La Bible amusante
- Автор: Таксиль Лео
- Год: 1904
- Язык: французский
- Жанр: Прочее юмористическое
Электронная книга - «La Bible amusante». Краткое содержание книги:
Tous les frères d’Absalon, témoins de ce fratricide, sortirent précipitamment de table et s’enfuirent sur leurs mules, comme s’ils eussent craint d’avoir le sort d’Amnon. A ce propos, on a fait observer que c’est la première fois qu’il est question de mulets dans l’histoire juive. Un théologien, dans sa manie de vouloir mettre de l’extraordinaire là même où il n’y en a pas, l’impayable dom Calmet, a eu la belle idée d’avancer, dans son commentaire de la Bible, que «les mulets de Palestine ne sont pas produits de l’accouplement d’un âne et d’une jument, mais qu’ils sont engendrés d’un mulet et d’une mule». Cette nouveauté inattendue a provoqué le rire de Voltaire, qui répond au bénédictin: «Dom Calmet cite, à ce sujet, l’opinion d’Aristote; mais il aurait mieux fait, sans doute, de consulter un bon muletier. Nous avons vu plusieurs voyageurs qui assurent qu’Aristote s’est trompé et le révérend Calmet avec lui. Il n’y a point de naturaliste aujourd’hui qui croie aux prétendues races de mulets. Un bourriquet fait un beau mulet à une cavale; mais la nature s’arrête là, et le mulet n’a pas le pouvoir d’engendrer. Pourquoi donc la Providence lui a-t-elle donné l’instrument de la génération? On dit qu’elle ne fait rien en vain: cependant, l’instrument d’un mulet devient la chose du monde la plus inutile. Il en est, d’ailleurs, des parties du mulet comme des mamelles des hommes; ces mamelles sont très inutiles, et ne servent qu’à figurer.» David pleura beaucoup Amnon et ne cacha pas qu’il blâmait Absalon de l’avoir tué; c’est pourquoi Absalon s’exila d’Israëclass="underline" il se réfugia au royaume de Gessur, dont le souverain, le roi Talmaï, était son grand-père maternel. Il demeura trois ans dans cet asile. (v. 37-38) Joab usa d’adresse pour faire rappeler Absalon; il y réussit tant bien que mal et le ramena à Jérusalem (14:23); mais David ne voulut pas que son fils parût devant lui.
«Or, il n’y avait point d’homme dans tout Israël plus beau qu’Absalon; il n’avait pas le moindre défaut, depuis les pieds jusqu’à la tête; et lorsqu’il se faisait couper les cheveux (ce qui lui arrivait une fois par an, parce qu’alors le poids de sa chevelure l’embarrassait trop), il les pesait, et il se trouvait que leur poids atteignait jusqu’à deux cents sicles.
D’autre part, Absalon eut trois fils et une fille, qu’il nomma Thamar et qui devint une fort belle femme. Mais il importe surtout de savoir qu’il demeura à Jérusalem deux ans entiers sans voir le roi son père. Ensuite, il fit dire à Joab de venir le trouver, pour le prier de le remettre tout-à-fait dans les bonnes grâces du roi; mais Joab ne voulut pas venir chez Absalon. Mandé une seconde fois, il refusa encore de venir. Absalon dit alors à ses gens: Vous n’ignorez pas que Joab possède un champ d’orge auprès du mien; allez donc, et mettez-y le feu. Et les gens d’Absalon incendièrent la moisson du général en chef des armées de David. Alors, Joab vint chez Absalon, dans sa maison, et lui dit: Pourquoi tes valets ont-ils mis le feu à mon orge? Absalon lui répondit: Je t’ai fait prier de me venir voir, afin de me raccommoder avec le roi mon père, et tu ne t’es pas dérangé; ce n’était pas la peine, vraiment, de m’avoir ramené de Gessur! il vaudrait mieux que j’y fusse encore! Maintenant donc, je t’en prie, fais-moi voir le roi; s’il trouve encore quelque iniquité, eh bien, qu’il me tue! Joab rapporta ces paroles à David, qui fit alors appeler Absalon; et Absalon s’étant mis à genoux devant le roi, le roi le baisa.» (14:25-33)
Si cette conduite d’Absalon envers Joab est moins horrible que le reste, elle est, par contre, excessivement grotesque. Jamais, ailleurs que dans la Bible, on ne s’est avisé d’incendier les orges d’un général en chef, d’un premier ministre, pour avoir une conversation avec lui; c’est un drôle de moyen d’obtenir des audiences!…
«Après cela, Absalon se fit faire des chariots; il assembla des cavaliers et cinquante hommes qui marchaient devant lui (15:1)… Et il fit une grande conjuration, promettant à tous de rendre justice; et Absalon s’attachait ainsi les cœurs des Israélites (v. 6)… Et, quarante ans après, Absalon dit un jour à David: Il faut que je m’absente; car j’ai à me rendre à Hébron pour accomplir un vœu que j’ai fait à Jéhovah, au temps où j’habitais Gessur. Le roi lui répondit: Va-t’en en paix. Absalon alla donc à Hébron. Et Absalon fit publier dans tout Israël, au son de la trompette, qu’il avait été établi roi à Hébron. Et deux cents hommes de Jérusalem, qu’il avait entraînés, étaient avec lui à Hébron, dans la simplicité de leur cœur, ne sachant rien de cette conjuration (v. 7-11)… Alors, David dit à ses officiers qui étaient avec lui à Jérusalem: Allons-nous-en, fuyons bien vite, de peur qu’Absalon ne vienne s’emparer de nos personnes et ne nous fasse dévorer par la bouche de son glaive. Ses officiers lui répondirent: Nous sommes prêts à faire tout ce que tu trouveras bon. Le roi David sortit donc de Jérusalem avec tout son monde, en marchant avec ses pieds, laissant seulement dix de ses femmes pour garder sa maison; et tout le peuple le suivit, jusqu’au lieu très éloigné où il s’arrêta; puis, ils reprirent leur marche, en s’éloignant toujours, tous ses officiers et ses serviteurs faisant route auprès de lui; et les troupes des Kéréthiens, des Péléthiens et six cents Géthéens marchaient à pied devant le roi.» (15:14-18)
Milord Bolingbroke raconte que le général Widers, quelque temps après la bataille de Blenheim où il s’était signalé, entendant un jour son chapelain lire ce passage de la Bible, lui arracha le livre et le jeta par terre, en disant: «Pardieu! chapelain, voilà un grand poltron et un vil misérable que ton David, de s’en aller pieds nus avec son beau régiment de Géthéens!… Ah! moi, j’aurais fait volte-face, et, jarnidieu! j’aurais couru à ce coquin d’Absalon; mort-dieu! je l’aurais fait pendre au premier poirier!»
«Et tout le monde pleurait, avec de grands cris; puis, le roi David passa le torrent du Cédron, et le peuple prit le chemin qui conduit au désert. Sadoc était là aussi, avec tous les lévites qui portaient l’arche de Dieu.» (15:23-24)
Mais David fit retourner l’arche à Jérusalem.
«Quand David eut passé le haut de la montagne, Tsiba, intendant de Méphisboseth, fils de Jonathan, vint au-devant de lui avec deux ânes chargés de deux cents pains, de cent paniers de figues, de cent paquets de raisins secs et d’une peau de bouc remplie de vin. Il apportait cela pour le roi et sa famille. Et David demanda à Tsiba: Où est Méphisboseth? Tsiba répondit: Il est resté à Jérusalem, dans l’espoir qu’Israël lui rendra aujourd’hui le royaume de son grand-père Saül. Alors, David dit à Tsiba: Eh bien, je te donne tous les biens de Méphisboseth (16:1-4)... Or, le roi David étant venu dans sa fuite jusqu’à Bahurim, un ancien domestique de Saül, nommé Séméi, sortit de sa maison et se mit à maudire le roi; et il jetait des pierres contre David et contre tous ses officiers; et tout le peuple et tous les hommes vaillants, entourant le roi à droite et à gauche, recevaient ces pierres. Séméi criait à David: Viens donc ici, homme de sang! viens, que je te lapide, homme de Bélial! (16:5-7)… Mais David et ses gens continuèrent leur chemin, et Séméi les poursuivait, en continuant à leur lancer des pierres, tant et tant qu’il s’élevait autour du roi un nuage de poussière.» (16:13).
Les critiques font observer que, si l’auteur sacré n’avait été qu’un écrivain ordinaire, il aurait détaillé la rébellion d’Absalon; il aurait dit quelles étaient les forces de ce prince; il nous aurait appris pourquoi David, ce grand guerrier, s’enfuit si piteusement de Jérusalem avant que son fils y fût arrivé. Jérusalem était-elle fortifiée? ne l’était-elle pas? Comment tout le peuple qui suit David n’oppose-t-il aucune résistance? Est-il possible qu’un tyran aussi féroce, aussi impitoyable que David, qui vient de scier en deux, d’écraser sous des herses de fer, de brûler dans des fours à briques ses ennemis vaincus, s’enfuie de sa capitale en pleurnichant comme un sot enfant, sans faire la moindre tentative pour arrêter la révolte d’un fils criminel?… Et l’incident de ce Séméi, qui lui jette impunément des pierres tout le long du chemin, tandis qu’il est entouré de tant d’hommes d’armes et de tous les habitants de Jérusalem, n’est-il pas une des plus burlesques mystifications du divin pigeon, inspirateur de l’écrivain?… On en est à se demander si l’on rêve, quand on lit des balivernes d’une telle niaiserie dans un livre religieux auquel il faut croire sous peine d’anathème!…