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Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]

Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]». Краткое содержание книги:

Depuis sa publication en 1954-1955, le récit des aventures de Frodo et de ses compagnons, traversant la Terre du Milieu au péril de leur vie pour détruire l’Anneau forgé par Sauron, a enchanté des dizaines de millions de lecteurs, de tous les âges. Chef-d’œuvre de la fantasy, découverte d’un monde imaginaire, de sa géographie, de son histoire et de ses langues, mais aussi réflexion sur le pouvoir et la mort, Le Seigneur des Anneaux est sans équivalent par sa puissance d’évocation, son souffle et son ampleur. Cette nouvelle traduction prend en compte la dernière version du texte anglais, les indications laissées par Tolkien à l’intention des traducteurs et les découvertes permises par les publications posthumes proposées par Christopher Tolkien. Ce volume contient 18 illustrations d’Alan Lee, entièrement re-numérisées, d’une qualité inégalée, ainsi que deux cartes (en couleur) de la Terre du Milieu et du Comté.
Version 104826 - 2014-09-30 14:40:02 +0200
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« Cela se passait il y a dix-sept ans. Bientôt, je m’avisai que des espions de toutes sortes, même des bêtes et des oiseaux, s’étaient réunis autour du Comté, et ma peur grandit. Je demandai l’aide des Dúnedain, qui redoublèrent leur surveillance ; et j’ouvris mon cœur à Aragorn, l’héritier d’Isildur. »

« Et quant à moi, dit Aragorn, je lui conseillai de partir à la recherche de Gollum, même si ce pouvait paraître trop tard. Et comme il semblait à propos, pour l’héritier d’Isildur, d’œuvrer à réparer la faute de celui-ci, je me lançai avec Gandalf dans cette longue quête désespérée. »

Gandalf raconta alors comment ils avaient sillonné toute la Contrée Sauvage, jusqu’aux Montagnes de l’Ombre mêmes et aux défenses du Mordor. « Alors nous avons eu vent de lui, et nous supposons qu’il se terra longtemps là-bas dans les collines sombres ; mais nous ne l’avons jamais trouvé, et je finis par désespérer. Et dans mon désespoir, je me rappelai une épreuve qui rendrait peut-être la capture de Gollum inutile. L’Anneau lui-même pourrait être en mesure de nous dire s’il était l’Unique. Des paroles prononcées au Conseil me revinrent en mémoire : des paroles de Saruman, alors à demi écoutées. Je les entendis alors très clairement dans mon cœur.

« “Les Neuf, les Sept et les Trois avaient chacun leur propre joyau”, avait-il assuré. “Mais non l’Unique. Il était rond et sans ornement, comme s’il s’agissait d’un des anneaux moindres ; mais son créateur y plaça une inscription que les gens de savoir-faire seraient peut-être encore capables de voir et de lire.”

« Quelle était cette inscription ? Il ne l’avait pas dit. Qui de nos jours le saurait ? Son créateur. Et Saruman aussi ? Mais si grande que fût sa science, elle devait avoir une source. Quelle main, hormis celle de Sauron, avait jamais tenu cet objet avant qu’il se perde ? Celle d’Isildur uniquement.

« Avec cette idée en tête, j’abandonnai la poursuite et je passai rapidement au Gondor. Les membres de mon ordre y avaient toujours été bien reçus, mais particulièrement Saruman. Souvent l’invité des Seigneurs de la Cité, il y avait fait de longs séjours. Cette fois, le seigneur Denethor me fit moins bon accueil que par le passé ; mais il me permit à contrecœur de consulter son trésor de livres et de rouleaux.

« “Si vraiment vous ne cherchez, comme vous l’affirmez, que des chroniques de l’ancien temps, et des origines de la Cité, alors lisez !” dit-il. “Car à mes yeux, ce qui fut est moins sombre que ce qui est à venir, et c’est là ma charge. Mais à moins que vous ne soyez plus doué que Saruman lui-même, qui a longuement étudié ici, vous ne trouverez rien qui ne soit bien connu de moi, qui suis maître dans la tradition de cette Cité.”

« Ainsi parla Denethor. Pourtant, ses collections recèlent de nombreux documents que seuls les plus grands maîtres en tradition savent déchiffrer, car leurs écritures et leurs langues se sont obscurcies, et elles ne sont plus guère entendues des hommes. Et figurez-vous, Boromir, qu’il se trouve encore à Minas Tirith un rouleau que personne n’a lu, hormis, je suppose, Saruman et moi, depuis que les rois se sont éteints : un rouleau qu’Isildur a tracé de sa main. Car Isildur n’est pas reparti aussitôt la guerre conclue au Mordor, comme d’aucuns l’ont raconté. »

« D’aucuns dans le Nord, peut-être, intervint Boromir. Tous savent au Gondor qu’il marcha d’abord sur Minas Anor, où il demeura un temps auprès de son neveu Meneldil, lui prodiguant son instruction avant de lui commettre le gouvernement du Royaume du Sud. En ce temps-là, il planta là-bas le dernier scion de l’Arbre Blanc en mémoire de son frère. »

« Mais en ce temps-là, il prépara aussi le rouleau dont je vous parle, dit Gandalf, et il semble que le Gondor n’en garde pas souvenance. Car ce document concerne l’Anneau, et voici ce qu’Isildur y écrivit :

Le Grand Anneau ira maintenant dans le Royaume du Nord pour devenir un héritage d’icelui ; mais des actes le concernant seront laissés en Gondor, où vivent aussi les héritiers d’Elendil, dût-il venir un temps où le souvenir de ces grandes questions se sera effacé.

« Ensuite, Isildur décrivit l’Anneau tel qu’il le trouva.

Il étoit chaud quand je le pris d’abord, tel un charbon ardent, et ma main fut brûlée de telle manière que je doute d’être un jour délivré de sa douleur. Mais cependant que j’écris, il s’est refroidi, et semble s’étrécir, sans que sa beauté ni sa forme n’en soient gâtées. Déjà, l’inscription qui s’y trouve et qui, au début, étoit claire comme une flamme rouge, s’évanouit et ne se lit plus qu’à grand’peine. Elle est façonnée dans une écriture elfique de l’Eregion, car le Mordor n’a point de lettres pour un ouvrage aussi subtil ; mais la langue m’est inconnue. J’estime qu’il s’agit d’une langue du Pays Noir, car elle est ignoble et fruste. Je ne sçais quel maléfice elle énonce ; mais j’en trace ici une imitation, de crainte qu’elle ne s’évanouisse à jamais. Il manque peut-être à l’Anneau la chaleur de la main de Sauron, qui étoit noire et pourtant brûloit comme du feu, causant ainsi la perte de Gil-galad ; et peut-être l’écriture seroit-elle ravivée si l’or étoit de nouveau chauffé. Mais pour moi, je n’oserois porter atteinte à cette chose : de toutes les œuvres de Sauron, la seule belle. Elle m’est précieuse, bien qu’elle me cause une grande souffrance.

« Quand je lus ces mots, je sus que ma quête était terminée. Car l’inscription tracée, comme Isildur l’avait deviné, était bel et bien dans la langue du Mordor et des serviteurs de la Tour. Et ce qu’elle disait était déjà connu. Car le jour où Sauron mit l’Unique pour la première fois, Celebrimbor, créateur des Trois, le décela, et de loin, il l’entendit prononcer ces mots, et les desseins malveillants de Sauron furent mis au jour.

« Je pris aussitôt congé de Denethor, mais alors même que je me dirigeais vers le nord, des messages me parvinrent de la Lórien me disant qu’Aragorn était passé par là, et qu’il avait trouvé la créature appelée Gollum. Par conséquent, je me détournai de ma route pour aller à sa rencontre et pour entendre son récit, n’osant imaginer les périls mortels qu’il avait affrontés seul. »

« Rien ne sert de s’étendre sur le sujet, dit Aragorn. Car s’il vous faut marcher en vue de la Porte Noire, ou fouler les fleurs mortelles du Val de Morgul, vous êtes sûr de rencontrer des périls. Mais moi aussi, je finis par désespérer, et je pris le chemin du retour. Puis, la fortune me conduisit soudain à ce que je cherchais : des empreintes de pieds nus aux abords d’un étang boueux. Mais à présent, la piste était fraîche et vive, et elle ne menait pas au Mordor : elle s’en éloignait. Je la suivis en marge des Marais Morts, et là, je le tins. Rôdant au bord d’un lac stagnant, se mirant dans l’eau à la brune, je le saisis, Gollum. Il était couvert de vase verdâtre. Il ne m’aimera jamais, j’en ai peur ; car il me mordit, et je ne fus pas tendre. Jamais je ne pus tirer autre chose de sa bouche que la marque de ses dents. Ce fut, je trouvai, la pire portion de tout mon voyage : revenir sur mes pas en le surveillant nuit et jour, en le faisant marcher devant moi, la corde au cou, bâillonné, jusqu’à ce qu’il soit dompté par la faim et la soif, toujours plus avant, vers Grand’Peur. Je l’y amenai enfin et le remis aux Elfes, car nous étions convenus de cela ; et je n’étais pas fâché d’en être débarrassé, car il puait. Pour ma part, j’espère ne plus jamais poser les yeux sur lui ; mais Gandalf est venu et a souffert de longs entretiens avec lui. »

« Oui, longs et fastidieux, dit Gandalf, mais non sans résultat. Pour commencer, le récit qu’il fit de sa déconvenue concordait avec celui que Bilbo vient de livrer ouvertement pour la première fois – ce qui n’avait guère d’importance, puisque je l’avais déjà deviné. Mais c’est à cette occasion que j’appris que l’anneau de Gollum était sorti des eaux du Grand Fleuve, non loin des Champs de Flambes. Et j’appris aussi qu’il l’avait eu longtemps. Maintes fois l’existence de ceux de sa petite espèce. Le pouvoir de l’Anneau lui avait donné une longévité exceptionnelle ; or, seuls les Grands Anneaux détiennent un tel pouvoir.

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