Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]
- Автор: Толкин Джон Рональд Руэл
- Серия: Le Seigneur des Anneaux #1
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Christian Bourgois
- ISBN: 9782267027419
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]». Краткое содержание книги:
Version 104826 - 2014-09-30 14:40:02 +0200
« Ce récit sera conté », dit Elrond.
« Mais pas tout de suite, de grâce, maître ! s’écria Bilbo. Déjà, le Soleil est près de midi, et j’ai grand besoin de me sustenter. »
« Je ne vous avais pas nommé, dit Elrond en souriant. Mais je le fais, à présent. Allons ! Faites-nous votre récit. Et si vous ne l’avez pas encore mis en vers, vous pouvez nous le dire en prose. Plus il sera bref, plus vite vous serez rassasié. »
« Très bien, dit Bilbo. Puisque vous insistez. Mais je vais maintenant raconter la vraie histoire, et si d’aucuns ici présents m’ont entendu la raconter autrement » – il lança un regard oblique à Glóin – « je leur demande de l’oublier et de me pardonner. Je souhaitais seulement, à l’époque, revendiquer le trésor comme mon propre bien, et me défaire du nom de voleur dont j’étais affublé. Mais je comprends peut-être un peu mieux les choses, à présent. Bref, voici ce qui s’est passé. »
Pour certains, le récit de Bilbo était tout à fait nouveau, et ils écoutèrent avec stupéfaction tandis que le vieux hobbit racontait – sans plus se faire prier, d’ailleurs – son aventure avec Gollum, avec moult détails. Pas une seule énigme ne fut passée sous silence. Il n’eût pas manqué de leur faire aussi, si on lui en avait donné l’occasion, un compte rendu de la fête et de sa disparition du Comté ; mais Elrond leva la main.
« Bien raconté, mon ami, dit-il, mais voilà qui est assez. Pour le moment, il suffit de savoir que l’Anneau est échu à Frodo, votre héritier. Laissez-lui la parole, à présent ! »
Alors Frodo, moins volontiers que Bilbo, raconta toute son expérience avec l’Anneau depuis le jour où il était passé sous sa garde. Chaque étape de son voyage de Hobbiteville au Gué de la Bruinen fut interrogée et examinée, et tout ce qu’il put se rappeler au sujet des Cavaliers Noirs fut considéré. Enfin, il se rassit.
« Pas mal, lui dit Bilbo. Tu aurais pu en faire une bonne histoire s’ils n’avaient cessé de t’interrompre. J’ai essayé de prendre quelques notes, mais il nous faudra revoir tout cela ensemble un jour, si je dois le mettre par écrit. Il y en a pour des chapitres entiers, avant même que tu sois arrivé ici ! »
« Oui, ce fut un très long récit, répondit Frodo. Mais l’histoire me paraît encore incomplète. Il y a encore bien des choses que je désire savoir, surtout à propos de Gandalf. »
Galdor des Havres, qui était assis non loin, surprit ses paroles. « Vous parlez pour moi aussi », s’écria-t-il ; et se tournant vers Elrond, il dit : « Peut-être les Sages ont-ils ample motif de croire que le trésor du demi-homme est en vérité le Grand Anneau longuement discuté, aussi improbable que cela puisse paraître pour ceux qui n’en savent pas autant. Mais ne pouvons-nous entendre les preuves ? Et il est autre chose que j’aimerais demander. Qu’en est-il de Saruman ? Il est versé dans la science des Anneaux, pourtant il n’est pas parmi nous. Quel est son conseil – s’il sait toutes les choses que nous venons d’entendre ? »
« Les questions que vous posez, Galdor, sont liées les unes aux autres, dit Elrond. Je ne les avais point oubliées, et il y sera répondu. Mais c’est à Gandalf qu’il revient d’éclaircir ces points ; et je le nomme en dernier, car c’est la place d’honneur, et dans toute cette affaire il a été le chef. »
« D’aucuns, Galdor, dit Gandalf, considéreraient le récit de Glóin et la poursuite de Frodo comme une preuve suffisante de toute la valeur accordée par l’Ennemi au trésor du demi-homme. Or il s’agit d’un anneau. Que pouvons-nous en déduire ? Les Neuf, les Nazgûl les ont. Les Sept ont été pris ou détruits. » À ces mots, Glóin remua sur son siège, mais ne dit rien. « Les Trois, nous en avons connaissance. Quel est donc celui-ci qu’il désire tant ?
« Il y a, en effet, un vaste espace de temps entre le Fleuve et la Montagne, entre la perte et la redécouverte. Mais cette lacune dans la connaissance des Sages a finalement été comblée. Quoique trop lentement. Car l’Ennemi nous talonnait et est resté très près, plus près encore que je ne l’avais craint. Heureusement pour nous, ce ne fut pas avant cette année – avant cet été même, semble-t-il – qu’il découvrit toute la vérité.
« Il y a maintes années, certains d’entre vous s’en souviendront, j’osai moi-même passer les portes du Nécromancien à Dol Guldur, et j’explorai secrètement ses dédales, avérant ainsi nos craintes : ce n’était nul autre que Sauron, notre Ennemi de jadis qui commençait enfin à reprendre forme et pouvoir. Certains se souviendront aussi que Saruman nous dissuada de toute démarche ouverte contre lui ; et pendant longtemps, nous nous contentâmes de l’observer. Mais comme son ombre grandissait, Saruman finit par céder, et le Conseil déploya toute sa force et chassa le mal hors de Grand’Peur – et ce, dans l’année même où cet Anneau fut découvert : curieux hasard, si hasard il y eut.
« Mais nous arrivions trop tard, ainsi qu’Elrond l’avait pressenti. Sauron nous avait observés aussi, et il s’était longuement préparé à notre assaut, gouvernant de loin le Mordor par le biais de Minas Morgul, où demeuraient ses Neuf serviteurs, jusqu’à ce que tout fût enfin prêt. Alors il ploya devant nous et s’enfuit, mais ce n’était qu’un faux-semblant, car il gagna peu après la Tour Sombre où il se révéla au grand jour. Le Conseil se réunit alors pour la dernière fois ; car nous apprenions qu’il cherchait plus avidement que jamais l’Unique. Nous craignions qu’il eût appris quelque chose le concernant dont nous ne savions rien. Mais Saruman nia, et répéta ce qu’il nous avait déjà dit : que l’Unique ne serait jamais retrouvé en Terre du Milieu.
« “Tout au plus”, dit-il, “notre Ennemi sait que nous ne l’avons pas, et qu’il demeure perdu. Mais ce qui est perdu peut encore être retrouvé, croit-il. N’ayez crainte ! Son espoir le trompera. N’ai-je pas sérieusement étudié cette question ? Anduin le Grand l’a englouti ; et il y a longtemps, pendant que Sauron dormait, il a été charrié par le Fleuve jusqu’à la Mer. Qu’il y demeure jusqu’à la Fin.” »
Gandalf se tut, regardant à l’est du portique vers les lointains sommets des Montagnes de Brume, dont les grandes racines avaient si longtemps abrité le péril du monde. Il soupira.
« Là, je fus pris en défaut, dit-il. Je me laissai bercer par les paroles de Saruman le Sage ; si j’avais cherché plus tôt à connaître la vérité, notre péril serait moindre aujourd’hui. »
« Nous fûmes tous en défaut, dit Elrond ; et n’eût été votre vigilance, les Ténèbres seraient peut-être déjà sur nous. Mais poursuivez ! »
« Dès le départ, mon cœur me mit en garde, sans que j’en puisse voir la raison, dit Gandalf ; et je voulus savoir comment cette chose était venue à Gollum, et combien de temps il l’avait tenue en sa possession. Je le fis donc surveiller, devinant qu’il quitterait avant peu le couvert des ténèbres à la recherche de son trésor. Il finit par en sortir, mais il s’échappa et ne put être trouvé. Puis, hélas ! je décidai d’en rester là, me contentant d’observer et d’attendre, comme nous l’avons fait trop souvent.
« Les années passèrent, amenant leur lot de soucis, jusqu’à ce que mes doutes s’éveillent à nouveau en une peur soudaine. D’où provenait l’anneau du hobbit ? Et que devait-on faire, si ma crainte s’avérait ? Il me fallait décider de cela. Mais pour lors, je ne dis mot à personne de mes appréhensions, sachant le danger d’un murmure intempestif s’il venait à s’égarer. Dans toutes les longues guerres contre la Tour Sombre, la trahison fut toujours notre pire ennemie.