À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1989
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2221056523
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]». Краткое содержание книги:
Le Peuple survivait à l’abri de son cocon souterrain, génération après génération. Et voilà que le Printemps, annoncé par la Tradition, était revenu. Le Peuple devait sortir et aller recueillir son héritage dans la glorieuse cité de Vengiboneeza. Mais était-il encore humain ?
— Nous allons établir le camp ici ! cria Harruel à Konya en mettant ses mains en porte-voix. Fais passer !
Un vent chaud annonciateur de pluie soufflait du sud. De grands oiseaux au vol maladroit, au plumage gris et au long cou flexible, couvert de squames argentées, sortirent des arbres et s’éloignèrent vers le nord-est. Ils étaient extrêmement laids, mais chantaient divinement. Une dizaine de jours auparavant, de l’autre côté de l’immense et sinistre forêt, Harruel avait vu des volées de petits oiseaux graciles, aux ailes vert et bleu resplendissant dans le soleil comme des joyaux, mais au chant affreusement discordant. Comment pouvait-il exister une telle opposition entre la beauté de l’apparence et la qualité de la voix ?
Si Hresh avait été là, il lui aurait posé la question. Mais Hresh n’était pas là.
Il demeura immobile, les bras croisés, en attendant que Konya et Lakkamai arrivent à sa hauteur.
— Il y a de l’eau ici, dit-il. Il y a des fruits sur les arbres et nous devrions trouver du gibier. Regardez en bas, ajouta-t-il en leur montrant la cuvette. Qu’en pensez-vous ?
Konya s’avança jusqu’au bord de la corniche et s’arrêta devant l’à-pic. Il contempla en silence la dépression verdoyante déjà enveloppée de brume.
— Étrange, dit-il au bout d’un moment. Une grande cuvette ronde. Je n’ai jamais vu cela.
— Moi non plus, dit Harruel.
— Ce doit être un endroit très giboyeux. Regarde comme les bords en sont relevés. Le gibier peut y entrer, mais il ne doit pas pouvoir en sortir facilement.
— Une ville, dit Lakkamai d’un air grave. C’est sans doute l’emplacement d’une ville disparue.
— Je n’en suis pas si sûr. Je crois plutôt que c’est l’œuvre des dieux. Mais nous verrons mieux demain.
Le reste de la petite troupe les avait rejoints. Harruel demeura à l’écart tandis que tout le monde s’affairait à installer le camp.
Encore une chose qu’il eût aimé demander à Hresh. Comment cette énorme cuvette avait-elle été formée et à quoi servait-t-elle ? On pouvait toujours compter sur Hresh pour avoir une réponse. Ce n’étaient parfois que simples suppositions, mais il touchait souvent la vérité du doigt. Il trouvait presque tout dans ses livres et les pouvoirs magiques, peut-être même d’essence divine, dont il était doté lui permettaient de dépasser la vision humaine et même la seconde vue.
Harruel n’aimait pas beaucoup Hresh qui lui avait toujours paru insupportablement fouineur au point d’en être dangereux, mais il ne pouvait nier son intelligence et la profondeur des connaissances qu’il avait glanées dans les différents volumes des chroniques. Hresh avait préféré ne pas le suivre et Harruel avait songé pendant un instant à l’emmener de force. Mais il s’était ravisé, estimant que c’était imprudent, voire impossible. Koshmar aurait pu intervenir, ou bien le chroniqueur lui-même aurait trouvé le moyen de l’en empêcher. Nul n’avait jamais pu obliger Hresh à faire ce qu’il ne voulait pas.
Harruel s’était quand même mis en route, choisissant son itinéraire sans bénéficier de la sagesse de Hresh. Ils avaient pris la direction du sud-ouest, suivant le soleil toute la journée jusqu’à ce qu’il se couche. Il eût été stupide de partir dans la direction opposée, car c’est de là qu’ils venaient et Harruel savait qu’il n’y trouverait que des plaines désolées, des carcasses rouillées de mécaniques et des armées de hjjk. La direction qu’ils suivaient avait l’attrait de l’inconnu et ils traversaient des terres rendues fertiles et verdoyantes par le Printemps Nouveau.
Chaque jour Harruel réglait l’allure et les autres se débrouillaient pour le suivre. Il marchait vite, mais un peu moins que s’il avait été seul, car Minbain et Nettin avaient des enfants en bas âge. Harruel voulait être un roi fort sans être un roi stupide. Pour être un roi fort, il convenait, à son avis, d’exiger de ses sujets plus que ce qu’ils étaient prêts à donner sans qu’on le leur demande. Mais il ne fallait surtout pas exiger d’eux plus que ce qu’ils étaient capables de donner.
Harruel savait qu’il était craint. Sa taille, sa force herculéenne et son caractère ombrageux lui en donnaient l’assurance. Mais il désirait également être aimé, ou tout au moins révéré. Ce ne serait pas très facile ; il soupçonnait la plupart de ses fidèles de le considérer comme un être brutal et violent. Le viol de Kreun expliquait en partie ce jugement. Bon, il avait eu un moment de folie et il n’était pas fier de ce qu’il avait fait, mais le passé était le passé ! Il avait une meilleure opinion qu’eux de lui-même, parce qu’il se connaissait mieux. Les autres ne voyaient que son extérieur dur et brutal et ignoraient tout de la complexité de son âme. Mais ils apprendraient à le connaître, ils comprendraient qu’il était à sa manière un homme remarquable, un chef avisé, au destin exceptionnel, digne d’être roi. Pas un animal, pas un monstre… Un être fort et sage à la fois.
Les hommes chassèrent pendant une heure, aussi longtemps que la lumière du jour le leur permit, tandis que les femmes cueillaient de petites baies azurées et de ronds fruits rouges à l’enveloppe piquante. Puis tout le monde prit place autour du feu de camp pour manger. Nittin, qui, sans avoir jamais reçu la formation d’un guerrier, se montrait d’une étonnante vivacité, avait réussi à attraper près du cours d’eau traversant la corniche un animal agile au long et mince corps pourpre, au cou garni d’une sorte de crinière fauve. Il avait de petites pattes potelées qui semblaient presque humaines et des yeux brillant d’intelligence. L’animal fournit juste assez de viande pour tout le monde et pas une bouchée ne fut perdue.
Après le repas vint le moment de l’accouplement.
Les choses avaient bien changé depuis l’époque du cocon, où tout le monde s’accouplait avec qui bon lui semblait, mais où en général seuls les couples de géniteurs s’adonnaient régulièrement à cette activité. Elles avaient changé à Vengiboneeza où les membres de la tribu dans leur quasi-totalité avaient commencé à former de véritables couples et à se reproduire. Un nouvel usage s’était instauré, selon lequel les couples ne cherchaient pas de relations charnelles à l’extérieur. Harruel s’y était conformé jusqu’au jour où il avait rencontré Kreun dans la montagne.
Au sein du petit groupe qui l’avait suivi, Lakkamai était le seul sans compagne, puisqu’il n’avait pas jugé bon d’emmener la femme-offrande, mais sa situation particulière ne semblait pas le déranger outre mesure. Il n’était certes pas dans les habitudes du taciturne Lakkamai de se plaindre, mais Harruel le voyait mal passer le reste de ses jours sans avoir de relations sexuelles. Il ne pouvait pourtant s’accoupler qu’avec les compagnes des autres hommes, car la petite Tramassilu ne serait pas en âge de connaître l’homme avant encore de nombreuses années.
Harruel, de son côté, s’était découvert un appétit très vif pour la chair et il n’avait nullement l’intention de limiter ses relations sexuelles à Minbain. Avec le temps sa compagne perdait les derniers vestiges de sa beauté et elle consacrait ce qu’il lui restait de forces à allaiter le petit Samnibolon. Galihine, la compagne de Konya, avait en revanche une féminité radieuse, Thaloin et Weiawala resplendissaient de tout l’éclat de leur jeunesse et Nettin avait retrouvé une vigueur de bon aloi. L’un des premiers soirs après le départ de Vengiboneeza, Harruel avait décrété l’ancienne coutume périmée et il avait entraîné Thaloin pour passer la nuit avec elle.
Si Minbain et Bruikkos avaient eu des objections, ils n’en avaient rien laissé paraître.