Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]
- Автор: Толкин Джон Рональд Руэл
- Серия: Le Seigneur des Anneaux #1
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Christian Bourgois
- ISBN: 9782267027419
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]». Краткое содержание книги:
Version 104826 - 2014-09-30 14:40:02 +0200
« Son souffle se fit alors semblable au sifflement des serpents, et tous ceux qui se tenaient là frissonnèrent, mais Dáin dit : “Je ne réponds ni oui ni non. Je dois considérer ce message et ce qu’il signifie sous ses beaux atours.”
« “Considérez-le, mais point trop longtemps”, dit-il.
« “Le temps de ma réflexion est mien, et j’en dispose comme bon me semble”, répondit Dáin.
« “Pour le moment”, dit l’autre, et il s’en fut chevauchant dans les ténèbres.
« Les cœurs de nos chefs ont été lourds depuis cette nuit-là. Point n’était besoin de la voix cruelle du messager pour nous avertir de tout ce que ses paroles recélaient de menace et de tromperie ; car nous savions déjà que le pouvoir resurgi au Mordor n’avait pas changé, lui qui nous a toujours trahis par le passé. Par deux fois, le messager est revenu, et sa requête est demeurée sans réponse. La troisième et dernière fois viendra bientôt : d’ici la fin de l’année, selon ses dires.
« Dáin a donc fini par m’envoyer afin de prévenir Bilbo que l’Ennemi le cherche, et pour apprendre, si possible, pourquoi il désire cet anneau, ce moindre des anneaux. Et, bien humblement, nous sollicitons l’avis d’Elrond. Car l’Ombre croît et se rapproche. Nous apprenons que des messagers se sont présentés aussi devant le roi Brand, au Val, et que lui-même a peur. Nous craignons qu’il ne cède. Déjà, la guerre se prépare sur les marches orientales de son royaume. Si nous ne donnons aucune réponse, l’Ennemi pourrait pousser des Hommes sous sa férule à assaillir le roi Brand, et Dáin également. »
« Vous avez bien fait de venir, dit Elrond. Vous apprendrez aujourd’hui tout ce qu’il faut savoir pour comprendre les desseins de l’Ennemi. Il n’y a rien que vous puissiez faire, sinon que de résister, avec ou sans espoir. Mais vous n’êtes pas seuls. Vous apprendrez que l’inquiétude qui vous ronge n’est qu’une partie du trouble qui gagne tout le monde occidental. L’Anneau ! Qu’allons-nous faire de l’Anneau, le moindre des anneaux, le colifichet dont Sauron s’est entiché ? Telle est la destinée qu’il nous faut méditer.
« Voilà pourquoi vous avez été appelés ici. Je dis “appelés”, bien que je ne vous aie appelés à moi, étrangers de contrées lointaines. Vous êtes venus et êtes ici réunis, tout juste à temps et par pur hasard, comme on pourrait le croire. Et pourtant, il n’en est rien. Considérez plutôt qu’on a voulu que ce soit nous, qui siégions ici, et nuls autres que nous, qui devions chercher conseil face au péril du monde.
« Or donc, nous parlerons désormais ouvertement de choses qui, jusqu’à ce jour, sont restées cachées à la vue de tous hormis quelques-uns. Et tout d’abord, afin que chacun puisse comprendre le péril qui nous guette, le Conte de l’Anneau sera narré depuis le début jusqu’à ces jours présents. Et c’est moi qui commencerai ce récit, mais d’autres le termineront. »
Tous écoutèrent alors, tandis qu’Elrond, de sa voix claire, parlait de Sauron et des Anneaux de Pouvoir, forgés au Deuxième Âge du monde, il y a fort longtemps. Une partie de son récit était connue de quelques-uns de ceux qui étaient là, mais nul ne le savait en entier, et bien des yeux observaient Elrond avec crainte et émerveillement tandis qu’il évoquait les forgerons elfes de l’Eregion, leur amitié avec les nains de la Moria, et leur soif de connaissance, par laquelle Sauron les leurra. Car Sauron, en ce temps-là, n’avait pas encore sinistre figure, et ils reçurent son aide et acquirent un grand savoir-faire, tandis que lui découvrait tous leurs secrets ; et il les trahit, forgeant dans la Montagne du Feu l’Anneau Unique afin de devenir leur maître. Mais Celebrimbor le décela, et il cacha les Trois qu’il avait créés ; et ce fut la guerre, et le pays fut dévasté, et la porte de la Moria fut close.
Puis, Elrond retraça le parcours de l’Anneau durant toutes les années qui suivirent ; mais comme cette histoire est racontée ailleurs, consignée par Elrond lui-même dans ses livres de tradition, elle n’est pas rappelée ici. Car il s’agit d’un long récit, plein de hauts faits et de terribles actes ; et aussi concis que fût Elrond, le soleil monta dans le ciel, et la matinée touchait à sa fin quand il acheva son récit.
Il parla de Númenor, de sa gloire et de sa chute, et du retour des Rois des Hommes en Terre du Milieu, réchappés des profondeurs de la Mer, portés sur les ailes de la tempête. Puis Elendil le Grand et ses puissants fils, Isildur et Anárion, devinrent de grands seigneurs ; et ils fondèrent le Royaume du Nord en Arnor, et le Royaume du Sud au Gondor, en amont des bouches de l’Anduin. Mais Sauron du Mordor les assaillit, et ils firent la Dernière Alliance des Elfes et des Hommes, et les armées de Gil-galad et d’Elendil furent rassemblées en Arnor.
Sur ce, Elrond s’arrêta un moment et soupira. « Je me souviens bien de la splendeur de leurs bannières, dit-il. Elle me rappelait la gloire des Jours Anciens et les armées du Beleriand, tant il y avait de nobles princes et de grands capitaines rassemblés. Mais jamais aussi nombreux ni aussi beaux qu’au jour où le Thangorodrim fut brisé, et où les Elfes crurent le mal à jamais disparu, alors qu’il n’en était rien. »
« Vous vous en souvenez ? dit Frodo, s’exclamant tout haut dans son étonnement. Mais je croyais, balbutia-t-il comme Elrond se tournait vers lui, je croyais que la chute de Gil-galad se passait il y a de cela un long âge. »
« En effet, répondit gravement Elrond. Mais ma mémoire remonte jusqu’aux Jours Anciens. Eärendil était mon père, né à Gondolin avant sa chute ; et ma mère était Elwing, fille de Dior, fils de Lúthien du Doriath. J’ai vu passer trois âges dans l’Ouest du monde, ainsi que de nombreuses défaites, et de nombreuses victoires arrachées en vain.
« Je fus le héraut de Gil-galad, marchant avec son armée. Je fus à la Bataille de Dagorlad devant la Porte Noire du Mordor, où nous l’avons emporté ; car nul ne put résister à la Lance de Gil-galad et à l’Épée d’Elendil, Aeglos et Narsil. J’assistai au dernier combat sur les pentes de l’Orodruin, où mourut Gil-galad et où tomba Elendil, Narsil se brisant sous lui ; mais Sauron lui-même fut vaincu, et Isildur trancha l’Anneau de sa main avec le fragment de l’épée de son père, et il se l’appropria. »
Ces mots firent réagir l’étranger, Boromir. « Voilà donc ce qu’il advint de l’Anneau ! s’écria-t-il. Si jamais un tel récit fut connu dans le Sud, il y a longtemps qu’il est oublié. J’avais entendu parler du Grand Anneau de celui que nous ne nommons pas ; mais nous croyions qu’il avait disparu du monde dans la ruine de son premier royaume. Isildur l’a pris ! Voilà certainement une nouvelle. »
« Hélas ! oui, dit Elrond. Isildur l’a pris, ce qui n’aurait pas dû être. On aurait dû le jeter au feu de l’Orodruin où il fut forgé, non loin de là. Mais le geste d’Isildur eut bien peu de témoins. Lui seul se tenait au côté de son père lors de l’ultime confrontation ; et auprès de Gil-galad, il n’y avait que Círdan et moi-même. Mais Isildur refusa d’entendre nos conseils.
« “Je prendrai ceci en réparation de la mort de mon père et de mon frère”, dit-il ; ainsi, que nous le voulions ou non, il s’en saisit et le conserva comme un bien précieux. Mais il fut bientôt trahi par l’Anneau, et trouva la mort ; c’est pourquoi on l’appelle, dans le Nord, le Fléau d’Isildur. Mais ce sort était peut-être préférable à ce qui aurait pu lui advenir autrement.
« Ces nouvelles ne furent connues que dans le Nord, et de très peu de gens. Il n’est guère étonnant que vous ne les ayez entendues, Boromir. De la débâcle des Champs de Flambes, où Isildur périt, trois hommes seulement revinrent jamais de l’autre côté des montagnes, après de longues errances. L’un d’entre eux était Ohtar, l’écuyer d’Isildur, qui gardait les fragments de l’épée d’Elendil ; et il les apporta à Valandil, l’héritier d’Isildur qui, n’étant alors qu’un enfant, était resté ici à Fendeval. Mais Narsil était brisée et sa lumière éteinte, et elle n’a pas encore été reforgée.