler à la lourde brume.

À ce moment, la branche à laquelle elle se cramponnait et qui était enrobée de glace cassa comme verre et elle déboula dans le trou en se heurtant aux rochers mais sans se faire de mal à cause de l'épaisseur de la neige qu'elle entraînait avec elle.

Elle se retrouva au fond, presque ensevelie par l'avalanche, et eut beaucoup de peine à s'en extraire, à retrouver son arme qui lui avait échappé et un de ses gants arraché. La neige s'était insinuée dans ses manches, dans son cou, dans son capuchon.

Avec des mouvements de nageur, elle parvint à regagner un terrain plus ferme, se trouva près d'un petit ruisseau à moitié gelé.

Devant elle se dressaient les colonnades de glace d'une chute d'eau, un « sault » comme ils disaient par là. C'était au pied de la cascade, pour lors figée et muette, que stagnait la fumée, émanant des dômes engloutis de deux wigwams indiens, de ces abris que les nomades montent hâtivement avec des baguettes souples, sur lesquelles ils jettent des pans d'écorce d'ormes ou de bouleaux. À travers les interstices des écorces, et sans même faire fondre complètement la neige, la fumée filtrait, trahissait la vie.

Alentour et malgré la tombée de neige fraîche de la nuit précédente, on relevait les piétinements d'un campement. Elle aperçut une traîne et un harnais qui émergeaient, et crut entendre gronder un chien à l'intérieur d'un des deux champignons coiffés de blanc.

Le doigt sur la détente, elle demeura aux aguets. Elle avait été si privée de toute présence humaine depuis ces longues semaines qui avaient fait sans doute des mois, qu'elle hésitait et redoutait le contact. Amis ? Ennemis ? Indiens ? Ou coureurs de bois canadiens ?...

La plaque d'écorce, qui servait de porte, s'écarta. Un visage de femme indienne sous son bandeau de perles se montra à demi, puis s'effaça pour laisser place à celui de son seigneur et maître, un Indien, lequel, pour s'extirper de sa tanière, pointa en avant un haut chignon huilé, orné de « couteaux » noirs d'ailes de corbeau. Redressant la tête, il observa l'intruse, en arrêt à quelques pas derrière les buissons.

À son profil busqué, son menton court, ses petits yeux pétillants, elle supposa qu'il s'agissait d'un Abénakis du sud. Il ressemblait à Piksarett. La vue du mousquet ne semblait pas l'impressionner.

À tout hasard, elle le héla de loin et le salua en sa langue. Il répondit en français.

– Salut à toi. Je suis Pengashi, de la Fédération des Wapanogs. D'où sors-tu, enfant ?

À sa silhouette, il devait la prendre pour un jeune Blanc. Elle ébaucha un geste vers le sommet du ravin.

– De Wapassou, là-bas.

Il plissait des yeux pour mieux la distinguer.

– Je croyais qu'ils étaient tous morts là-haut. J'ai vu de loin les ruines du fort et des maisons...

Alors elle se nomma et il parut heureusement surpris. Elle lui dit qu'elle restait seule à Wapassou avec trois enfants.

– Approche ! Entre ! lui intima-t-il en se retirant pour lui laisser libre le passage de l'étroite entrée.

Elle planta ses raquettes devant le seuil, à côté de la hutte et se glissa à l'intérieur du wigwam. Une fois la porte refermée, c'est-à-dire la plaque d'écorce retombée sur l'ouverture, il faisait bon dans cet abri étroit où l'on ne pouvait se tenir qu'assis. On marinait dans une épaisse fumée, mais Angélique fut surtout sensible à l'odeur du brouet qui avait dû cuire dans une marmite posée sur des braises et dont deux ou trois enfants achevaient de rassembler les derniers restes dans des écuelles de bois.

C'étaient certainement de très pauvres gens. Elle avait scrupule de leur demander d'emblée de la nourriture. Pengashi racontait que l'hiver les avait surpris alors qu'il n'avait même pas achevé de mener à bien la traite d'été sur les côtes du New-Hampshire. Pas plus, n'avait-il eu le temps de chasser et de fumer assez de viande et de poisson pour leurs réserves d'hiver.

Démuni, ayant dû abandonner ses fourrures dans une cache au pied d'un arbre, il était remonté vers les montagnes de l'intérieur pour y joindre les gens de sa tribu, mais ceux-ci se trouvaient presque dans le même cas que lui, et tout le monde se dispersait afin de courir sa chance de subsistance chacun de son côté. Son frère aîné l'avait encouragé à se rendre vers le nord pour passer l'hiver sous la protection des Blancs de Wapassou. Mais après un long et pénible voyage, il croisa quelques groupes clairsemés d'Abénakis et d'Algonquins qui erraient, désorientés, et qui l'avertirent que le fort de l'Homme du Tonnerre était ruiné, et qu'il n'y avait plus là-bas âme qui vive.

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