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La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]

Электронная книга - «La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]». Краткое содержание книги:

Pendant plus de sept cent mille ans, le Peuple avait vécu dans une caverne profonde, un Nid. Au dehors, la Terre avait été bombardée tout ce temps par une pluie de comètes et d’astéroïdes : un phénomène qui se reproduit sur Terre tous les vingt-six millions d’années et qui est responsable de l’extermination en masse d’espèces, comme jadis les dinosaures.
Mais le Peuple avait survécu, grâce à la prévoyance de ceux qui l’avaient précédé : les vrais humains. Et cela avait été un choc pour Hresh, l’enfant curieux devenu homme-mémoire et chef de sa tribu, de découvrir que le Peuple n’était pas humain, tout au plus les descendants améliorés de singes disparus. Mais le Peuple représentait désormais l’humanité sur Terre et il lui fallait redécouvrir l’héritage que les grandes races avaient laissé, et trouver sa propre voie. A peine l’avait-il entrepris qu’il se heurtait à l’expansionnisme d’une autre espèce qui avait, elle aussi, franchi le Long Hiver, les hijks, une espèce intelligente, constituée sur le mode de la fourmilière, et qui proposait à tous les peuples l’adoration de sa reine, la Reine du Printemps.
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Vers la fin de l’hiver, un jour où une pluie diluvienne, d’une intensité exceptionnelle, même pour la saison des pluies, s’abat sur Dawinno, Nialli Apuilana quitte en début d’après-midi sa chambre de la Maison de Nakhaba. Il lui est arrivé à plusieurs reprises de sortir pendant la nuit, mais c’est la première fois depuis le début de sa convalescence qu’elle le fait en plein jour. Il n’y a personne dehors pour la voir. Le déluge est tellement violent que les rues sont désertes. Même les gardes se sont mis à l’abri. Une lumière brille derrière chaque fenêtre ; tout le monde est chez soi. Mais Nialli Apuilana se rit de la fureur de l’orage.

— C’est trop, c’est beaucoup trop, dit-elle à voix haute, la tête renversée vers le ciel, en s’adressant à Dawinno, le dieu qui actionne la grande roue des saisons, envoyant tantôt le soleil, tantôt l’orage. Tu ne crois pas que tu en fais vraiment un peu trop ?

Elle ne porte qu’une écharpe et sa fourrure est trempée avant qu’elle ait eu le temps de faire cinq pas. Elle colle à sa peau comme un vêtement ajusté et l’eau ruisselle le long de ses cuisses.

Elle traverse la cité pour se rendre à la Maison du Savoir et grimpe l’escalier en colimaçon jusqu’au dernier étage. Elle n’a jamais douté un instant que Hresh s’y trouverait ; de fait, il est dans son bureau, occupé à écrire dans l’un de ses vieux grimoires.

— Nialli ! s’écrie le chroniqueur. As-tu perdu la tête pour sortir par ce temps ? Viens… Laisse-moi te sécher…

Il l’emmaillote dans un linge, comme on le ferait à un enfant, et elle se laisse frictionner vigoureusement, même si cela doit ébouriffer et hérisser sa fourrure.

— Nous devrions commencer à nous dire un certain nombre de choses, père, dit-elle quand il a fini de la frictionner. Nous aurions dû le faire depuis longtemps.

— Des choses ? Quel genre de choses ?

— Nous devrions parler… du Nid, poursuit-elle d’une voix hésitante. Parler… de la Reine…

— Tu as vraiment envie de parler des hjjk ? demande Hresh, l’air incrédule.

— Oui, des hjjk. Ce que, toi, tu as appris et ce que moi, je sais. Ce n’est peut-être pas la même chose. Tu m’as toujours dit qu’il te fallait mieux comprendre les hjjk. Tu n’es pas le seul, père. Moi aussi. Moi aussi, j’en ai besoin.

Chevkija Aim indiqua du doigt une grande porte voûtée de bois grisâtre, dégradée par les intempéries, au fond d’une impasse s’ouvrant sur la rue des Poissonniers et flanquée de deux bâtiments commerciaux à la façade de brique rouge sale. Husathirn Mueri n’était jamais venu dans cette partie de la cité, une sotte de quartier industriel mal famé.

— C’est là-bas, dit le capitaine de la garde. Dans une salle en sous-sol. Vous entrez, vous tournez à gauche et vous descendez l’escalier.

— Et vous croyez que je ne risque rien, si je rentre là-dedans ? Ils pourraient me reconnaître et céder à la panique.

— Tout se passera bien, Votre Grâce. La salle est très peu éclairée. On arrive à peine à distinguer des silhouettes et il est impossible de reconnaître un visage. Personne ne saura qui vous êtes.

En souriant, le petit Beng au corps souple lui donna un coup de coude dans le bras avec une familiarité déplacée.

— Allez-y, Votre Grâce ! Allez-y ! Croyez-moi, vous ne risquez rien.

La pièce toute en longueur, empestant le poisson séché, était effectivement très sombre. Il y avait pour tout éclairage deux grappes de phosphobaies fixées au mur, au fond de la salle où se tenaient un garçon et une fillette de chaque côté d’une table sur laquelle étaient disposés des fruits et des rameaux aromatiques, et qui faisait probablement office d’autel.

Husathirn Mueri avait beau plisser les yeux, il ne distinguait rien. Puis sa vue s’habitua à la pénombre et il vit que l’assemblée était composée d’une cinquantaine de personnes tassées sur des rangées de tonneaux noircis, qui marmonnaient des choses incompréhensibles, chantaient et tapaient de temps en temps du pied en réponse aux paroles des enfants debout devant l’autel. De loin en loin un casque Beng s’élevait dans l’assistance, mais la plupart des gens étaient nu-tête. Les voix qu’il entendait étaient grasses et éraillées, des voix d’ouvriers, de gens du peuple. Husathirn Mueri se sentait de plus en plus mal à l’aise. Il n’avait jamais beaucoup fréquenté les ouvriers. Et venir les espionner, dans leur sanctuaire…

— Assis ! souffla Chevkija Aim en le poussant presque sur un des tonneaux du dernier rang. Asseyez-vous et écoutez ! Le gamin s’appelle Tikharein Tourb ; c’est le prêtre. La prêtresse s’appelle Chhia Kreun.

— Le prêtre ? La prêtresse ?

— Écoutez-les, Votre Grâce !

Husathirn Mueri tourna vers l’autel un regard égaré. Il avait le sentiment de se trouver au seuil d’un autre monde.

Le garçon émettait d’étranges sons rauques, d’horribles cliquètements qui s’apparentaient au langage des hjjk. Les fidèles lui répondaient en articulant les mêmes sons bizarres. Husathirn Mueri frissonna et enfouit son visage dans ses mains.

— La Reine est notre consolation et notre joie ! s’écria soudain l’enfant d’une voix forte et claire. Tel est l’enseignement du prophète Kundalimon, béni soit-il !

— La Reine est notre consolation et notre joie, répondit en chœur l’assemblée des fidèles.

— Elle est la lumière et la voie.

— Elle est la lumière et la voie.

— Elle est l’essence et la substance.

— Elle est l’essence et la substance.

— Elle est le commencement et la fin.

— Elle est le commencement et la fin.

Husathirn Mueri ne pouvait s’empêcher de trembler. Il sentait la terreur s’emparer de lui au son de cette douce et innocente voix. La lumière et la voie ? L’essence et la substance ? Que signifiait cette folie ? N’était-ce qu’un mauvais rêve ?

Il avait l’impression d’étouffer. Pris d’une nausée, il porta la main à sa bouche. La pièce en sous-sol n’avait pas de fenêtres et sentait le renfermé. Les effluves salins et piquants des barriques de poisson séché, les odeurs de fourrure mouillée par la transpiration, l’arôme pénétrant des rameaux de sippariu et de dilifar dont l’autel était jonché… Tout cela commençait à le rendre malade. La tête lui tournait. Il croisa les mains et se donna un violent coup de coude dans les côtes.

Tout le monde poussait de nouveau des cris dans l’étrange langage des hjjk, le garçon, la fillette et toute l’assemblée.

Husathirn Mueri s’imagina que le sol allait s’ouvrir devant lui d’un instant à l’autre et qu’il allait découvrir une fosse gigantesque où grouilleraient une multitude de hjjk à la carapace brillante, des hjjk en si grand nombre que les entrailles de la terre en bouillonneraient.

— Calmez-vous, murmura Chevkija Aim à son oreille. Calmez-vous.

Il porta de nouveau son regard sur les deux enfants qui prenaient des fruits et des rameaux sur l’autel, et les montraient à l’assemblée avant de les reposer tandis que les fidèles tapaient du pied sans cesser d’émettre les sons râpeux et rauques du langage hjjk. Que signifiait tout cela ? Comment un tel mouvement avait-il pu voir si rapidement le jour ?

Le garçon portait autour du cou une amulette jaune et noir luisante qui ressemblait beaucoup au pectoral de Kundalimon. Peut-être était-ce le même. La fillette, elle, portait au poignet un talisman également taillé dans une carapace de hjjk. Et même dans la pénombre les talismans avaient une luisance surnaturelle. Un souvenir d’enfance remonta à la mémoire de Husathirn Mueri et il se remémora l’éclat des carapaces des hjjk quand les insectes, vaquant sans relâche à leurs mystérieuses occupations, parcouraient les rues de Vengiboneeza.

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