La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Серия: Nouveau printemps #2
- Год: 1990
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2-221-06701-0
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]». Краткое содержание книги:
Mais le Peuple avait survécu, grâce à la prévoyance de ceux qui l’avaient précédé : les vrais humains. Et cela avait été un choc pour Hresh, l’enfant curieux devenu homme-mémoire et chef de sa tribu, de découvrir que le Peuple n’était pas humain, tout au plus les descendants améliorés de singes disparus. Mais le Peuple représentait désormais l’humanité sur Terre et il lui fallait redécouvrir l’héritage que les grandes races avaient laissé, et trouver sa propre voie. A peine l’avait-il entrepris qu’il se heurtait à l’expansionnisme d’une autre espèce qui avait, elle aussi, franchi le Long Hiver, les hijks, une espèce intelligente, constituée sur le mode de la fourmilière, et qui proposait à tous les peuples l’adoration de sa reine, la Reine du Printemps.
Puis j’arrivai dans la terre de glace et un froid terrible étreignit mon cœur, car je sus que je ne vivrais pas.
Puis je revins sur mes pas pour chercher l’endroit où vivait mon peuple. Mais je ne pus trouver l’entrée de la caverne. Et les hjjk me surprirent et s’emparèrent de moi. Je tombai entre leurs mains et ils m’emmenèrent, mais j’étais libre de toute crainte, car j’étais déjà un homme mort, et qui peut être frappé plus d’une fois par la mort ? Ils étaient vingt, d’un aspect très effrayant, et ils portèrent la main sur moi et me conduisirent dans le lieu sombre et chaud où ils avaient leur demeure, un lieu souterrain qui ressemblait au cocon, mais en beaucoup plus grand, s’étendant plus loin que portait le regard, avec nombre d’avenues et de voies transversales partant dans toutes les directions.
C’est là que résidait la Grande Hjjken, un monstre d’une taille gigantesque et formidable dont la seule vue figea le sang dans mes veines. Mais elle toucha le cœur de mon âme avec sa seconde vue et me dit : Tiens, je te donne la paix et l’amour, et je cessai d’avoir peur. En sentant le contact de son âme avec la mienne, j’eus l’impression d’être serré dans les bras d’une grande Mère et je m’émerveillai grandement de ce qu’un animal si gigantesque et si effrayant pût apporter tant de réconfort. Tu es venu à moi trop tôt, me dit-elle encore, car mon heure n’est pas encore arrivée. Mais quand la chaleur sortira le monde du sommeil, je vous accueillerai tous en mon sein.
C’est tout ce qu’elle me dit et jamais plus je ne lui parlai. Mais je restai chez les hjjk en pendant vingt jours et vingt nuits, que je comptai très soigneusement, et d’autres hjjk de moindre rang me posèrent dans leur langage mental toutes sortes de questions à propos de mon Peuple, sur la manière dont nous vivions et sur nos croyances, et ils me parlèrent aussi un peu de ce à quoi ils croyaient. Mais cela n’était pas clair et demeure très nébuleux dans mon esprit. Et je goûtai à leur nourriture, une bouillie infecte qu’ils mastiquent et recrachent pour partager avec leurs compagnons, et qui me parut profondément répugnante dans les premiers temps, mais la faim fut la plus forte et je me résignai à y goûter, et la trouvai moins exécrable qu’on eût pu le penser. Puis ils cessèrent de me questionner et me dirent : nous allons te raccompagner chez ceux de ta nation, et ils me conduisirent dans le froid mordant et la neige épaisse jusqu’ici où…
Hresh reposa le parchemin.
— C’est là que se termine le récit ? demanda Nialli Apuilana.
— C’est là qu’il s’interrompt. Mais ce qui en subsiste est assez clair.
— Que t’apprend-il, père ?
— Je pense qu’on y trouve l’explication de la pratique des enlèvements par les hjjk. S’ils font des prisonniers depuis des millénaires, c’est à l’évidence dans le but d’étudier notre peuple. Mais leurs captifs sont bien traités et ils leur rendent la liberté, à une partie d’entre eux au moins, comme ce fut le cas pour ce pauvre guerrier Beng qu’ils ont trouvé errant sur les champs de glace.
— C’est donc cela qui t’a poussé à ne plus les considérer comme des monstres.
— Je ne les ai jamais pris pour des monstres, rétorqua Hresh. Pour des ennemis, assurément, des ennemis dangereux et implacables. N’oublie pas que j’étais là quand ils se sont lancés à l’assaut de Yissou. Mais je me demande même si c’est bien ce qu’ils sont. Nous ne le savons pas vraiment, après tout ce temps ! Nous n’avons même pas commencé à les comprendre. Nous les haïssons simplement parce qu’ils nous sont inconnus.
— Et ils le resteront probablement à jamais.
— Je croyais que tu m’avais dit que tu les comprenais.
— Je les comprends très peu, père. Je l’ai peut-être cru, mais j’étais dans l’erreur. Qui comprend pourquoi les Cinq nous envoient des orages, la canicule ou le froid, ou bien encore des famines ? Ils doivent avoir leurs raisons, mais qui oserait prétendre les connaître ? Il en va de même pour la Reine. Elle est une force de l’univers et il est impossible de La comprendre. Je sais un peu ce qu’est le Nid, je connais sa forme, son odeur et la manière dont on y vit. Mais connaissance n’est pas compréhension. Je commence à me rendre compte que pas un seul membre de notre race n’a la moindre idée de ce qu’est la Reine. Sauf, et ce n’est qu’une possibilité, s’il a vécu dans le Nid.
— Mais, toi, tu as vécu dans le Nid.
— Ce n’était qu’un Nid secondaire et les vérités que j’y ai apprises n’étaient que des vérités secondaires. La Reine des Reines qui a établi sa résidence dans le Grand Nord est l’unique source des véritables révélations. Je croyais qu’ils me conduiraient auprès d’elle quand j’aurais atteint l’âge requis, mais au lieu de cela, ils m’ont rendu la liberté et m’ont ramenée à Dawinno.
Hresh la regarda fixement, frappé de stupeur.
— Ils t’ont rendu la liberté ! Mais tu nous as dit que tu t’étais enfuie !
— Non, père, je ne me suis pas enfuie.
— Tu ne t’es pas… enfuie…
— Bien sûr que non. Ils m’ont relâchée, comme ils l’ont fait pour le Beng de ta chronique. Pourquoi aurais-je voulu quitter un endroit où, pour la première fois de ma vie, j’étais pleinement heureuse ?
Les paroles de sa fille cinglèrent Hresh comme des gifles.
— Il fallait que je parte et je ne l’aurais jamais fait de ma propre initiative. Que le Nid soit un lieu béni ou maudit, une seule chose est vraie : lorsqu’on s’y trouve, on se sent parfaitement en sécurité. On sait que l’on vit dans un endroit où l’incertitude et la souffrance sont inconnues. Je m’y suis totalement abandonnée, et de mon plein gré. Comment faire autrement ? Mais un jour ils sont venus me trouver et ils m’ont dit que j’étais restée avec eux aussi longtemps qu’il le fallait et ils m’ont conduite à dos de vermilion jusqu’aux faubourgs de la cité où ils m’ont rendu la liberté.
— Tu nous as dit que tu leur avais échappé, dit Hresh, encore sous le coup de la stupeur.
— Non. C’est Taniane et toi qui avez décidé que je leur avais échappé. Je suppose que c’est parce que vous étiez incapables d’imaginer que je pouvais préférer rester dans le Nid plutôt que de revenir à Dawinno. Et je ne l’ai pas démenti. Je n’ai rien dit du tout. Vous avez présumé que j’avais réussi à échapper aux griffes des insectes malfaisants, comme toute personne sensée aurait cherché à le faire, et je vous ai laissés le penser parce que je savais que vous aviez besoin de le croire et que je craignais que vous ne m’accusiez d’avoir perdu la tête si je vous disais la vérité, même partiellement. Comment aurais-je pu vous dire la vérité ? Puisque tout le monde dans la cité considère et a toujours considéré les hjjk comme des démons en maraude, qui me croira si je prends leur défense et si j’affirme avoir trouvé chez eux l’amour et la vérité ? Ne dois-je pas plutôt m’attendre à ce qu’on me traite avec compassion et avec mépris ?
— Oui, dit Hresh, je vois.
La stupeur et la consternation qui l’avaient frappé commençaient à s’atténuer. Nialli Apuilana attendit en silence.
— Je comprends, Nialli, dit-il enfin d’une voix très douce. Tu étais obligée de nous mentir. Je comprends maintenant beaucoup de choses.