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Электронная книга - «La victoire d'Angélique». Краткое содержание книги:

La victoire d'Angélique
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Wapassou avait brûlé, mais les vengeurs du Père d'Orgeval s'en étaient tenus là. Ils étaient remontés vers le Nord.

« Je les ai arrêtés ! »

Elle se rendait cette justice pour garder courage.

À vrai dire, cette fois-ci, et malgré les apparences, ils ne s'étaient pas laissés prendre de vitesse, elle et Joffrey.

À mesure qu'on avance en âge et en expérience, ce n'est pas de demeurer sans cesse en alerte qui est exigé, ce qui serait insupportable, mais d'acquérir ce sixième sens qui permet de se porter à temps au secours des points faibles de la forteresse. Parfois en ignorant qu'elle se trouve déjà menacée.

L'un et l'autre, à vivre unis, s'étaient formés à ce jeu de défense inconsciente, et cela sans y tâcher, presque sans le savoir.

Leur instinct s'était fait unique. Lorsqu'elle y songeait, elle voyait clairement que la décision, pour lui d'accompagner Frontenac, pour elle de retourner à Wapassou, et malgré les débats et les arrachements que cela leur coûtait, s'était imposée naturellement, parce que c'était cela qu'il fallait faire.

Ils avaient reçu la grâce de se porter à temps vers les points faillibles que visait l'ennemi.

Ce qui ne voulait pas dire que l'on sauverait tout, et que l'on « n'y laisserait pas de plumes », selon l'expression populaire.

Mais ç'avait été la meilleure stratégie. C'est-à-dire celle qui permettait d'éviter le pire.

– Le pire a été évité, se répéta-t-elle en jetant aux lointains glacés que chaque jour, chaque heure touchaient d'une lueur ou d'une nuance différente, un regard de défi. C'est une loi, une loi logique de la Nature. Elle jouera pour nous... Nous nous sommes portés à temps aux créneaux où se présentait l'ennemi, et à temps nous avons pris les armes... En vain déchaîneras-tu ta cruauté aveugle ?...

Debout sur la crête, elle parlait toute seule, se tournant de côté et d'autres. Au fil des jours, elle cessa d'élever la voix et de remuer les lèvres car c'était encore une dépense d'énergie, mais elle continua de s'entretenir avec véhémence avec son seul interlocuteur, le paysage, dans un mélange de sensations intérieures qui oscillaient de l'effroi à la joie la plus exaltée, de l'admiration, la confiance à la crainte, la rancœur, d'une certitude de domination sur les éléments à l'accablement, la démission devant leur puissance aveugle.

Tour à tour, elle voyait à travers eux l'immobilité de la Nature, son inertie pétrifiée, la cruauté du destin des hommes, et la promesse de la grandeur de ce destin.

Elle était l'Humanité tremblante aux portes de l'Éden. Celles-ci, lourdes et gardées par l'ange au glaive flamboyant, s'étaient refermées dans son dos. Devant elle, froid, faim, douleur, sueur du pain quotidien... Mais aussi... la Beauté, le secret des trésors enfouis, le secret des consolations, pour cette aventure de la Vie qui s'annonçait et qu'il faudrait rechercher.

Aussi allait-elle à ses sorties qu'elle opérait presque chaque jour, comme à un rendez-vous d'amour, comme au bal, comme à la noce, comme à la fête.

Il se mêlait à ce plaisir un sentiment d'attente, la certitude que cette fois, ce jour-là, quelque chose allait bouger au loin, l'approche de la caravane, l'approche des secours.

Elle savait aussi que, même si l'horizon restait muet, un viatique lui serait donné, une fleur d'espérance.

À travers le spectacle grandiose passait le courant d'une confidence qui fortifiait tout son être, lui rendant perceptibles les vérités salvatrices.

« À travers moi tu contemples le sourire de Dieu !... »

Debout sur la plate-forme, ou au bord de la tranchée, faisant quelques pas comme pour mieux se placer au centre d'une solitude où sa présence unique d'être humain, frêle, mais avec ce minuscule et rouge cœur vivant qui battait en elle, ce sang rouge et chaud qui circulait dans ses veines, sa présence prenait une signification décisive.

Ce jour-là, cette aube-là, la débauche des couleurs, des lignes, des multiples formes, c'était comme un opéra.

Chapitre 47

Ce matin-là à l'est, le rideau de la nuit s'ouvrit sur deux nuages couleur de sable, allongés comme des dunes, de sépia foncé ourlé d'or. Ils stagnaient immobiles derrière le Mont Kathadin. Leurs métamorphoses colorées annonçaient la montée de l'astre du jour.

Vaisseaux de l'espace, chargés de menaces ou, au contraire, des consolations de la splendeur.

Comme eux, Angélique, debout sur sa petite éminence de neige glacée, attendait le soleil.

Elle se levait très tôt, et son premier geste était d'empoigner le chaudron, posé sur les braises, et d'aller jeter de l'eau chaude sur les gonds de cuir de la porte pour la dégager. Si un beau jour, panneaux de bois, ferrures, gonds, s'enrobaient de glace, elle n'aurait plus assez de forces pour ébranler cette lourde porte et se frayer une ouverture vers le dehors.

S'il avait neigé dans la nuit, elle se réchauffait et se remettait en mouvement à pelleter la neige et à dégager les abords du seuil et les degrés taillés dans la glace qui permettaient de sortir de la tranchée. Celle-ci se faisait de plus en plus profonde chaque hiver. Cela avait été leur problème lorsqu'ils hivernaient dans le fortin de Wapassou. Au départ, il n'était qu'un abri pour quatre mineurs, édifié contre le talus dans lequel se prolongeaient les galeries de mines, un vrai terrier. Déjà à demi enfoui sous la terre, la neige ne pouvait que l'enterrer encore, et les agrandissements et aménagements n'avaient pas concerné l'entrée principale. Elle devait donc chaque matin rejeter la neige tombée, sous peine de voir bientôt cette ouverture condamnée.

Une fois dehors, dans la nuit à peine pâlie, Angélique prenait le vent, tâtait le froid, et si ni l'un ni l'autre ne se montrait trop agressif, elle se hissait hors du trou et gagnait, à quelques pas de là, un léger surplomb qui lui permettrait de faire, du regard, le tour de l'horizon lorsque le jour se lèverait.

Quand elle ne se sentait pas de goût pour les travaux de déblaiement, elle montait de l'intérieur, par une trappe, sur la plate-forme. De là aussi, on pouvait embrasser du regard l'horizon, mais d'une façon moins détaillée que de la butte, car le talus auquel était adossée l'habitation, cachait une partie du lac de Wapassou, appelé le lac d'Argent. Celui-ci, aujourd'hui recouvert d'une épaisse couche de neige, formait à ses pieds une grande étendue blanche.

Par les grands froids, au plus dur de la saison, les heures qui précèdent l'aube sont peut-être les moins éprouvantes. Si neige et rafales ne soufflent pas, il semble que le gel desserre son étreinte, marque une pause clémente.

Angélique aimait cette heure qui paraissait promettre une rémission.

Elle n'était pas effrayée de se trouver là, seule, dans les ténèbres infinies du ciel et de la terre mêlés et que ne perçait aucune lumière. Elle avait un peu perdu la notion des dates et lorsque la lueur du jour commençait à se répandre dévoilant ce désert blanc muet, sourd et figé, elle ne voulait pas reconnaître qu'on avait atteint ce moment de l'année qui, les autres hivers, faisait dire aux gens de Wapassou – ou penser à part soi, pour ceux que cela impressionnait – : « L'hiver s'est refermé. »

De toute façon, elle ne venait pas là pour méditer sur sa solitude. Il y avait une vie, un mouvement auquel elle était sensible dans cet instant grandiose, chaque jour assuré et chaque jour différent, du lever du soleil.

C'était la vie. Cela bougeait. Cela parlait. Un théâtre s'ordonnait pour elle à tous les points de l'horizon. L'image n'était jamais semblable.

C'était parfois le seul moment de la journée où elle pouvait apercevoir le soleil. À travers une brume translucide, il s'élevait, énorme bouclier rose, puis disparaissait happé par un lourd rideau de nuages.

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