La victoire d'Angélique
- Автор: Голон Анна, Голон Серж
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «La victoire d'Angélique». Краткое содержание книги:
« Je te tuerai, se dit-il, avec une sombre intensité douloureuse, seule capable de l'aider à maîtriser sa colère. Je te tuerai, Démone !... Que Dieu m'assiste et soutienne mon glaive !... »
– « Elles » m'ont tenu tête, marmonnait-elle, Elles !... Elles seules !... Elles m'ont échappé !... C'est inadmissible ! Cela exige punition !... Ah ! Combien je les hais toutes deux ! Lui, je ne lui en voulais pas... de m'avoir repoussée. Non. C'était un homme. L'homme, a tous les droits. L'homme a le droit d'être le plus fort. Car il est le plus faible. J'en fais ce que je veux, un jour ou l'autre. Mais les femmes, non, les femmes n'ont pas le droit de triompher de moi ! Les femmes m'appartiennent. Des femmes, je ne veux que des victimes ou des complices ! Quant aux hommes, ils ne sont pas à craindre. Mais elles, elles se sont jouées de moi...
« Ah ! Combien je les hais toutes les deux...
Un peu en retrait, derrière elle, il devinait qu'elle parlait d'Angélique et d'Honorine. Une brûlante indignation lui brouillait la vue. Sa mère ! Et une enfant, sa demi-sœur !... Quoi qu'il en soit, une enfant remise à sa protection puisqu'il était devenu son demi-frère aîné.
Comment osait-elle, l'horrible créature, en parler sur ce ton devant lui ?... Comme s'il lui était acquis sans nul doute !...
« Prends garde ! s'intima-t-il s'adressant à lui-même et vidant son cerveau de toutes pensées. Qu'elle ne soupçonne rien de ce qui t'agite... »
Et il surprit le regard qu'elle lui jetait dans le miroir. Cherchant à deviner ses sentiments, prête à se jeter sur lui, furie, au moindre signe, éclair de colère ou de répugnance qui pourrait lui faire soupçonner qu'il n'était pas entièrement à sa dévotion. À ses pieds... Enchaîné par le désir charnel qui l'aveuglerait, le rendant indifférent à tout ce qui n'était pas elle, sourd aux paroles effrayantes qu'elle prononçait comme par mégarde devant lui, afin de provoquer son ire. Au moindre soupçon de ce qu'il ressentait vraiment pour elle, c'était sa mort qu'elle déciderait.
Mais elle ne put lire dans les yeux clairs fixés sur elle autre chose qu'une impavide lumière, cette fixité absente, obsédée, presque imbécile, qu'une trop ardente convoitise jugulée donne parfois au regard des nommes.
Sensible à ce langage impérieux, elle eut un gloussement satisfait.
L'avait-il abusée ? Il voulait l'espérer. La sueur mouillait le dos du pauvre Cantor, dans la peur qu'il éprouvait de l'alerter par le fléchissement d'une seule de ses pensées.
Toute la ruse et le sang-froid de son père se rassemblaient en lui. Il comprenait maintenant cette force de dissimulation du comte de Peyrac qui souvent l'avait irrité ou déçu, blessant sa sensibilité enfantine, bien que, lui aussi, s'abritât à l'ombre de cette force et se félicitât de sa protection.
Il comprenait que l'arme se forge à la virulence de l'ennemi, à l'ampleur du danger, qu'on n'évite la traîtrise que par une traîtrise plus grande encore.
Il fit un nouveau pas vers elle.
« Que ma chair au moins serve à cela, songeait-il, que ma chair qui la subjugue serve à cela... Au salut de tous !... »
Elle voyait si proche sa bouche renflée, ferme, et ce fut elle qui capitula tandis qu'il murmurait :
– Où ?... et quand ?...
Cet ultimatum lui avait déjà réussi.
C'était Florimond qui lui avait indiqué quelques stratégies et formules qu'il prétendait irrésistibles.
Elle tressaillit toute. L'égarement avide qui apparut sur ses traits lui donna la nausée.
Elle répondit haletante :
– Ce soir, à la pointe de l'île, en aval du fleuve. Il y a un moulin désaffecté... entouré d'aulnes et de trembles. Et la brume ajoute à la nuit pour dissimuler ceux qui ne veulent pas être vus. Je vous attendrai là-bas, en lisière du boqueteau...
Chapitre 45
Dissimulée sous la mante grise qu'elle avait empruntée à l'une de ses femmes de chambre, et se fondant à cette heure du soir avec l'ombre que projetait le moulin vacant, elle attendait.
Les mille bruits ténus de l'endroit la faisaient tressaillir, et elle s'étonnait d'un sentiment fait d'impatience et d'angoisse qui lui était inhabituel.
Sauts des grenouilles dans l'eau dormante d'une prairie spongieuse plantée de roseaux, crissements, coassements, bonds étouffés, lourds, du côté des bois, claquements d'ailes comme de molles voiles se heurtant aux bardeaux du moulin où logeaient et s'éveillaient des petites chouettes duveteuses dont par deux fois l'appel modulé s'éleva.
Qu'elle était sotte de s'être laissée tenter par cette escapade. Il aurait dû déjà être mort. C'était si simple et ce qu'il fallait faire.
« Non, se répéta-t-elle. Je le tuerai, mais... après ! »
Et à cette pensée, elle passa sa langue sur ses lèvres. Quelque chose d'elle-même lui échappait, comme si, de ses mains, des rênes qu'elle avait toujours tenues solidement – oui, toujours – avaient glissé.
D'où lui venait cette envie dévorante de goûter le corps du jeune homme, de tout savoir sur lui, de connaître la vigueur de ses bras autour d'elle, de se noyer dans ses prunelles limpides, qui lui rappelaient celles de sa rivale, de la créature féminine, sa sœur qu'elle aurait dû asservir si facilement et qui avait ri d'elle ?
« Tout. Mais ne pas renoncer à cet instant », se dit-elle, les reins brûlants d'un désir qui, de seconde en seconde, lui parut inconnu et se glissa en tous ses membres comme le déroulement d'un subtil serpent.
Elle entendit le pas d'un cheval.
Éclairé de face, par les dernières lueurs d'un couchant qui s'était voulu pâle, nuancé de clarté liliale plutôt que rosé, un cheval blanc apparut, monté par le jeune héros attendu.
Pourquoi venait-il à cheval ?
Il n'était pas de ce monde.
Elle était éblouie par l'éclat de ses boucles d'or sous son grand chapeau emplumé qui, frappé de lumière, lui faisait comme une auréole.
Dans son ivresse de le voir, elle perdit la notion de sa propre réalité charnelle. Elle ne pouvait ni se mouvoir, ni avancer d'un pas. Le feu de sa passion se détachait de son être, comme des lambeaux pourpres qu'on lui aurait arrachés un à un.
« Est-ce là le bonheur que connaissent les humains ? » se demanda-t-elle, saisie de frayeur, comprenant trop tard que ce corps, défroque habituelle et fort choyée comme instrument docile, la piégeait.
La spirale l'entraînait qui faisait de sa chair elle ne savait quelle flamme dévorante et sublime, ce feu du sang vermeil pour lequel « ils » sont prêts à vendre leur âme, sifflante ascension prestigieuse et fatale car impliquant de désobéir au maître, ce qui lui inspirerait une terreur sans nom, et les douleurs d'un arrachement, dissociation des natures inconciliables. Le phénomène aussi atroce à subir qu'un écartèlement lui cacha la venue de la boule sombre et velue, comme un boulet fendant les herbes.
De celui qui avait chu du Ciel dans les enfers, l'assaillant avait les prunelles fulgurantes, le hideux rictus.
La beauté perdue de Lucifer restait pour l'autre là-bas, qui, sur son cheval d'argent en lisière du bois, regardait vers elle de ses yeux aux transparences d'eau première, d'azur inviolé.
– Face d'ange, sois maudit !... cria-t-elle.
Le choc de la bête la renversa. Et elle fut, dans l'instant, sa proie ravagée.
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– Laisse-moi approcher, disait Cantor.