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La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]

Электронная книга - «La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]». Краткое содержание книги:

Pendant plus de sept cent mille ans, le Peuple avait vécu dans une caverne profonde, un Nid. Au dehors, la Terre avait été bombardée tout ce temps par une pluie de comètes et d’astéroïdes : un phénomène qui se reproduit sur Terre tous les vingt-six millions d’années et qui est responsable de l’extermination en masse d’espèces, comme jadis les dinosaures.
Mais le Peuple avait survécu, grâce à la prévoyance de ceux qui l’avaient précédé : les vrais humains. Et cela avait été un choc pour Hresh, l’enfant curieux devenu homme-mémoire et chef de sa tribu, de découvrir que le Peuple n’était pas humain, tout au plus les descendants améliorés de singes disparus. Mais le Peuple représentait désormais l’humanité sur Terre et il lui fallait redécouvrir l’héritage que les grandes races avaient laissé, et trouver sa propre voie. A peine l’avait-il entrepris qu’il se heurtait à l’expansionnisme d’une autre espèce qui avait, elle aussi, franchi le Long Hiver, les hijks, une espèce intelligente, constituée sur le mode de la fourmilière, et qui proposait à tous les peuples l’adoration de sa reine, la Reine du Printemps.
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Il ne put s’empêcher de rire de sa propre stupidité. Il voyait vraiment très loin. Sans doute beaucoup trop loin.

Les voitures préparées par Esperasagiot attendaient dans la cour du palais. Le maître d’équipage étudiait le ciel bas et lourd avec un déplaisir évident, et le mécontentement faisait gonfler son éclatante fourrure dorée.

— Si j’avais mon mot à dire, lança-t-il à Thu-kimnibol, l’air renfrogné, je dirai que ce n’est pas un temps pour voyager.

— Il est vrai que les conditions pourraient être meilleures, mais c’est aujourd’hui que nous reprenons la route.

Esperasagiot cracha par terre de dépit.

— Il paraît que ces tempêtes ne dureront pas plus d’une ou deux semaines.

— Ou bien trois ou quatre. Comment le savoir ? Taniane m’a rappelé, Esperasagiot. Aimez-vous tellement cette cité sinistre pour vouloir y attendre l’arrivée du printemps ?

— Je n’aime que mes xlendis, prince.

— Ils ne seront pas capables de supporter le froid ?

— Ceux de leur espèce ont connu des conditions bien plus rigoureuses pendant le Long Hiver, mais cela ne leur fera aucun bien d’être dehors par ce temps. Comme je vous l’ai dit, ce sont des animaux de la ville et ils ont l’habitude de la chaleur.

— Eh bien, nous les garderons au chaud. Demandez aux palefreniers de Salaman de nous fournir quelques couvertures supplémentaires. Et nous ferons en sorte de ne pas trop les pousser. Nous nous contenterons, comme vous le souhaitez, d’avancer à une allure régulière. Et si la mauvaise saison touche véritablement à sa fin, nous n’aurons à supporter le froid que pendant quelques jours. Et quand le beau temps reviendra, nous serons déjà loin sur la route de Dawinno.

— Comme vous voulez, prince, dit Esperasagiot avec un sourire figé.

Tandis qu’il s’éloignait vers les écuries, Thu-kimnibol aperçut Dumanka au fond de la cour. L’intendant, occupé à faire l’inventaire des provisions à charger dans les voitures, lui fit un signe joyeux de la main sans interrompre son travail.

Il était midi quand, les préparatifs enfin achevés, ils sortirent de la cité par la porte méridionale. Le soleil brillait au firmament et le vent était presque entièrement tombé. Mais le paysage qu’ils découvrirent derrière le mur était franchement rébarbatif. La plaine était piquetée d’arbres dépouillés, à l’aspect sinistre, et une couche de givre tapissait le versant septentrional des montagnes. Vers la fin de l’après-midi, un vent d’est tranchant comme un cimeterre se leva et balaya le plateau dénudé. Le seul signe de vie provenait des arbres-lanternes qui se dressaient juste au sud de la cité et qui, malgré les conditions atmosphériques, n’avaient pas été abandonnés par les oiseaux minuscules produisant leur lumière intermittente. Dès que la nuit commença à tomber, ils se mirent à clignoter, mais si faiblement qu’il n’y avait pas de quoi égayer les voyageurs.

Quand le convoi avait quitté la cité, Thu-kimnibol s’était retourné et il avait vu de toutes petites silhouettes qui les regardaient du haut du mur. Salaman ? Biterulve ? Weiawala ? Il leur avait fait un signe de la main et certaines lui avaient répondu, mais pas toutes.

Le convoi avait poursuivi sa route et la Cité de Yissou avait disparu. Lentement, prudemment, la députation de la Cité de Dawinno s’était éloignée vers le sud à travers les terres glacées et désolées.

7

Rumeurs de guerre

Une semaine après le départ de Thu-kimnibol, Salaman fit venir au palais le chef des Consentants, un certain Zechtior Lukin. Athimin, fraîchement sorti de prison, où il avait eu tout le temps de réfléchir à la situation, s’était rendu dans le quartier oriental, le plus mal famé de la cité, pour l’appréhender. S’attendant à ce qu’on lui oppose une vive résistance, il s’était fait accompagner d’une demi-douzaine de gardes. Mais le prince découvrit à son grand étonnement que Zechtior Lukin n’appréhendait pas plus d’être reçu par le roi que de danser nu dans la rue quand soufflait le vent malin. Il se comportait comme s’il s’était toujours attendu à comparaître devant le roi et même comme s’il se demandait pourquoi cela avait pris si longtemps.

Salaman, lui aussi, allait avoir quelques surprises pendant son entretien avec le chef des Consentants.

Il avait imaginé que le meneur de cette secte serait une sorte de fanatique halluciné, excitable et irascible, à la bouche écumante, fulminant des imprécations et marmonnant des slogans incompréhensibles.

Il n’avait vu juste qu’en partie. Zechtior Lukin était un fanatique, cela ne faisait aucun doute. Tout dans son apparence, la mâchoire carrée et volontaire, le regard dur et froid, et le corps musclé, solidement charpenté, couvert d’une fourrure grisonnante, tout proclamait son zèle opiniâtre et son dévouement indéfectible à une cause invraisemblable. Et, selon toute probabilité, il était irascible.

Mais il ne criait pas, il ne proférait pas d’imprécations, il ne marmonnait pas de slogans. C’était un homme d’un abord dur et glacial, chez qui Salaman reconnut d’emblée une réserve très voisine de la sienne, un homme qui, si les choses s’étaient passées différemment dans les premiers temps suivant la fondation de la cité, aurait assurément pu devenir roi. Mais au lieu de cela, il exerçait le métier de boucher, d’équarrisseur, et il ne passait pas ses journées dans un palais de pierre, mais dans un abattoir, à dépecer des animaux au milieu de ruisseaux de sang. Et ses fidèles se réunissaient à la nuit tombée dans un gymnase plein de courants d’air du quartier est de la cité pour passer en revue les étranges notions de leur extravagante doctrine.

Trapu et carré d’épaules, Zechtior Lukin se tenait calmement devant le roi, sans paraître le moins du monde intimidé.

— Depuis combien de temps votre mouvement existe-t-il ? demanda Salaman.

— Plusieurs années.

— Combien ? Trois ans ? Cinq ans ?

— Il remonte presque à la fondation de la cité.

— Non, dit Salaman. Il est impossible qu’il existe depuis si longtemps, sans que j’en aie entendu parler.

— Nous étions très peu au début, dit Zechtior Lukin avec un haussement d’épaules, nous restions entre nous. Nous nous contentions d’étudier nos textes, de participer à nos réunions, d’effectuer nos exercices et nous ne cherchions pas à recruter de nouveaux adeptes. Nous tenions à garder le secret. C’est mon père, Lakkamai, qui a codifié notre doctrine et…

— Lakkamai ?

Une nouvelle surprise pour Salaman. Dans le cocon et à Vengiboneeza, il avait bien connu Lakkamai, un guerrier taciturne, un être solitaire dont l’âme semblait n’avoir aucune profondeur. Il avait été l’amant de Torlyri à Vengiboneeza, mais, quand la Séparation avait eu lieu, il ne s’était fait aucun scrupule d’abandonner la femme-offrande pour suivre Harruel et devenir l’un des fondateurs de la minuscule agglomération qui allait devenir la Cité de Yissou. Lakkamai était mort depuis longtemps et Salaman ne lui avait jamais connu ni compagne, ni fils, à plus forte raison.

— Vous l’avez connu, dit Zechtior Lukin.

— Oui, mais il y a longtemps.

— Lakkamai nous a enseigné que le sort subi par la Grande Planète avait été voulu par les dieux. Il professait que tout ce qu’il advient est décrété par les dieux, que cela nous soit profitable ou non, et que, si les habitants de la Grande Planète ont accepté de mourir, c’est parce qu’ils avaient compris que telle était la volonté des dieux et qu’ils savaient que le moment était venu pour eux de disparaître de la surface de la Terre. Ils n’ont donc absolument rien fait pour détourner les étoiles de mort, ils les ont laissées se fracasser sur notre planète et ont laissé le grand froid l’envahir. Lakkamai disait qu’il avait appris tout cela en discutant avec Hresh, le chroniqueur de la tribu Koshmar.

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