Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]
- Автор: Толкин Джон Рональд Руэл
- Серия: Le Seigneur des Anneaux #1
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Christian Bourgois
- ISBN: 9782267027419
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]». Краткое содержание книги:
Version 104826 - 2014-09-30 14:40:02 +0200
« “Auquel cas elle n’est plus blanche, dis-je. Et qui brise une chose pour découvrir ce que c’est a quitté la voie de la sagesse.”
« “Inutile de me parler comme à un des sots qui te servent d’amis, dit-il. Je ne t’ai pas amené ici pour recevoir tes enseignements, mais pour t’offrir un choix.”
« Il se redressa alors et se mit à déclamer, comme s’il entamait un discours longuement préparé. “Les Jours Anciens sont révolus. Les Jours Moyens passent. Les Jours Jeunes commencent. Le temps des Elfes est derrière eux, mais le nôtre approche : le monde des Hommes, qu’il nous faut diriger. Mais il nous faut le pouvoir, le pouvoir d’ordonner toutes choses comme nous l’entendons, pour le bien que seuls les Sages peuvent voir.
« “Et écoute-moi, Gandalf, mon vieil ami et assistant ! dit-il, s’approchant et me parlant d’une voix adoucie. Je dis nous, car ce peut être nous, si tu décides de te joindre à moi. Un nouveau Pouvoir se lève. Contre lui, les vieilles alliances et politiques ne nous serviront aucunement. Il n’y a plus d’espoir en les Elfes, ni en Númenor qui se meurt. Voici alors un choix qui s’offre à toi, à nous. Nous pourrions nous joindre à ce Pouvoir. Ce serait sage, Gandalf. Il y a de l’espoir de ce côté. Sa victoire est proche ; et la récompense sera grande pour ceux qui l’auront aidé. À mesure que le Pouvoir grandira, ses amis éprouvés s’en trouveront grandis aussi ; et les Sages tels que toi et moi pourront, avec de la patience, arriver enfin à diriger son cours, à en avoir la maîtrise. Nous pouvons attendre notre heure, garder nos pensées dans nos cœurs et déplorer, peut-être, les torts causés en passant, mais toujours dans un ultime et noble dessein : la Connaissance, l’Autorité, l’Ordre, toutes ces choses que nous nous sommes jusqu’ici efforcés en vain d’accomplir, gênés plutôt qu’aidés par nos amis, par leur faiblesse ou leur inaction. Il ne devrait y avoir, il n’y aurait aucun véritable changement dans nos fins, seulement dans nos moyens.”
« “Saruman, dis-je, j’ai déjà entendu des discours de ce genre, mais seulement dans la bouche d’émissaires envoyés du Mordor pour tromper les ignorants. J’ai peine à croire que tu m’aies fait venir de si loin dans le seul but de me fatiguer les oreilles.”
« Il me lança un regard oblique et se tut un instant, réfléchissant. “Eh bien, je constate que cette sage résolution ne s’impose pas à ton jugement, dit-il. Pas encore ? Pas s’il est possible de trouver un meilleur moyen ?”
« Il s’approcha et posa sa longue main sur mon bras. “Et pourquoi pas, Gandalf ? murmura-t-il. Pourquoi pas ? Le Maître Anneau ? Si nous pouvions en disposer, alors le Pouvoir nous reviendrait à nous. C’est en vérité ce pour quoi je t’ai fait venir ici. Car j’ai bien des yeux à mon service, et je crois que tu sais où se trouve maintenant ce précieux objet. N’est-il pas vrai ? Sinon, pourquoi les Neuf s’enquièrent-ils du Comté, et qu’as-tu à faire là-bas ?” À ce moment, un éclair de convoitise qu’il ne put dissimuler parut tout à coup sans ses yeux.
« “Saruman, dis-je en m’éloignant de lui, seule une main à la fois peut disposer de l’Unique, et tu le sais fort bien : ce n’est donc pas la peine de dire nous ! Mais jamais je ne te le donnerais ; je ne t’en donnerais même pas des nouvelles, maintenant que je connais ta pensée. Tu étais le chef du Conseil, mais tu t’es enfin démasqué. Eh bien, le choix est donc, semble-t-il, de se soumettre à Sauron, ou bien à toi. Je ne prendrai ni l’un ni l’autre. As-tu autre chose à proposer ?”
« Il était froid, à présent, et dangereux. “Oui, dit-il. Je ne m’attendais pas à te voir faire preuve de sagesse, fût-ce dans ton propre intérêt ; mais je t’ai donné la chance de m’aider de plein gré, et de t’épargner ainsi beaucoup d’ennuis et de souffrance. L’autre choix est de rester ici, jusqu’à la fin.”
« “Jusqu’à quelle fin ?”
« “Jusqu’à ce que tu me dises où se trouve l’Unique. Je puis trouver le moyen de t’en persuader. Ou jusqu’à ce qu’il soit découvert malgré toi, et que le Maître trouve le temps de se consacrer à des affaires plus légères – comme d’imaginer une récompense appropriée pour l’obstruction et l’insolence de Gandalf le Gris.”
« “Cela pourrait ne pas s’avérer une affaire plus légère”, dis-je. Il se rit de moi, car mes paroles étaient vaines, et il le savait. »
« Ils m’emmenèrent et me laissèrent seul sur le pinacle d’Orthanc, là où Saruman avait accoutumé d’observer les étoiles. Il n’y a aucun moyen d’en descendre, sinon par un étroit escalier de plusieurs milliers de marches, et tout en bas, la vallée paraît lointaine. Alors qu’elle était autrefois verte et belle, je vis en la contemplant qu’elle était maintenant remplie de fosses et de forges. Isengard hébergeait des loups et des orques, car Saruman rassemblait une grande force pour son propre compte, en concurrence avec Sauron et non à son service – pour le moment. Une fumée noire flottait sur tous ses chantiers et s’enroulait autour des parois d’Orthanc. Seul sur une île au milieu de nuages, sans aucune chance de m’échapper, je connus des jours pénibles. J’étais transi de froid et je n’avais qu’un tout petit espace à arpenter, pendant que je ruminais la venue des Cavaliers dans le Nord.
« J’étais bien certain que les Neuf avaient fait surface, indépendamment des affirmations de Saruman qui pouvaient être des mensonges. Bien avant de me trouver à Isengard, j’avais entendu des choses en chemin, des choses qui ne trompent pas. Je craignais sans cesse pour mes amis dans le Comté, mais je gardais tout de même espoir. J’espérais que Frodo était parti sans attendre, comme je l’en priais instamment dans ma lettre, et qu’il était parvenu à Fendeval avant que la poursuite mortelle soit lancée. Or, mon espoir et ma crainte étaient tous deux sans fondement. Car mon espoir reposait sur un gros bonhomme du village de Brie ; et ma crainte, sur la ruse de Sauron. Mais les gros pères vendeurs de bière ont à répondre à bien des clients ; et le pouvoir de Sauron est encore moindre que la peur ne le donne à penser. Mais dans le cercle d’Isengard, seul et pris au piège, il était difficile d’imaginer que ces redoutables chasseurs, devant qui tous ont fui ou péri, failliraient à leur tâche dans le lointain Comté. »
« Je vous ai vu ! s’écria Frodo. Vous faisiez les cent pas. La lune brillait dans vos cheveux. »
Gandalf s’arrêta, étonné, et le dévisagea. « Ce n’était qu’un rêve, dit Frodo, mais je viens tout à coup de m’en souvenir. Je l’avais complètement oublié. Il m’est venu il y a quelque temps ; après mon départ du Comté, je pense. »
« Il est venu tardivement, dans ce cas, dit Gandalf, comme vous allez le constater. J’étais dans une situation difficile. Et ceux qui me connaissent conviendront que je me suis rarement trouvé en telles extrémités, et qu’un tel revers m’est difficile à supporter. Gandalf le Gris, piégé comme une mouche dans une perfide toile d’araignée ! Mais même les araignées les plus subtiles peuvent oublier un fil.
« Je craignis au début, comme Saruman l’espérait sans doute, que Radagast ne fût tombé lui aussi. Pourtant, je n’avais rien senti d’anormal dans sa voix ou dans son regard au moment de notre rencontre. Si tel avait été le cas, je ne me serais jamais rendu à Isengard, ou j’y serais allé avec plus de prudence. Saruman s’en doutait bien, aussi choisit-il de dissimuler sa pensée et de flouer son messager. Essayer de gagner l’honnête Radagast à la traîtrise eût été vain de toute manière. Il m’a donc cherché en toute bonne foi, et ainsi m’a persuadé.
« Ce détail eut raison du complot de Saruman. Car Radagast n’avait aucune raison de ne pas faire ce que je lui demandais ; et il chevaucha vers Grand’Peur où il retrouva de nombreux amis d’autrefois. Alors les Aigles des Montagnes partirent dans toutes les directions et observèrent bien des choses : l’attroupement des loups et le rassemblement des Orques, ainsi que les mouvements des Neuf Cavaliers à travers les terres ; et ils eurent vent de l’évasion de Gollum. Ils dépêchèrent donc un messager pour me transmettre ces nouvelles.