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Электронная книга - «La victoire d'Angélique». Краткое содержание книги:

La victoire d'Angélique
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Mais dans la nuit, la neige se remit à tomber à gros flocons. Par crainte de s'égarer, elle attendit encore une journée, puis une deuxième. Le vent avait tout à fait cessé maintenant, mais les versées de neige molle et silencieuse ne semblaient pas se tarir. La matinée suivante, il y eut une accalmie. Les flocons se raréfièrent, tourbillonnant avec lassitude, puis cessèrent peu à peu.

Un pan d'horizon se découvrit vers l'ouest dans un espace restreint, mais suffisamment pour qu'elle ait la possibilité de savoir dans quelle direction elle se dirigeait.

Ses recommandations faites à Charles-Henri comme la fois précédente, et après avoir déblayé tant bien que mal les abords de l'entrée, elle se hissa au-dehors et s'engagea vers la plaine. Contre toute attente, elle retrouva, bien que faiblement tracée, l'amorce de son ancienne piste. Brumes et nuages traînants repassaient dans les lointains et il était vain, sur cet horizon bouché, d'essayer de repérer les traces de fumée du petit campement perdu.

Le ciel s'abaissait de plus en plus, la neige se remit à tomber.

Elle tombait drue, mais le vent, qui transforme un paysage déjà obscur en une muraille infranchissable, ne s'était pas encore levé, et sans doute ne se lèverait-il pas. Elle continua sa marche.

Cette fois, elle s'était munie d'un fagot de baguettes afin de baliser sa piste. Presque aussitôt, elle regretta de ne pas les avoir taillées plus hautes, car la neige aux énormes flocons duveteux qui tombaient en déluge, menaçait de les recouvrir d'ici son retour.

Malgré les raquettes, elle enfonçait jusqu'aux genoux à chaque pas. Elle progressait lentement, plus pataude qu'un ours, se guidant sur le très faible sillon de son précédent parcours.

Comme la première fois, elle manqua le rebord abrupt de la falaise, et, n'ayant pas pressenti à temps le surplomb, fut entraînée vers le fond, dans la même coulée de neige, ce qui était sans gravité car celle-ci amortissait les chocs. Si elle mit plus de temps à se dégager, par contre, elle n'avait perdu ni raquette, ni gants.

La ravine avait revêtu un aspect fantomatique. Les arbres transformés en longs cierges géants, pleurant leurs larmes de cire blême, la cascade elle-même ayant disparu, se confondant avec les rocs submergés.

Des wigwams, point de traces.

« Ils ont décabané... »

Puis, en s'approchant, elle distingua la forme ronde d'un des deux abris, et dans son soulagement de les savoir encore présents, elle ne s'inquiéta pas de ne pas remarquer de fumée. Elle héla, ne reçut nulle réponse. Elle souleva la cheville de bois, écarta l'écorce de l'entrée, et aperçut les deux vieux dans le fond, assis côte à côte, jambes croisées, l'homme coiffé de sa toque de fourrure et la vieille femme avec son bandeau brodé, planté d'une plume, tels qu'elle les avait laissés la première fois.

Elle les salua. Une fine poussière de neige qui s'était infiltrée par un trou dans le toit poudrait les tisons noircis du foyer, ainsi que les deux vieillards, soulignant de blanc les plis de leurs vêtements.

À cette fine neige qui les recouvrait peu à peu, ils ne semblaient pas prendre garde et, impassibles, la fixaient de leurs yeux ternis.

Ce ne fut qu'après un long moment, lorsqu'elle remarqua la pipe éteinte posée devant l'homme, et constata l'envahissement de la hutte par le souffle imperceptible de la poudreuse, qu'elle comprit qu'ils étaient morts.

Alors que Pengashi et sa famille repartaient par les espaces enneigés et par les ouragans vers une aussi lointaine qu'incertaine direction, le moment était venu où l'ancêtre avait dit : « Mon fils, je m'arrête. Ici, ma piste est finie. »

Selon le rituel et la tradition, Pengashi leur avait laissé le wigwam au-dessus de leurs têtes, un dernier feu allumé devant eux, avec une dernière marmite posée sur les tisons contenant deux suprêmes rations de sagamité, une dernière prise de tabac pour le calumet du père, puis, non sans avoir soigneusement reposé la plaque d'écorce qui servait de porte, et suivi de sa femme, de ses enfants, de sa fille aînée et de son bébé, et de la captive anglaise, aux pas lents de leurs raquettes, portant et traînant leur harnachement de pauvres et derniers biens, ils avaient repris leur marche vers le nord, à la recherche des missions et postes français.

Angélique demeura sans mouvements, agenouillée devant les deux et dignes momies, jusqu'à ce qu'à son tour elle vît que la neige commençait à se déposer sur ses vêtements et qu'elle était pétrifiée de froid.

D'un geste instinctif, elle tendit la main vers la marmite. Mais, comme elle s'y attendait, celle-ci était vide et déjà à demi comblée de neige.

Ils avaient doucement fumé le calumet en se le passant l'un à l'autre, puis, après la dernière bouffée, le vieil Indien avait posé l'objet sacré devant lui. Ils avaient attendu que le dernier tison s'éteigne, et alors ils s'étaient distribué les dernières bouchées de nourriture terrestre. Puis, les mains posées sur leurs genoux, dans l'obscurité qui peu à peu se refroidissait, ils avaient laissé venir la mort.

Quand la chute de la branche avait crevé le toit du wigwam, déjà, ils étaient loin, continuant leur chemin par les plaines du Grand Esprit, là où il n'y a que chaleur et lumière.

À la lueur blafarde qui, par l'ouverture, venait du dehors, elle ne pouvait se lasser de les contempler, retenue malgré elle, sans pensées, sans savoir pourquoi, par ce spectacle macabre, et cependant noble et serein. Ils demeuraient si vivants qu'elle se retenait de leur poser sur les épaules les couvertures qu'elle avait apportées.

Peu à peu, un détail insolite attira son attention engourdie. Sur les mains ouvertes de chacun des deux personnages hiératiques, reposait une sorte de motte de quelque chose d'indistinct. On aurait dit un gros caillou de boue agglomérée, lui aussi déjà saupoudré de neige.

Mais lorsqu'elle s'approcha, elle s'aperçut que c'était de la nourriture. Deux gros blocs congelés de bouillie de maïs mélangée de morceaux de viande et de fruits séchés. Le dernier repas des ancêtres qu'ils n'avaient pas touché.

Elle frémit d'une joie insensée. Tremblante, elle détacha les deux morceaux des paumes squelettiques, et elle hésita, les interrogeant du regard :

« Était-ce pour moi ? Saviez-vous que j'allais revenir ? »

Sur leurs poitrines, parmi les gris-gris de dents d'ours, de poils de porc-épic, de coquillages enfilés, parmi les chapelets, les médailles, elle voyait briller ces petites croix d'or, façonnées et portées par les Indiens baptisés du Sud-Est.

Devrait-elle voir en ce geste une suprême offrande au Dieu de la charité sans limites que les Robes Noires leur avaient enseigné à prier ?

Qu'était-ce une ration de plus sur cette Terre, avaient-ils songé, alors qu'ils allaient partir là où ils seraient à jamais rassasiés ? La femme blanche et les enfants blancs de Wapassou avaient faim.

Débordante de gratitude, elle enfouit son butin dans son sac. Il y avait encore une aumônière de cuir posée sur la portion que tenait la femme, qu'elle prit également, car cela paraissait faire partie de l'offrande.

En se retirant, elle heurta un objet enveloppé de peau qu'elle n'avait pas vu. À sa forme, elle reconnut un piège d'acier pour les petits animaux à fourrure et se souvint qu'elle s'était plainte devant Pengashi de ne pas retrouver ceux posés par l'Anglais muet à l'automne.

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